‹ Applications de la théorie du langage qui donne naissance à la langue universelleChapitre 57 sur 90 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

RELATIONS OE PARlîNTÉ.

Depuis Tépoque des patriarches jusqu'à nos jours, l'existeoce des sociétés semble rattachée à la vie de famille par des chaînes indissolubles ; des modificatious dans les liens de la famille inaugureraient sans doute l'ère d'une société nouvelle ; le relâchement de ces liens préluderait probablement au relâchement du corps social ; et s'ils venaient à se briser tout à fait, l'organisation sociale ellemême, telle qu'elle a été formée sous cette influence, ne tarderait pas à être brisée.

Puisque la famille a servi de base à la société, on peut s'étonner que les degrés de parenté n'aient pas, chez tous les peuples, été l'objet d'une étude plus approfondie. Si ce principe des nations anciennes et modernes venait quelque jour à disparaître, on pourrait affirmer qu'il n'a pas reçu tont le développement qui lui était dû. La déduction et les ramifications des divers degrés de parenté n'ont jamais été faites; les aristocraties ont, il est vrai, tenté quelques efforts et donné naissance à la science dite du blason ; mais le chaos qui règne dans les ouvrages de ce genre, la difficulté qu'on éprouve à suivre les filiations qui pourtant relatent des faits aussi exacts que ceux du calcnl, la nécessité de limiter ce travail à un petit nombre de familles, tandis que toutes celles d'un même pays peuvent revendiquer le même droite enfin l'insuffisance même de cette nomenclature pour atteindre des relations un peu éloignées, prouvent que la science des parentés n'a jamais été sérieusement étudiée.

Les conséquences de cet oubli ou de cette impuissance sociale ont été souvent préjudiciables aux intérêts de certaines familles ; des

UEIATIONS DE PARENTÉ. 365

successions ont élé ouvertes sans que les héritiers légitimes aient su reconnaître leurs droits ; des biens qui devaient enrichir des particuliers ont fait retour à TEtat. D'un autre côté, Tindécision avec laquelle ont été formulées les parentés n*a pas soutenu les relations de bienveillance réciproque qui devaient subsister entre les descendants d*une même origine. Au lieu de regarder les membres d'une grande ville comme autant d'étrangers contre lesquels l'esprit d'égolsme peut s'exercer impunément, on eût rencontré si fréquemment des parents et des alliés autour de soi, qu'on eût éprouvé le besoin d'être condesc^dant pour tous. Nous ne voulons pas poursuivre ces conséquences ; mais dût seulement la satisfaction de la curiosité y trouver son compte, il ne peut rester indiflérent pour personne de feuilleter le grand livre* de sa génération, pour retrouver les traces du mouvement propagateur auquel on doit la naissance.

Que se passe-t-il aujourd'hui ? Jeté sur le pavé d'une grande ville, l'enfant ne connaît que la maison paternelle ; là seulement est le nid qui l'intéresse ; peut-être y rencontrera-t-il quelquefois des personnes^ oncles et tantes, qui seront pour lui un peu plus que des connaissances ; mais comme les villes sont grandes et les distances considérables, combien de parents qu'il n'a jamais vus, qu'il ne verra jamais et dont il ne soupçonne même pas l'existence I Cet homme qu'il coudoie ou contre lequel il engage une discussion malveillaule, est peut-être un cousin assez rapproché de la souche dont il est, comme lui, un rameau détaché I Mais que signifie le mot cousin ? A Paris, on connaît à peine le cousin*germain, à plus forte raison tous les cousins plus éloignés sont-ils parfaitement inconnus. Il est dans les provinces des petites villes, des bourgs ou des communes qui, grâce au petit nombre de leurs habitants, conservent plus longtemps les souvenirs des alliances et des parentés ; il n'est pas rare dans ces localités d'entendre les uns et les autres se saluçr du nom de cousins sans qu'on puisse déterminer à quel degré se rattache celle relation. D'aulres fois, dans un même lieu, les mêmes nonos de famille reparaissant fréquemment, attestent la communauté d'origine à laquelle on pourrait remonler: iHois avec les

vieillards s*éteignent les lumières qui éclaireraient le dédale des filiations, et bientôt, malgré les booionymies, les rapports de parenté disparaissent. ,

Le langage est-il complètement étranger à ce résultat? Ne peut-on pas lui reprocher d'avoir compromis, par des désignations vagues et indécises, des faits qui se peuvent préciser avec une rigueur mathématique? On est porté à le croire, quand on voit dans toutes les langues le petit nombre de mots imaginés pour déterminer ces rapports si nombreux. Certes, on aurait quelque raison de s'effrayer à l'idée du vocabulaire spécial, nécessaire pour fixer dans la mémoire des relations aussi considérables qu'elles sont compliquées. Mais cette objection ne s'est-elle pas présentée pour k nomenclature des nombres? La solution, dans ce cas particulier» n'a-t-elle pas été victorieusement présentée et universellement adoptée ? Pourquoi un système analogue ne permettrait-il pas à l'humanité de suivre les variétés de la parenté à l'aide de symboles semblables à ceux des cbifl'res, et de mots aussi simplement déduits les uns des autres que le sont les nombres ?

Nous allons proposer un système qui satisfera, nous l'espérons, aux conditions de ce problème ; il se présente tout naturellement comme application de notre théorie, dont il est un corollaire.

Principes %mr lesquels reposent la elassificAilon et 1» nomenclAtare des parentés.

Les parentés se composent : l» des idées générales que ce mot réveille ; 2" des relations particulières qui résultent de la famille et des alliances qu'elle contracte ; Z^ des idées plus éloignées qui s'y rattachent.

La première de ces divisions renferme toutes les idées de génération, de descendance, de racé, de famille, dans leur acception la plus étendue»

DES PAUENTÉS. 367

La deuxième comprciKi noo seulement les notions que Tournissent aujourd'hui toutes les langues sur la parenté, telles que celles de père, fils, grand-père, çrand*mère, oncle, tante, beau-père, cousins, etc. , mais encore et surtout cette classification ramenée à l'état de science exacte par les données de notre théorie.

Enfin, la troisième contient toutes les idées qui ne se lient que de loin è la parenté : tuteur, subrogé-tuteur, fiancé, futur, fils adoptif, frère de lait, etc., et enfin cellesqui annoncent Tirrégularité,. l'absence, la rupture des alliances ou des liens de famille.

Nos lettres radicales, c'est-à-dire les voyelles a, e, i, o, u, ^, c, y, w. », et les consonnes b, g, d, v,j, p, c, t, f, h (1) suiBront h la nomenclature que nous proposons ; elles répondent également au besoin des trois divisions que nous venons de distinguer.

Dans noire théorie, nous partageons les idées en deux grandes sections: celles qui sont relatives aux objets et celles qui figurent les manières d'être des individus, des objets ou des faits. Les cinq voyelles fortes sont destinées à caractériser les objets, et les cinq voyelles douces les manières d'être des individus, des objets ou des faits. La première lettre d'un radical étant une voyelle, douce ou forte, on reconnaît immédiatement à laquelle des deux sections l'idée présentée par le mot doit être rapportée.

L'idée de parenté ne fournissant pas celle d'un objet mais bien celle d'une manière d'être, c'est parmi les voyelles douces que se trouvera la première lettre des radicaux que nous voulons former. Or, sur les cinq manières d'être il y en a deux qui se rapportent aux individus et trois aux objets ou aux faits ; les deux manières d'être des individus considèrent ceux-ci dans leur état isolé ou dans leurs rapports mutuels, ainsi que le petit tableau suivant va le faire mieux comprendre.

(1) La prononctaUon 3e ces lettres ne varie Jamais ni pour les sons ni peur les articulations ; les voici figurées en français : a, e, f, o, ti ; â, ê, ain^ ô^ou; ^, gu^ ^y V» / ; Pi Ar, /, /; cA. Nous appelons douces les cinq premières lettres, voyeUes. ou consonnes, et fortes les cinq dernièref.

368 AOME.NCLATUHE

^ des individus. H^;----- ;•••••.;.• «

^ (daos leurs rapports iDutaels.. e

Manières d'êire \ f i

es objets ou 3 o

des faits, i u

Il est évident que les liens de la famille ne s'établissent que par les rapports mutuels des individus entre eux ; ce sera donc dans la grande division e qu'il faudra les chercher, et cette voyelle sera la lettre initiale de tous les radicaux qui exprimeront la parenté. Or, les dix consonnes qui figurent les nombreux rapports mutuels qu'on reconnaît parmi les individus, fournissent dix classes dans lesquelles , et pour des motifs que nous expliquons ailleurs , la seconde est consacrée à la parenté ; la consonne g limitera donc à l'idée de parenté les rapports mutuek si divers annoncés par la voyelle e.

Eg est ainsi le radical qui signifie parenté^ et ce sont les lettres annexées à ces deux initiales, voyelles et consonnes se succédant alternativement, qui formeront tous les degrés que nous voulons établir.

Avant de pousser plus loin cette déduction analytique, il est utile de remarquer que les radicaux ainsi composés représentent les manières d'être des individus et non pas les individus eux-mêmes, considérés dans leurs manières d'être. Quand on veut amener le radical à ce dernier point de vue, on intercale la lettre l entre les deux initiales e g. Par exemple : eg signifie parenté et elg parent ; ' ege, ego, egc, etc., ont respectivement le sens de paternité, fraternité, maternité, etc., tandis que elge, elgo, ezgc (1), etc., ont celoi de père, frère, mère, etc. Nous nous procurons ainsi une série considérable d'expressions (3) dont les langues sont privées et qu'elles regrettent souvent : telles sont en français les expressions qui exprimeraient l'état de fils ou de sœur (filialité, sororité), celui d'époux, d'épouse, de neveu, de beau-frère, e^.

(1) Le z remplace /quand TindlTidu est du sexe féminin.

(2) Voir le deuxième volume de notre théorie, p. 268.

DES PARKN'TÈS. 369

Voici maintenant comment les dix voyelles que Ton peut placer après eg caractériseront les trois divisions que nou^ distinguons dans la parenté; la première voyelle, a, sera l'expression des idées les plus générales, c'est-à-dire de la première division; 8 sera consacrée à la troisième division ou aux idées les plus éloignées qui se rattachent encore à la parenté (1) ; et toutes les voyelles intermér diaires e, i, o, u, a, g, y, w, serviront à former les radicaux des relations particulières qui résultent de Tétat de la famille et des alliances qu*elle contracte.

La première et la dernière de ces divisions, ou les radicaux commençant par a et 8, n'offrant dans leur composition aucune différence avec ceux que nous analysons dans notre théorie générale, nous ne nous arrêterons pas sur leur formation. C'est à la df^uxième division que nous allons demander toute la théorie, de la parenté.

Cette théorie va reposer sur des bases aussi simples que celle des nombres.

En effet, dans la nature, la parenté a pour point de départ l'union des époux ; la progéniture qui en résulte et les rapports de ces enfants entre eux, sont le fondement des relations de familles ; ce cercle une fois parcouru se renouvelle sans cesse pour former tous les liens de parenté, de même que tous les nombres formés par une série décimale se renouvellent d'une manière constante dans la série suivante. L'application que nous avons faite du langage à la nomenclature des nombres peut donc nous suggérer la marche à suivl-e.

A la convention qui assignait à chacune des lettres le nom d'un des premiers nombres, nous substituons une convention analogue : celle de figurer le degré le plus élémentaire de la parenté. Cette condition, comme dans les nombres, s'appliquera aux consonnes aussi bien qu'aux voyelles correspondantes.

Or, s'il faut pour commencer le mouvement de la création deux individus de sexe différent, pour établir les relations de famille il

(1) Cette disposition est de tous points conforme â celle que nous adoptons dans bi fonnailon de tous nos radicaux^

370 NOMENCLATLRE

faut aussi qu'ils deviennent mari et Temme ; ainsi s'établit le premier échelon de la parenté. Us sont bienlôt père et mère, parce qu'ils ont des fils et des filles qui sont entre eux frères et sœurs : voici la raroille constituée avec les relations &'où peuvent dériver toutes les autres Tamilles et toutes les autres relations.

Si l'objet que nous envisageons est aussi simple à son début, et si cette simplicité se continue sans interruption dans toute la suite des créations de familles, nos éléments de nomenclature vont aisément se prêter à cette filiation.

Convenons que les individus du sexe masculin seront désignés par les voyelles ou consonnes douces, et que ceux du sexe féminin seront distingués par les voyelles ou consonnes fortes. Afin de faciliter le souvenir des conventions attachées à chaque caractère, et aussi pour conserver le parallélisme des relations de parenté, donnons aux idées semblables dans chacun des sexes les lettres semblables dans la série des huit lettres qui sont destinées à cette nomenclature. D'après ces conventions, on pourra former ainsi le tableau de la parenté originelle :

e ou g père. c ou c mère.

i ou d fils. y ou t fille.

0 ou V frère. w ou f sœur,

u ou j mari. a ou p épouse.

Les relations de mari et femme ne se correspondent pas pour les consonnes et voyelles douces ou fortes. Il est vrai que sur les huit lettres dont nous disposons les sons u et a, ou les articulations 7 et p sont privés des caractères correspondants tiy a, h. b ; mais les liens de parenté entre le mari et la f^mme n'exigent pas une corré* latioa aussi formelle que celle des autres degrés de parenté, car ce sont des relations qui s'établissent en dehors des familles proprement dites et qui produisent des alliances.

Le parallélisme que nous établissons entre notre théorie et celle des nombres va se poursuivre : en effet, après être convenu d'un signe pour les neuf premiers nombres, on établit une convention nouvelle qui détermine la valeur de chacun des chiffres dans la peinture du nombre. Une convention analogue nous met en posses-

sioD de toutes les parentés ; il suiBt poor cela de 'poser ce principe : qu'en allant de gauche à droite, les parentés se déduisent Vune de l'autre lettre par lettre ; c'est-à-dire qu'à partir de la syllabe eg, qui annonce la parenté, celle-ci s'analysera de telle sorte que la première voyelle indiquera le lien le plus immédiat d'où elle dérive ; la consonne suivante, le lien qui unit la première parenté à la seconde ; la deuxième voyelle, ce qui attache la seconde parenté à une troisième, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'on ait atteint le degré auquel on veut parvenir. On voit que, par ce procédé, l'oreille en entendant un pareil radical, ou les yeux en le voyant écrit, annonceront à l'esprit si la parenté est plus ou moins rapprochée : et que la longueur du root servira d'indice dans cette appréciation.

Quelques exemples vont mettre en lumière notre procédé ; pour te comprendre plus aisément , nous allons placer le tableau des parentés sous une forme plus facile à saisir :

père, Gis, frère, mari, épouse, mère, fille, sœur, caractérisés par e, i, o, u, a, c, y, &>;

ou par g, d, v, j, p, c, t, f.

Ege signifie donc père, egi fils, ego frère, egu mari, eg» épouse, egc mère, egy fille, et ega> sœur (i).

Votre père ege avait une mère (c) egec, dont la sœur (<u) egecft> avait un mari (j) egec<uj, etc. Votre femme (a) ega avait un frère (v) egav, dont la femme (m) egava avait un père (g) egavag, etc. Votre mère egt avait un père (g) egeg, dont le père (e) egsge avait une sœur (f) egcgef, qui a eu elle-même un fils (i) egcgefi, dont la fille (t) est votre cousine; egcgefit est ainsi : la fille du fils de la sœur du père du père de votre mère ; cette filiation, qui devrait s'oublier si facilement, est désormais gravée d'une manière ineffaçable dans votre esprit par le mot egsgefit.

Il y a d'ailleurs ici à faire une observation semblable à toutes

(1) Nous aTons dit et ooos répétons que ces mots indiquent l*état de père, de fils, etc. ; mais comme IMntroduction des lettres / pour un liomme et z pour une femme ramènent A l'Individualité, nous nous abstiendrons désormais de rappeler cette distinction.

372 AOMEUCLATURE

celles que notre classificalion suggère : lorsqu'on sait que Ton s'occupe de parenté, on peut momentanément négliger les initiales du radical et s'attacher seulement à la partie caractéristique, en laissant de côté les lettres eg. Dans ce cas, les mots indiqués dans ces exemples se simpliGent encore : e, père; ec, mère du père; ec«, sœur de la mère du père; ecoij, mari de la sœur de la mère du père, etc. ec, femme ; «v, frère de la femme ; ava, femme du frère de la femme; «vag, père de la femme du frère de la femme, etc. ; enfin, c, mère ; <g, père de la mère ; <ge, père du père de la mère ; cgef , sœur du père du père de la mère ; cgefi , fils de la sœur du père du père de la mère; cgefit, fille du fils de la sœur du père du père de la mère.

Ces exemples montrent déjà combien le langage actuel est insuffisant pour déterminer la parenté, et comment notre nomenclature la fait aisément dériver Tune de l'autre, tout en la gravant dans la mémoire.

Avant de parcourir quelques-uns des degrés de l'échelle de la parenté, nous avons un mot à dire sur les lettres b eih,a et 9, qui, dans chacune de nos séries décimales, semblent perdues pour notre classification.

Le premier ordre, ega, de la deuxième classe, eg, de la deuxième division, e, dans notre classification a été, comme il a été dit, réservé aux idées générales fournies par la parenté, et le dernier ordre, eg8, aux idées les plus spéciales auxquelles elle donne naissance. Ce double privilège du premier échelon de la parenté accompagne tous les autres degrés sans exception, puisque la première et la dernière lettres de nos séries décimales peuvent figurer, comme les autres, à la suite de tous les caractères qui composent cette analyse : egec signifie une grand'mère du côté paternel ; egeca ouvrira la catégorie des idées générales, egec8 celle des idées les plus spéciales dont celte parenté peut être la source ; on peut en dire autant de egipa, egip8 ; egota, egot8; egidab, egidah, etc.

Notre système répond ainsi à tous les degrés de parenlé possibles, à toutes les alliances et h toutes les idées que les liens de famille peuvent suggérer.

DhS PARENTÉS. 373

Xomenclatare de la parente.

Les principes que nous venons de poser donnent lieu à des déductions si faciles à former qu'il semble presque inutile de pénétrer dans cette matière analytique; toutefois, il est des points sur lesquels il peut être intéressant de s'arrêter, afin de bien comprendre toutes les ressources dont la théorie nous permet de disposer.

Dans le cours de celte nomenclature, nous supposerons, quand il faudra fixer les idées, que ce soit la personne qui parle ou, comme on dit grammaticalement, la première personne qui fasse le travail de déduction sur sa parenté; il est évident que les radicaux ainsi composés s'appliqueront de même à la deuxième et à la troisième personne.

, 1* NOMENCLATURE AVEC UN SEUL ÉLÉMENT RADICAL. PARBKTé DB l'hOMMB.

Ege père ; egi fils ; ego frère ;

La lettre u donne lieu à un embarras : car elle présente la signification du mari ; or, un homme ne pouvant avoir un mari, la classification semblerait être en défaut. Il n'en est rien pourtant si Ton considère que la généralité de nos bases permet de faire face à toutes les éventualités. L'homme qui est mon parent, en sa qualité de mari, tient sans doute à ma femme par ce lien conjugal ; or on pourrait dire qu'il est son premier mari, parce que j'aurais épousé une veuve. Toutefois, cette parenté se rencontrant régulièrement, quand je chercherai quel est le mari de ma femme qui n'est pas moi (egaj) ; et, d'un autre côté, comme un va le voir, la femme pouvant, dans les sociétés qui autorisent la polygamie pour les hommes, coQtracter une relation semblable, il est tout naturel d'entendre que la polygamie est autorisée pour la femme ; mon mari, dans ce cas,

ZIU NOMENCLATURE

sera celui qui partage avec moi le lien conjugal. Quelque bizarre que puisse paraître dans Fétat de nos sociétés cette espèce de parenté, on ne peut nier qu'elle soit possible ; si elle est possible , il faut que le langage sache l'exprimer : egu aura donc une signification déterminée même pour l'homme qui s'attribuerait cette parenté.

Ega épouse, egc mère, egy fille, eg« sœur.

PARENTÉ DB Lk FEMME.

Même sens pour ege, egi, ego : père, fils, Trère.

Egu mari ; pour la femme, n'offre aucune particularité.

Ega est parallèle pour la femme au mot egu pour l'homme : c'est la relation qrii existe entre les femmes qui appartiennent à un seul .mari ; dans le culte qui autorise la polygamie pour l'homme, les femmes d'un même mari sont entre elles des e^a, comme partout les sœurs sont entre elles des egu.

Même sens pour egc, egy, ege» : mère, fille, sœur.

2« NOMENCLATURE AVEC DEUX ÉLÉMENTS RADICAUX (1). PARENTE DE l'hONME.

Du père, ege,

Egeg père du père.

Eged est le fils de mon père qui n'est pas moi : je ne puis supposer que ce soit mon frère propre, puisque j'ai une expression plus simple pour désigner ce dernier, ego. Je dois donc reconnaître que cet enfant de mon père n'est pas le fils de ma mère ; il edt

(i) La dernière lettre de ces radicaux est une consonne; on n'a pas & craindre que l'arUculation de cette consonne laisse quelque incertitude : car dans la phrase la finale est une voyelle qui a un sens grammatical : te petil-fit* de mon grandpère, a elgida te pal elgegi ; elgid et elgeg ont un point d'appui pour la dernière consonne qui lève toute indécision.

donc : ou le flls d'une des autres femmes de mon père, si la polygamie existe ; ou le fils d'une femme que mon père avait eue avant d'épouser ma mère ; ou né illégitimement pendant le mariage de mon père; ou, etc. S'il est indispensable que ces particularités soient nettement dessinées, elles seront formulées à l'aide de la voyelle 8. Les mots eged8g, eged^d, eged8v, seront parfaitement définis de cette manière : manière d'être des individus dans les rapports mutuels (e), tels que ceux de parenté (eg); qui indique que mon père (ege) a eu un fils (eged) dans la circonstance particulière (eged8) , ou que ce fils est né d'une des femmes que mon père a légitimement chez lui et qui n'est pas ma mère (eged8g) , ou que mon père a eu dans un autre mariage (eged8d), ou que mon père a eu illégitimement pendant son mariage avec ma mère (eged8v),ou, etc.

Egev frère (v) de mon père (e) ; oncle du côté paternel.

Egej mari de mon père. Nous avons vu ce qu'un homme peut entendre par la parenté egu ; celle de egej est analogue : elle indique le rapport que je puis avoir avec une relation que mon père contractait avec un autre homme, mari comme lui de la même femme.

Egep femme de mon père. Cette femme n'est pas ma mère, que je nomme egs ; c'est une femme qu'il a eue ou qu'il a, soit parce' qu'il s'est marié plusieurs fois, soit parce qu'il peut légitimement avoir plusieurs femmes, soit, etc.

Egec mère (c) de mon père (e) ; grand' mère du côté paternel.

Eget fille (t) de mon père (e), qui n'est pas ma sœur, puisque celle-ci est désignée par egu. Cette parenté s'explique comme eged.

Egef sœur (f) de mon père (e) ; tante du côté paternel (!)•

Du fils, egu

Egig père (g) du fils (i) ; cette relation étant fournie par le radical egi tout seul, présenterait une contradiction, si nous ne lui donnions

(1) n faut remarquer que les radicaux egcT et egef, oncle et tante du côté paternel, Indiquent des oncles et des tantes par le sang et non par les alliances, ce que les roots français ne laissent pas disUnguer.

376 NOMEKCLATURK

rinlerprélalion qui lui convienl. La nalure et la société ne sont pas toujours d'accord pour les faits de parenlé : car la loi attribue à un père Tenfant né de sa femme pendant son mariage ; il peut néanmoins arriver, et ce fait n*est pas exceptionnel, que ce ne soit que l'enfant putatif de ce père ; dans ce cas, la parenté subsiste pourtant en qualité de mari de la mère, et ce radical l'indique, puisqu'il signifie : le père de mon fils qui n'est pas moi.

Egid le fils (d) de mon fils (i) ; pelit-fils du côté du fils.

Egiv le frère de mon fils; ce doit être un enfant qui vient de la même mère que mon fils, mais qui n'est pas mon fils. Il appartient donc à un autre lit, et les enfants ne sont frères que de mère.

Egij mari (j) de mon fils (i) ; cette relation est expliquée au root egu ; elle indique le rapport que je puis avoir avec la parenté que mon fils contracte lui-même avec un autre homme, mari, comme lui, de la même femme.

Egip femme (p) de mon fils (i) ; belle-fille.

Egic mère (c) de mon fils (i) ; celte mère n'est pas ou n'est plus oia femme ; c'est ou une première femme qui est morte, ou une première femme que j'ai laissée après divorce, ou une femme avec laquelle je n'ai jamais été marié ; ces nuances, s'il est utile, se trouvent définies par les mots egicbg, egic8d, egic^v.

Egii fille (t) de mon fils (i) ; petite-fille du côté du fils.

Egif sœur (0 de mon fils (i) ; (voir egiv).

Du frère ego.

Egog le père (g) de mon frère (o), qui n'est pas mon père; nous sommes donc frères de mère parce que mon père a épousé ma mère, qui sans doute était veuve.

Egod le fils (d) de mon frère (o) ; neveu du côté d'un frère.

Egov le frère (v) de mon frère (o), qui n'est pas mon frère ; nous sommes frères de père, par exemple, mais mon frère a un frère du côté de sa mère, qui s'est mariée veuve à son père.

Egoj mari (j) de mon frère (o) ; (voir egu, egoj, egij, toutes relations analogues).

£gop femme (p) de mon frère (o) ; belle-sœur du côté du frère. Egoc mère (c) de mon frère (o) ; nous sommes frères de père puisque sa mère n'est pas la mienne. . Egot fille (t) du frère (o) ; nièce du côté du frère. Egof sœur (Q de mon frère (o) {voir egov).

Du mari, egu.

Cette parenté, pour un homme, a été expliquée au mot egu ; comme elle est irréguUère dans les sociétés telles qu'elles sont constituées, il nous paraît inutile d'en suivre les développements. Nous constatons seulement que cette relation, si elle devait s'établir régulièrement, trouverait dans nos radicaux toutes les définitions utiles; au reste, on rencontrera la parenté analogue, ega, quand ce sera une femme qui parlera.

De la femme, egcn,

EgRg père (g) de ma femme (a); beau-père pour être père de la femme.

Egod fils (d) de ma femme (a), qui n'est pas mon Qls ; la femme l'a dû avoir d'un autre mariage.

Egav frère (v) de ma femme (a) ; beau-frère.

Egftj mari (j) de ma femme (a), qui n'est pas moi ; c'est sans doute que je l'ai épousée veuve.

Egap la femme (p) de ma femme (a); ce serait chez les Orientaux, où la plura lilé des femmes n'est pas prohibée, une femme qui appartenait comme la mienne à un autre mari avant que celle-ci ne m'épous&t.

Egac la mère (c) de ma femme (a) ; belle-mère comme mère de la femme.

Egat fille (t) de la femme (a) ; belle-fille comme fille de la femme

Egaf sœur (0 de la femme (a) ; belle-sœur.

378 xXOMENCLATURE

Eys, mère.

£g<g père (g) de ma mère (s) ; grand-père du côté de la mère.

£gcd fils (d) de ma mère (c) ; qui n'est pas mon Trère de père.

Egsv frère (v) de ma mère (c) ; oncle du côté maternel.

£g<j mari (j) de ma mère (c), qui n*est pas mon père ; sans doute que ma mère était veuve quand elle a épousé mon père.

Egcp femme (p) de ma mère (c) ; chez les mahométans c'est une femme qui comme la mère appartient à un même marL

Egec mère (c) de la mère (c); grand' mère du côté malemel.

£g<t fille (t) de ma mère (<), qui n'est pas ma sœur de père.

Egsf sœur (0 de ma mère (c) ; tante du côlé maternel.

Egy, fille.

Egyg père (g) de ma fille (y) ; voir egig qui exprime une relation semblable.

£gyd fils (d) de ma fille (y) ; petit-fils du côté de la fille.

£gyv frère (v) de ma fille (y) ; parce qu'il est sorti de la même mère qui s'est sans doute mariée veuve.

Egyj mari (j) ^e ma fille (y) ; gendre.

Egyp femme (p) de ma fille (y) ; femme qui appartient comme la fille à un même mari, grâce à la pluralité des femmes.

Egyc mère (c) de ma fille (y), qui n'est pas ma femme, parce que j'étais veuf quand je l'ai épousée.

Egyt fille (t) de ma fille (y) ; petite-fille du côté de la fille.

Egyf sœur (f) de ma fille (y), sortie de la même mère; mère qui s'est sans doute mariée veuve.

Ega sceur,

Eg<»g père (g) de ma sœur (u), qui n'est pas mon père ; aalre mari de lamère« celle-ci s' étant mariée veuve. Egud fils (d) de ma sœur (u) ; neveu du côté de la sœur.

Eguv frère (v) de ma sœar (w) , qui n'est pas mon frère : nous sommes frères de père; mais mon frère a une sœur du côté de sa mère qui s'est mariée veuve à son père.

Egfttj mari (j) de ma sœur (&>) ; beau-frère pour avoir épousé ma sœur.

£ga>p femme (p) de ma sœur (u) ; chez les mahométans femme du même mari que ma sœur.

Egft>c mère (c) de ma sœur (w) ; nous sommes du même père , mais sa mère n'est pas la mienne.

Egut fille (t) de ma sœur (u) ; nièce du c6té de ma sœur.

EgA)f sœur (f) de ma sœur («), qui n'est pas ma sœur. {Voir eguv.)

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