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VOYELLES

Caractère distinctif : les doigts glissent sur ceux de l'auditeur.

La première série des voyelles, c'est-à-dire a, é, i, o, u, se forme en allongeant les doigts et en glissant légèrement le long des doigts correspondants, pour revenir ensuite au point de départ : le pouce, en s'élevant vers l'extrémité du poace correspondant et en revenant à sa -première position, détermine le son a; le même mouvement exprimera pour l'index é, pour le médius i, pour Tannulaire o, et pour l'auriculaire u. Ces mouvements, comn^e ceux qui vont suivre, doivent être très légers; l'œil aurait de la peine à les remarquer, que le sens du toucher n'en serait pas moins ému.

La deuxième série des voyelles, c'est-à-dire â, ê, ain, 6, ou, se manifeste en raccourcissant les doigts et en glissant légèrement le long des doigts correspondants, pour revenir ensuite au point de départ : le pouce, en s'ahaissant vers la phalange intérieure et en revenant à sa première position, détermine le son â ; le même mouvement exprimera pour l'index ê, pour le médius ain, pour l'annulaire à, et pour l'auriculaire ou.

5i/i SI(;NES REPBÊSENTATIFS DU LANGAGE

La troisième série des voyelles, c'est-à-dire an, e, eu, an, un, se forme en conservant les doigts à la même hauteur, mais en les faisant glisser du côté extérieur aux personnes qui parlent, savoir : le pouce vers l'index, celui-ci vers le médius, etc., et en revenant ensuite au point de départ : le pouce, en glissant sur le pouce correspondant du côté de l'index et en revenant à sa. première position, détermine le son an ; le même mouvement exprimera pour Tindex le son e (muet), pour le médius eu, pour l'annulaire on, et pour l'auriculaire un.

L'auriculaire, après s'être abaissé pour former le soi» ou, peut remuer légèrement en formant un petit cercle avant de remonter, et exprimera ainsi conventionnellement le son oi.

coNsoimss.

La main reste toujours dans la même position.

Caractère distinctif: les doigts se détachent de ceux de l'audileur.

La première série des consonnes, c'est*à-dire be, gue, de, ve,je, se forme en détachant les doigts pour frapper légèrement au point de départ, sans rompre toutefois l'union des deux carpes : le pouce, en se détachant, frappe un (^up sur son point d'arrêt, et détermine ainsi l'articulation b; le même mouvement exprimera pour l'index gu, pour le médius d, pour l'annulaire v, et pour l'auriculaire j.

La deuxième série des consonnes, c'est-à-dire p, k, t,f, cli, se forme en détachant les doigts pour frapper au-dessous et en revenant immédiatement au point de départ, sans rompre l'union des deux carpes : le pouce , en se détachant , .frappe un coup léger eo dessous de son point d'arrêt, et, revenant à sa prei^ière position, détermine l'articulation p; le même mouvement exprime pour l'index k, pour le médius f, pour Taonulaire /*, et pour l'auriculaire ck.

La troisième série des consonnes, c'est-à-dire 1, m, n, r, s, se forme en faisant glisser leis doigts sans troubler leur adhérence du côté du corps des interlocuteurs; le pouce en dedans, vers le corps, l'index du côté du pouce , le médius du côté de l'index , etc., tou-

jours sans rompre Tunion des deux carpes. Le pbuce , eo glissant du côté du corps et en revenant à sa première position , détermine Farticuiation l; le même mouvement exprimera pour l'index m, pour le médius n, pour l'annulaire r, pour l'auriculaire 5.

L'auriculaire , traçant sur place un petit cercle , figurera le z.

Le médius , ai| lieu de glisser pour représenter l'articulalion n, formera un petit cercle à son point de départ, et exprimera ainsi conventionnellement l'articulation gn.

Nous ne ferons pas ressortir la simplicité de ces conventions , le lecteur l'appréciera sans peine; il remarquera que la position donnée à la main pourrait procurer une foule de signes que nous n'avons pas encore énumérés, et qui sont une réserve précieuse pour abréger ce langage et le rendre aussi rapide que la parole. Ce seraient les mouvements circulaires formés par l'extrémité des doigts dans les trente positions que nous avons choisies ; de plus , toutes les autres positions que la main prendrait sur celle de l'auditeur deviendrait la source de conventions nouvelles.

Une légère pression du carpe peut d'ailleurs indiquer la séparation des mots, et en le mouvant à droite, à gauche, en remontant ou en descendant, soit en le faisant glisser, soit en le détachant, on aurait encore une série de conventions qui figureraient la ponctuation ou tout autre objet.

ï.e sourd et muet eo possession de ce langage se ferait donc comprendre dans l'obscurité par un procédé aussi expéditif que celui qui est fourni par la vue et plus fécond encore en ressources. Cet avantage pour lui et pour les infortunés privés de la vue et de l'ouïe , donnent à ce système de signes quelque valeur. Son enchaînement naturel avec la base de la numération et avec les notions exposées dans ce volume, en rendra l'application facile et fera sentir le prix de l'unité à laquelle nous ramenons, autant que possible, la nomenclature des connaissances humaines.

tSonrfl^* MneiMf Ayeni^le* et Paralysés.

Nous semblerons peut-être, aux yeux de quelques personnes, poursuivre les conséquences de nos principes plus loin quMi n'est nécessaire en nous arrêtant sur le déplorable tableau de rbumaoité réduite à l'état que nous supposons ici ; mais , outre que le soulagement des souffrances de -l'homme , dans quelque circonstance que ce soit, est un but toujours digne des efforts et des recherches de son semblable , il se joint ici pour nous le besoin de montrer que, dans un grand nombre de cas, notrq système de nomenclature peut être appelé à rendre des services.

La paralysie, qui entre dans notre hypothèse, peut n'avoir atteint que les bras et la langue d'un aveugle; il distingue et entend encore la voix de ceux qui lui parlent ; mais il n'a pas de moyen à sa disposition pour faire connaître 'ce qu'il éprouve, ce qu'il désire, ce qui lui apporterait du soulagement , ni pour répondre aux interrogations qu'on lui fait.

Si la paralysie des bras atteignait un sourd-muet , il serait dans la même situation que l'aveugle dont nous venons de parler; il verrait les signes , en comprendrait le sens , mais éprouverait la même impossibilité pour y répondre et manifester ses besoins , ses souffrances, ce qui atténuerait ou adoucirait son mal.

£nûn , si la paralysie des bras atteint un sourd , muet et aveugle, il n'est plus possible d'entrer en communication avec lui ; il n*y a plus d'interrogations auxquelles un mouvement de sa tête réponde par négation ou par affirmation. Ses parents , ses amis et le médecin n'ont devant les yeux qu'un corps , sensible pourtant à la douleur et au soulagement , dont ils sont impuissants à modifier l'état autrement que par des conjectures aussi dangereuses que hasardées.

Qui peut dire le mal moral que de pareils êtres doivent ressentir? Si l'homme , comme l'animal , n'avait qu'une existence isolée , il se concentrerait avec résignation dans le désordre dont la nature a

FOURNIS PAR LES MOUVEMEiYTS DU CORPS. 517

seule le secret; mais habitué qu'il est à raisonner sur son état et sur ses actes , à témoigner aux aulres ses sentiments et ses idées , pour en recevoir un appui ou de la sympathie , il doit se raidir contre le mal physique et se débattre contre une souffrance morale à peine commensurable. Prévoir chez les hommes privés de quelques sens cette cruelle situation et chercher un remède au moins à l'impuissance d'exprimer sa pensée , ce ne peut être une chose indifférente.

Il ne s'agit plus dans ces circonstances, comme pour le sourdmuet, aveugle ou non, de fournir les moyens d'entretenir une conversation suivie et d'émettre des idées dont la liaison constitue un raisonnement; il faut et il suffit que le malade puisse comprendre ce que pensent les personnes qui l'entourent et peindre , par quelques mots détachés, ce qu'il souffre, ce qu'il désire.

L'aveugle auquel reste l'ouïe, le sourd-muet) auquel reste la vue, peuvent saisir encore les idées d'autrui ; mais quand le sens unique qui les met en relation avec le monde extérieur leur fait défaut , alors la paralysie du bras leur enlève le siège principal du toucher et il devient difficile de leur faire parvenir les idées des personnes qui les entourent et veillent sur eux.

Eh bien, le procédé que nous avons imaginé pour le sourd, muet et aveugle va d'abord résoudre ce problème. Tant qu'il restera sur ce malheureux corps paralysé une place large comme la main ou la sensibilité ne soit pas éteinte, si l'intelligence est encore maltresse d'elle-même, nous lui transmettrons nos idées.

En effet, le jeu de notre main sur la main du sourd, muet et aveugle lui fait discerner d'autant plus aisément les sensations du toucher, que nous attaquons les doigts eux-mêmes qui sont habitués (si notre système est appliqué), à former les mêmes signes; ainsi, outre le sentiment que nous avons de chacun de nos doigts, le mouvement qu'y exerce une main étrangère éveille sans peine le souvenir des conventions reçues, et, avec celui |des caractères représentés, les idées qui y sont attachées. Or, en quelque partie d'un corps sensible que nous posions nos cinq doigts, ils éveillent cinq sensations bien distinctes, et le demi-cercle qu'ils tra-

cent Dalurellement contribue encore à confirmer le témoignage que le sens du toucher transmet fidèlement à notre appréciation. Le mouvement qui s'effectue en faisant glisser le doigt ou en le détachant» ne peut manquer non plus d*ètre perçu par le sens du toucher : par conséquent, les voyelles, les consonnes et par suite les mots et les idées sont compris par le patient.

Il semble presque impossible de pousser plus loin la communication à établir entre le sourd, muet, aveugle et paralysé et son entourage; cependant, quand tout le reste de son corps serait insensible, s'il peut seulement remuer le pied et courber légèrement sa jambe, il pourra encore manifester ses impressions, son désir et sa volonté.

Acceptons toujours la classification de la Langue universelle pour les lettres de la langue française, ou plutôt pour les sons et les articulations ; le malade connaît parfaitement ce système, puisqu'il a compris la pensée de celui qui lui adresse la parole par le sens du toucher.

Or, le pied prend plusieurs situations dans le demi-cercle qu'il parcourt lorsqu'il est à l'état libre, c'est-à-dire appuyé sur un lit : pour ne pas lui faire prendre des positions gênées ou forcées, ooos n'en concevrons que trois très aisées à distinguer : i^ l'inclinaison à gauche ; 2*' la position droite ; Z^ l'inclinaison à-droite. Ces trois mouvements exécutés par les deux pieds quand les jambes sont étendues ou quand elles sont arquées légèrement, suffiront pour figurer tous les sons et toutes les articulations.

Confions au pied gauche le soin de représenter les cinq lettres qui forment la base deliotre système, et au pied droit la détermination de l'espèce des lettres, voyelles ou consonnes, douces, fortes ou grammaticales.

La jambe droite étant allongée, le pied, en exécutant les trois mouvements, annoncera les trois espèces de caractères : douces, mouvement à gauche; fortes, situation droite; grammaticales, mouvement à droite. Cette même jambe légèrement arquée avec les trois mêmes mouvements produit les trois mêmes indications. Si nous attribuons à la jambe allongée le symbole dés articulations oa des consonnes, et à la jambe arquée celui des sons ou des voyelles.

nous n'aurons plus à demander à la jambe gauche que cinq signes pour les cinq caractères de noire système.

La jambe gauche Tournit six signes comme la droite, nous n'avons besoin que de lui en emprunter cinq. Le sixième, que les différentes positions de la jambe droite multiplient par 6, servira pour le son français oi, et pour les articulations z et gn. Tout le système de signes se trouve ainsi réalisé.

Supposons que les trois mouvements de la jambe gauche allongée soient : pied à gauche, la première lettre ; pied droit, la deuxième ; pied à droite, la troisième ; que les deux premiers mouvements de cette même jambe un peu arquée soient : pied à gauche, la quatrième ; et pied droit, la cinquième.

Ces cinq mouvements détermineront :

\* Quand la jambe droite est allongée et le pied incliné à gauche, les articulations dites douces : b, gu, d, v, j ;

Quand la jambe droite est aHongée et le pied dans la position droite, les articulations dites fortes t p, k, t, f, ch ;

Quand la jambe droite est allongée et le pied incliné à droite, les articulations dites grammaticales : l, m, n, r, s ; ' 2o Quand la jambe droite est légèrement arquée et le pied incliné à gauche, les sons doox : a, é, i, o, u ;

Quand la jambe droite est légèrement arquée et le pied dans la position droite, les sons forts : à, é, ain, 6, ou ;

Quand la jambe droite est légèrement arquée et le pied incliné à droite, les sons dits grammaticaux : an^ e, eu, on, un.

Soit, pour exemple, proposé à un individu sourd, rouet, aveugle et paralysé dans toute la partie supérieure du corps, de répondre avec ses pieds à cette question que le médecin adresse par attouchement (i) : où souffrez- vous?

Le malade tient les jambes allongées et rapprochées avant la ré* ponse : il les détache, laisse la jambe droite allongée, ce qui indique une consonne ; il conserve la pointe du pied droit en l'air, ce qui marque une forte, et présente la pointe du pied gauche inclinée à

(1) Voirie S II de ce chapitre.

droite : il a formé le t. En laissant au pied droit la même position, mais, en arquant légèrement la jambe de ce côté, il annoncera une voyelle forte : si donc la jambe gaucbe encore étendue fait voir le pied la pointe en Fair, ce sera ie son è qui sera représenté. Qu'il revienne maintenant à la première position, il aura figuré le mot tête (1).

 ce système de signes on ^pourrait en substituer un autre qui n'obligerait pas le malade à ramener ses jambes pour leur faire contracter une courbure : car quelque légère qu'elle soit, elle peut être difficile pour des membres voisins de parties paralysées.

Il faudrait convenir que la pointe du pied plus ou moins baissée annoncerait les consonnes ou les voyelles ; qu'en la remuant une fois on formerait une douce, deux fois une forte, et trois fois une grammaticale.

Les trois positions de la jambe gaucbe fourniraient les trois premiers caractères ; la position droite et inclinée à droite de la jambe droite, produirait les deux autres; enfin, l'inclinaison de cette dernière à gauche, avec un battement et sans l'abaissement du pied, formerait la diphthongue oi; avec l'abaissement du pied et un battement, z; dansceç mêmes conditions, avec deux battements ^n, tout l'alphabet phonographique du français se trouverait ainsi reproduit par signes.

Si à la question posée ci-dessus par le médecin le malade devait répondre qu'il souffre aux intestins^ il s'exprimerait ainsi :

Le pied gauche dans le plan vertical, penché & droite^ deux battements. In

id. — hiCliné, id. id. t

Id. ' — - vertical, position droite, id. è

Le pied droit dans le plan incliné, penché à droite, trois battements, s

Le pied gauche comme ci-dessus. — — t

id. comme ci-dessus. — — in

Les exercices qui précèdent peuvent être exécutés par une personne assise : les pieds prennent alors une situation plus ou moins horizontale pour figurer les consonnes ou les voyelles.

(1) Ve muet peut être supprimé.

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