‹ Applications de la théorie du langage qui donne naissance à la langue universelleChapitre 81 sur 90 · SIGNES REPRÉSENTATIFS DES MOUVEMENTS DU CORPS · texte numérisé non relu

SIGNES REPRÉSENTATIFS DES MOUVEMENTS DU CORPS

On ne peut blâmer cette marche : car le sourd et muet est plutôt destiné k converser avec la société qui le protège , avec les hommes qui l'entourent , qu'avec les sourds et muets et les hommes des autres pays. Cependant , il est regrettable pour lui , comme pour ceux qui parlent , que la manifestation de sa pensée ne puisse se produire devant un si grand nombre d'individus que les voyages lui feraient rencontrer. Il est donc vivement intéressé à l'établissement d'une Langue universelle,

La théorie du langage qui conduit à ce but , théorie que nous avons exposée dans nos deux premiers volumes , serait bien précieuse pour les individus privés de la parole. Aucune des articulations et aucun des sons n'est indifférent dans notre procédé; chacun des efforts de la prononciation émet une idée ; les signes représentatifs de cette prononciation jouiraient donc aussi de ee privilège. Nous allons passer en revue les diverses infirmités de l'espèce humaine qui peuvent profiter d'un système de signes bien ordonné,

SoBrés et mveto.

L'intelligence des sourds et muets ne parait différer en rien de celle des autres hommes; il semble même, à voir leurs yeux, ce miroir de l'activité interne, que leur esprit doive être plus prompt à saisir que celui des autres humains plus favorisés dans leur organisation ; on peut donc attendre de leur part, si on les met en possession d'un langage approprié à la vivacité de leur conception , tous les résultats qu'on obtient à l'aide de la parole.

Système de signes pour la Langue unlTerselle.

Le langage dont se compose notre théorie réunit à lui seul les deux procédés applicables à la langue du sourd et muet : système de signes reproduisant directement la pensée, ou système de signet se servant de l'intermédiaire de la parole^

Si Ton a lu avec attention nos deux volumes précédents, ou au moins si Ton a étudié l'exposé succinct que nous donnons de notre méthode au commencement de ce volume, on aura compris que nous suivons pas à pas la pensée; que nous prenons pour base de nos tàémeots écrits ou parlés le système décimal, dont les mains de Thomme suggèrent la première idée; enfln, que nos classifications peuveot être interprétées par tous autres signes que ceux fournis par la voix.

La lettre initiale d*un mot est ou une consonne ou une voyelle; rien n'empêche que nous ne commencions un mot par la main droite ou par la main gauche.

Si nous commençons par la main droite, nous indiquons Pespèce grammaticale de Tidée qui va être présentée. Les cinq doigts élevés verticalement (fig. 15) peuvent annoncer Tidée adjective , verbale, pronominale, conjonctive, adverbiale; baissés verticalement (fig. 10)» ils peuvent indiquer d'autres idées grammaticales , et , autant que possible, des parties dont Tanalogie serait figurée par le même doigt dans cette nouvelle position. Montrer un doigt delà main drwte, c'est donc faire connaître la nature grammaticale de l'idée qu'oo va émettre.

La main gauche commencera à son tour la classification de l'idée : si elle est horizontale, tournant le dos au ciel {fig. i% elle détermine une manière d'être ; si , en restant horizontale , elle tourne le dos à la terre (fig. 43), elle détermine un être ou un objet. L'analyse de cette première classification, ou de ces grandes dtvi« sions, s'eflectuera par la distinction des doigts entre eux : l'un représentera les animaux, l'autre les végétaux , etc. Une fois entré dans une idée, la main droite vient au secours de la gauche et lai prête dix éléments d'analyse pour les dix classes d'idées qu'on peut rapporter à la grande division. A son tour la main gauche fournirm les dix ordres d'idées contenus dans chacune des classes de la main droite ; et ainsi de suite en faisant alterner une main avec l'autre. En présentant ainsi deux doigts successivement, on obtient ceot classes d'idées; trois doigts fourniraient mille ordres d'idées, quatre doigts dix mille genres, etc. Toutes les idées ou toutes les nuances d'idées sont donc atteintes par ce système.

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Que si ridée, définie par son espèce grammaticale et par les signes qui la déterminent, doit encore être définie par le rapport qu'elle doit entretenir avec les idées qui l'entourent, en interrompant l'alternative et en faisant fonctionner deux fois de suite la main gauche ou la main droite, on annonce cette nouvelle appréciation de l'idée.

Enfin un signe particulier, comme serait la fermeture complète de la main , pourrait indiquer qu'on en a fini avec cette idée et qu'on va passer à une nouvelle qui sera expliquée et analysée d'une manière semblable.

Certes un semblable système est indépendant de la voix et appartient bien, en toute propriété, à l'homme privé de la parole. Eb bien ! ce que nous venons d'énoncer est la véritable méthode de la Langue universelle.

La main droite figure les consonnes ; son élévation verticale donne les consonnes douces et son abaissement vertical les consonnes fortes; les idées adjectives, verbales, etc., représentées par chaque doigt, sont les espèces de mots caractérisées par chacune des consonnes : b adjectif, g verbe, d pronom, etc.

La main gauche figure les voyelles ; or, la première voyelle d'un mot commence le radical ; l'alternative de la main droite et de la main gauche est l'alternative des voyelles et des consonnes qui forment nos radicaux et composent la classification dont notre théorie générale donne la nomenclature.

L'interruption que nous faisons intervenir dans l'alternative des deux mains est celle qui s'offre aux yeux et à l'oreille quand, à la fin des mots de notre Langue, la partie grammaticale vient se joindre au radical.

Enfin ce signe particulier, qui termine l'idée et prépare l'attention pour en distinguer une nouvelle, est cette séparation des mots qui rend le même service dans récriture de toutes les langues.

En décrivant un système de signes qui pourrait exister indépendamment de la parole et de la peinture, nous avons donc, tracé la marche même, la méthode et la théorie de la Langue universelle. Si celle-ci était adoptée , le sourd et muet devrait étudier la classi-

ficalion des idées, et les conventions qu'il adopterait ponr suivre celte classification sur ses doigts seraient précisément! celles qu'il retrouverait dans récriture ou la lecture. Ainsi, non seulement il participerait aux avantages généraux que rbumanité doit recueillir de Tadoption d'un langage unique , c'est-à-dire de se faire comprendre par tous les hommes parlants ou par tous les sourds et muets de tous les pays ; mais il étudierait la pensée par le seul secours des signes et n'aurait rien à envier dans cette étude aux avalitages et aux ressources que la parole procure à ceux qui en ont h jouissance.

Les développements dans lesquels nous allons entrer sur les signes qu'on peut adopter pour apprendre la langue française à un sourd et muet, étant les conséquences des principes que nous venons de poser, nous renvoyons à la lecture de l'article suivant ceux qui voudraient plus de détails sur cette application des signes à It Langue universelle.

Système de signes pour toutes les langues et pour le fninçliis en parttetdier.

Bien que la Langue universelle , par la disposition de sa classification , soit le véritable langage qui convienne aux sourde et muets, cependant l'étude des idées par celle des mots et des caractères qui les composent^ telle qu'elle est aujourd'hui mise en pratique, peut aussi puiser à notre théorie un nouveau degré de perfectionnement Nous allons en faire l'essai sur la langue française.

La classification des sons et des articulations de la langue française est contenue dans celle que la Langue universelle nous présente, ainsi que nous l'avons vu dans la pbonograpbie , au chapitre précédent. Après un examen attentif, nous avons reconnu qu'il ne manquait en articulation dans ce cadre général que celle dont les lettres gn figurent la prononciation , et en sons que celui qui s'entend dans ' 4a prononciation de la diphthongue oi. Il sera donc aisé de remédier à cette double lacune, si nous adoptons le système de signes que nous venons d'expliquer par la langue universelle ; et ainsi le développement dans lequel nous allons entrer convient à celle-ci, comme

les idées générales qu'elle nous a déjà fournies peuvent convenir aux signes que nous proposons pour les sourds et muets instruits dans la théorie de la langue française.

Les sons français peuvent être renfermés dans ces trois séries : a, é, i, 0, u.

à, ê, ain, ô, ou.

au, e, eu, on, un.

Auxquelles il faut joindre encore le son de la dipbthongue où

Si la prononciation présente comme un seul son les diphtbongues qui sont contenues dans ce tableau, on ne voit pas pourquoi récriture et les signes du sourd et muet sont condamnés à en offrir une espèce d'analyse qui n'a pas même le mérite de l'exactitude : en effet, les sons in, ain, ein; ou, août, oup; an, anc, ont, etc., etc., qui, avec le pluriel, prennent encore une 5, se prononcent comme in, ou, an, etc., sans aucune nuance qui les fasse distinguer, et pourtant sans que l'on confonde dans le langage parlé les circonstances auxquelles ils s'appliquent. De même que dans la Langue universelle ces sons sont représentés par une seule lettre, de môme dans la langue du sourd et muet ils ûgureront par un seul signe ; et de même aussi que dans la lecture ordinaire en apprend à ranger sous un même son ces différentes syllabes, de même le sourd et muet apprendra à les ranger sous un même signe.

Ces signes seront bien faciles à déterminer ; ils permettront de parler avec une seule main beaucoup plus rapidement qu'on ne le fait avec l'alphabet aujourd'hui connu ; tandis qu'avec les deux mains on pourra s'exprimer aussi vite qu'avec la parole.

Le langage du sourd et muet avec une seule main se résume ainsi :

Sons ou voyelles : main horizontale.

Voyelles douces, autrement dit a, é, i, o, u ; le dos de la main • tourné vers le ciel et la paume vers la terre (fig, 12J.

Voyelles fortes, autrement dit â, é, ain, â, ou : la paume de la main tournée vers le ciel et le dos vers la terre (fig. \ 3).

Voyelles grammaticales, autrement dit an, e, eu, on, un : la main

parallèle au corps, présealant la largeur perpeDdiculairement à la terre ; la paume dirigée vers le corps et le dos vers celui à qui Ton parle {fig, ik).

Articulations ou consonnes : main verticale.

Consonnes douces, autrement dit be, gue, de, ve, je: la pointe des doigts tournée vers le ciel et présentant au dehors la paume de la main {fig. 15).

Consonnes /brre^, autrement dit pe, ke, te, fe, che : la pointe des doigts tournée vers la terre et présentant au dehors le dos de la main {fig. 16).

Consonnes grammaticales^ autrement dit le, me, ne, re, se : la pointe des doigts tournée vers le ciel et présentant au dehors le dos de la main (fig. i7).

Comme complément: 2 et ^n se forment comme 5 et 11, en agitant légèrement le doigt ; oi se forme avec <ni et a en rapprochant le petit doigt du pouce, dans la position même où ces doigts expriment ces deux sons.

A la simplicité de ces principes on doit déjà deviner la facilité et la rapidité avec lesquelles le langage du sourd et muet doit s'effectuer.

Le pouce, dans les positions indiquées, est la i'* lettre de ces séries.

L'iiidex, — — 2* id. —

Le majeur, — — 3* id. —

L'annulaire, — — h* id. —

L'auriculaire, — — 5* id. —

Il n'y a pas de mouvement plus simple que celui qui consiste à présenter un doigt dans l'une des positions que nous avons décrites, en fermant le reste de la main. Aussi les articulations et les sons peuvent, dans certains cas, s'exprimer en présentant deux ou trois doigts : c'est ce qu'on a déjà vu pour la diphthongue 0%. Pour former aé, aï, aoy au, ei, eo, eu, to, iu, ou, et des combinaisons analogues avec les voyelles fortes ou les grammaticales, ou avec les consonnes dans les trois séries, il suffit de présenter deux doigts ;

on convient seulement que l'ordre des lellres doit être pris, par celui à qui 1*00 parle, dans le sens adopté pour récriture, c'est-àdire de gauche à droite. On comprend quel singulier avantage la langue du sourd et muet peut retirer de ce nombre presque inûni de combinaisons qui s'expriment et sont comprises avec tant de facilité. Mais la disposition des voyelles et des consonnes dans les mots produit aussi des combinaisons sans nombre dont on peut tirer un grand parti. Enfin, l'application pure et simple du système qu^' nous offrons, sans même en déduire toutes les conséquences, conduit à des expressions d'une simplicité remarquable : ainsi, le signe qui aujourd'hui sert à composer la lettre j(i), effectué avec le doigt majeur, donne le mot Dieu : car la lettre d est présentée par le doigt dans l'attitude verticale ; la lettre t, par ce même doigt, dans l'attitude horizontale ; et le son eu, encore par ce doigt, dans la position qui termine le signe j. On pourrait offrir une série d'exemples qui tous seraient aussi concluants, mais nous préférorïs laisser aux hommes spéciaux le soin de pénétrer dans toutes les conséquences du système que nous ne faisons qu'indiquer.

Sténographie du langage par signes.

Mais le système que nous empruntons à la théorie de la langue universelle, du moins à son mécanisme, ne se borne pas aux avantages que nous signalons pour le sourd et muet, il lui procure encore une sorte de sténographie ou de langage aussi rapide que la parole, par l'emploi des deux mains, et cela sans rien changer ni m^odifier des signes convenus pour une seule main.

Il snfBt pour cela de conOer les articulations on les consonnes à l'une des deux mains, et les sons ou les voyelles à l'autre main. Afin que celui à qui on s'adresse lise les mots de la même manière que s'ils étaient écrits ou imprimés, on peut charger la main droite de lui transmettre les consonnes et la main gauche de figurer les voyelles,

(I) On sait que \c j se dessine dans l*air avec le pcUt doigt.

En rapprochant les doigts dont la direction exprime les lettres, on composera immédiatement une syllabe qui sera souvent un mot français tout entier, et notre division des sons et des articulations, qui supprime les leltres oiseuses et ne conserve que la partie prononcée, simplifiera autant que possible cetle écriture tracée par les doigts. Si Ton ,veut même accepter les abréviations introduites dans les sténographies sur certaines parties des mots dont le prolongement se présente souvent et peut être remplacé par un signe, le langage par signes n'aura rien à envier à celui de la parole (i).

Ce langage est facile maintenant à exécuter : car nous avons donné la représentation des positions des deux mains dans les figures 12, 13, 1/i, 15, 16, 17 ; la main gauche prendra celles qui sont dessinées horizontalement {fig. 12, 13, 1^), et la main droite celles qui sont verticales (fig. 15, 16, 17).

Afin que ce système puisse être appliqué immédiatement après la lecture de ces quelques lignes, nous allons compléter nos indications.

Les deux mains fermées et élevées à la hauteur de la tête annoncent que Ton va parler.

On peut ne pas séparer les mots entre eux et, comme dans le discours, laisser Tanalyse à Tintelligence de celui à qui l'on parle.

Si Ton veut faire distinguer les mots, on peut refermer les mains après chaque mot. Ce mouvement se mêle si rapidement à celui des doigts qui se lèvent ou qui se baissent, qu'il pourrait, sans retard notable, être toujours employé même dans les conversations familières des sourds et muets entre eux.

Dans les mots qui offrent de suite plusieurs voyelles, celles qui ne doivent pas recevoir d'articulation, c'est-h-dire la seconde et la troisième, sont exprimées en l'absence de la main droite ; celle-ci se retire donc un peu en arrière, ou la gauche s'avance de quelques

(1) Chaque main n'ayant que trois positions k prendre ou 15 lettres i former, peut encore fournir 15 combinaisons, ce qui produit le chiffre 30 ; mais si on combine chacune d*eUes avec les 15 de Tautre main, on pourrait former, en dehors do langage que nous offrons ici, 15 X 15 ou 225 combinaisons donnant Ueu i 225 convendons.

centimètres. Un mouvemeQt analogue s*opère quand plusieurs consonnes sont de suite, et les deux mains ne reprennent leur niveau que quand la consonne se prononce avec la voyelle.

Lorsqu'une voyelle précède une consonne qui ne doit pas s'appuyer sur une voyelle, comme dans les mots : i7, adjurer, inspirer, etc., la main gauche se croise avec la main droite pour prendre la position dans laquelle se lisent les deux lettres.

Ces données suflSsent pour lever toutes les incertitudes et aplanir toutes les difficultés; il ne reste plus qu'ai s'habituer, par un usage fréquent, à l'emploi de ces signes, et nous croyons pouvoir affirmer qu'en introduisant, s'il est nécessaire, quelques abréviations dans ce langage déjà si abrégé, on le fera, en peu de temps, rivaliser avec celui de la parole.

Les figures 12, 13, i^, i5, 16, 17 présentent les six positions que peut prendre la main sans éprouver la moindre génc ; Inapplication que nouis avons faite du système décimal des lett^res consonnes ou des leitres voyelles à ces différentes positions, peut varier suivant le goût et l'appréciation des professeurs. Parmi les différents procédés qu'on peut déduire de cette théorie, il en est un qui devrait singulièrement concourir à la rapidité du langage : il consiste dans l'adoplion, pour chaque main, des trois positions les plus commodes pour exécuter promptement les mouvements. Les ûgures 12, 16 et ifx représentent trois positions qui permettent dépasser, sans mouvement trop prononcé, d'un signe à un autre. Si donc on s'arrêtait à ce système de conventions, on serait assuré d'exprimer les mots aussi rapidement et souvent plus rapidement que par la parole. Dans ce système la position horizontale (fig. 12) exprimerait, pour la main droite, les articulations douces b, gu, d, v,j : pour la main gauche, les sons doux a, e, i, o, u, La position verticale (fig. 16) exprimerait: pour la main droite, les articulations fortes p, h, t, f, ch ; pour la main gauche, les sons forts â, ê, ain, ô, ou. Enfin la position verticale, mais transversale (fig, lu), exprimerait: la main droite , les articulations dites grammaticales I, m, n, r, $ ; et la main gauche, les sons dits grammaticaux an, a, eu, on, ttn. Ces posiiious donncut lieu d des mouvements très raccourcis ;

elles permellraieiU de foriuer les mots avec la même aclivilé que Ton remarque aux doigts exercés qui parcourent les notes d'un clavier.

Les réflexions que nous avons faites à l'occasion de la phonographie, pour montrer comment, en prenant pour point de départ Tapplication au langage universel, on pouvait employer ce système pour toutes les langues, se reproduisent ici tout naturellement. La prononciation est la base de notre théorie, et la série décimale celle de notre mécanisme ; on prendra donc pour modèle ce que nous avons oflerl sur les signes de la langue française, et on composera un système rationnel et même slénographique pour les sourds et muets de tous les pays.

sir.

il^arilB, Muets et Aveugles.

Quand le sourd-muet se trouve dans Tobscurité, ou lorsqu'il devient aveugle, il ne peut plus se servir des signes perçus par l'organe de la vue; il lui faut avoir recours à de nouveaux procédés pour faire connaître ses besoins et ses idées. C'est le sens du toucher qui doit désormais le mettre en communication avec les objets extérieurs, car il se prête à une analyse distincte plus que les deux autres sens : le goût et l'odorat.

Les leçons qu'ils a reçues pour se former une langue de signes, saisies par les yeux, ne seront pas perdues dans cette nouvelle condition si le système sur lequel était fondée son éducation jouit des privilèges d'une bonne méthode : car de même que les sciences s'eocbatnent entre elles, de même les connaissances fournies par les sens sont liées par des rapports nécessaires, et ces rapports doivent se rencontrer encore dans les signes artiûciels qui les rappellent à notre souvenir.

C'est encore l'alphabet que Ton emploie aujourd'hui pour éveiller ridée des syllabes et des mots, et, par celte idée intermédiaire, on ûcrive à celle qu'on veut introduire dans l'esprit.

FOURNIS PAR LES MOUVEMENTS OU œRPS. 511

Nous avons fait voir la supériorité d'un système qui s'adresserait immédiatement à la pensée sans l'intermédiaire de- la figuration de la parole, c'est-à-dire par des signes qui résumeraient des idées et non pas des lettres; nous avons montré que la Langue universelle procurait cet avantage, parce que sa classification de l'idée prend le son et l'articulation pour symboles, et non pas des mots entiers. Dans le nouveau système qu'il faut imaginer pour l'individu né ou devenu sourd, muet et aveugle, l'ordre des idées, et mèipe la distribution des caractères qui les transmettent à l'esprit, peuvent ne pas être modifiés.

On instruirait donc directement même un être privé en naissant de l'usage ^e l'ouîe et de la vue à l'aide de notre théorie du langage, et ce que nous avons fait remarquer sur l'avantage de ce système pour le sourd-muet s'appliquerait, à plus forte raison, dans le nouveau cas qui nous occupe. Afin de ne pas répéter une partie du § précédent, nous ne traiterons pas, dans cette application , ce qui a rapport au langage universel proprement dit; nous entrerons de suite dans l'exemple que nous fournit la langue française. Il sera toujours facile de revenir du plus compliqué au plus simple.

Système de signes pour toutes les langues et pour le français en particulier.

Nous connaissons, d'après les exemples précédents, le moyen de passer du système basé sur la Langue universelle à la langue française, et de celle-ci à toutes les autres langues; il devient donc inutile d'offrir des détails auxquels le lecteur peut désormais suppléer. L'exemple seul d'une langue telle que le français suffira pour donner la marche à suivre si l'on voulait former un aveugle sourd et muet soit à la Langue universelle, soit à l'un des idiomes aujourd'hui reçus.

Revenons d'abord à la clas?ifîcalion dos sons et des articulations de la langue française d'après notre théorie décimale.

Les soos OU voyelles sont :

a, é, i, 0, u (douces), â, ê, ain, ô, ou (fortes), ftn, e, eu, ou, un (grammaticales).

Les articulations ou les consonnes sont :

be, gue, de, 've, je (douces).

pe, ke, ,te, fe, che (fortes).

le, me, ne, re, se et ze (grammaticales).

A ces sons et à ces articulations qui appartiennent à la Langue universelle, le français n'ajoute que le son oi et Tarticulation gn.

Le sourd-muet, qui a déjà la connaissance de ces symboles, de leur disposition et des doigts qui les représentent, n'aura pas de peine h saisir les conventions bien simples que nous allons proposer.

Les deux interlocuteurs se mettent en communication à l'aide de la main ; la main droite de celui qui parle est, par exemple, appuyée contre la main gauche de celui auquel il s'adresse, de façon que les doigts de même espèce soient posés les uns contre les autres : pouce contre pouce, index contre index, etc. {Fig. 18.) On doit être assez habitué à ce système pour changer de main à volonté.

Celte position est des plus favorables; c'est celle de deux personnes qui se donnent le bras quand elles allongent l'avant-bras; c'est, par conséquent, celle que l'on prend le plus ordinairement à la promenade, ou celle que peuvent prendre deux personnes assises à côté l'une de l'autre. La considération tirée de la position est de quelque importance : car, si elle n'est pas embarrassante, elle peut favoriser un long dialogue. La supériorité du signe émané de la parole naît surtout de ce que le corps est entièrement libre pendant l'entretien ; pourvu que le sens de l'ouïe reste disponible pour l'audition, on peut se placer dans toutes les attitudes possibles, occuper sans inconvénient les autres sens, être plus ou moins éloigné de la personne qui parle, entendre et comprendre ses idées à travers les portes, les cloisons et les murailles. Les signes du sourd-rouet, en captivant les yeux, tiennent la t(^le et le reste du corps en échec ; ils

ne peuvent être aperçus ou jugés qu'à une dislance plus rapprochée; enûo, ils sont entièrement stériles quand le moindre corps opaque s'interpose entre eux et Toeil de celui auquel ils s'adressent. Les signes du sourd, muet et aveugle exigent un rapprochement plus grand encore, mais ils ne gêneront en aucune manière les mouvements de la tète et même de tout le corps, pourvu qu'ils ne trour blent pas le tact de la main engagée dans la conversation.

La main de celui qui parle doit être située sur celle de l'auditeur, uD peu au-dessous de l'extrémité des doigts de ce dernier, environ vers le milieu de la dernière phalange, que les anatomistes appellent phalangette; te carpe s'appuie sur le carpe correspondant, mais de manière que les doigts chargés de s'exprimer éprouvent une légère flexion qu'ils puissent ou diminuer ou augmenter. Ainsi posés, les ^ doigts peuvent se raccourcir ou s'allonger, se porter à droite ou à gauche ; or, ce sont ces mouvements qui constituent le langage.

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