DES MOYENS OU INSTRUMENTS DU DRAINAGE CHIRURGICAL
Art. 1er. — Du trocart et de son emploi.
Il est nécessaire, pour satisfaire à toutes les indications du drainage, quelque vastes que soient les collections au traitement desquelles on se propose d'appliquer cette méthode, d'avoir un trocart d'une longueur de 22 centimètres au moins. J'ai habituellement deux de ces trocarts, susceptibles tous deux d'être retournés, bout pour bout, de manière à présenter soit leur pointe, soit une extrémité mousse , qui devient nécessaire , lorsqu'après avoir pénétré , au moyen d'un des trocarts armé de sa pointe, dans la collection, on veut rechercher par tâtonnements et avec un instrument mousse le point dans lequel devra s'effectuer la sortie. Je repousse complètement de l'application du drainage les trocarts plats. S'ils ont l'avantage de pénétrer un peu plus facilement que les autres, ils ont aussi de graves inconvénients. D'abord, pour un volume égal, ils ont une capacité moindre ; de plus, leur canule s'engorge plus facilement, et par des concrétions que laisserait passer saus peine un trocart cylindrique. Enfin, de plus, leur lame terminale aies inconvénients généraux des instruments tranchants et peut donner lieu à des hémorrhagies. Je ne manierais pas avec la même sécurité, dans les régions dangereuses, un trocart plat, là où je fais usage journellement et sans danger aucun, d'un trocart cylindrique. En outre, le trocart plat ne se prête pas à l'emploi d'un mode d'action trèsprécieux, dont s'accommode parfaitement bien le trocart cylindrique. Je veux parler d'un mouvement de rotation ou de vrille, auquel j'ai souvent recours pour faire pénétrer l'instrument dans l'intérieur des cavités purulentes.
Dans les cas où l'on prévoit une trop grande résistance dans la perforation de la peau par le trocart, on peut faire cesser toute dif-
ficulté dans l'introduction de l'instrument, en pratiquant une ponction préalable du derme au moyen de la lancette.
Art. 2. — Des tubes à drainage.
Les tubes à drainage sont des cylindres de caoutchouc vulcanisé ; ils ont le volume d'une plume d'oie et sont criblés sur toute leur longueur d'ouvertures latérales sans lesquelles le but de la méthode serait complètement faussé.
Lorsque la collection purulente est peu étendue, j'y établis un simple tube dont je fends l'extrémité destinée à rester au dehors : les deux parties résultant de cette section sont rabattues sur la peau et maintenues au moyen d'un emplâtre agglutinatif (tube en Y), mais s'il s'agit d'un abcès plus considérable, j'établis le drainage en forme d'anses ou d'anneaux complets.
Le drainage en forme d'anses ou d'anneaux complets est de beaucoup supérieur à celui des canules dites en Y. 1° Il ne présente à l'intérieur des parties que la convexité du demi-anneau renfermé dans la poche purulente ; 28 s'il a le très-léger inconvénient d'exiger une transfixion et dès lors une double ouverture, Tune d'entrée, l'autre de sortie, comme le séton, il a l'immense avantage de ne jamais se déplacer. Quels que soient les mouvements du malade et les particularités du pansement, il n'est pas soumis aux continuelles vicissitudes d'un tube qui pénètre tantôt trop, tantôt trop peu, et qui peut même s'échapper tout à fait ; il n'exige aucun moyen spécial de contention. La fermeture de l'anneau suffit pour le fixer complètement.
Les malades atteints d'abcès inguinaux, d'abcès de l'aisselle et des parois de la poitrine, malades auxquels nous permettons l'exercice, peuvent parfaitement vaquer à leurs occupations avec le drainage annulaire. La chose leur serait tout à fait impossible avec les tubes en Y.
On doit toujours être muni de bougies uréthrales fines destinées à conduire le fil au moyen duquel on entraînera le tube élastique à travers la canule du trocart.
Art. 3. — Fils à drainage.
Pour l'évacuation graduelle de foyers purulents de très-petite dimension et de ceux qui siègent dans des régions où on doit éviter avec soin toute trace de cicatrices comme à la peau de la face et du cou, j'ai recours à l'emploi de fils en caoutchouc vulcanisé, fils qui sont infiniment moins imitants que nos fils ordinaires en chanvre ou en soie et que les fils métalliques en plomb ou en argent, qui, malgré la tolérance que présentent les tissus vivants pour ces sortes
de métaux, ont toujours une rigidité fâcheuse qui empêche d'en tirer tout l'avantage qu'on se croirait en droit d'en attendre.