‹ Appréciation des travaux les plus récents sur les fonctions du système nerveuxChapitre 16 sur 22 · PREMIÈRE CLASSE. — NERFS DE SENSATIONS SPÉCIALES · texte numérisé non relu

PREMIÈRE CLASSE. — NERFS DE SENSATIONS SPÉCIALES

Ces nerfs, sous l’influence d’une cause irritante appliquée à leurs fibres, l’électricité par exemple, ont pour caractère de donner lieu à des sensations propres au genre de nerf irrité. Le nerf optique électrisé provoque une sensation de lumière; le nerf auditif une sensation de son, etc. Jamais ils ne font éprouver, dans ces circonstances, d’impression de sensibilité générale. On peut les piquer, les brûler sans qu’il résulte de ces irritations des sensations douloureuses. On ne sait dans quel point du cerveau se fait l’élaboration des impressions transmises par ces nerfs, et l’on ignore si c’est dans eux seuls, ou dans eux et l’encéphale que leurs propriétés spéciales résident. Cependant de ce que l’excitation de certain point des centres nerveux détermine des senet mic, de syst, nerv. structura, Berlin 1838.

< Observ. an.

salions subjectives, on peut supposer que les aptitudes à la sensation siègent égalenaent dans les nerfs et dans l’organe central.

§ 1". Nerf olfactif.

Le nerf olfactif est bien le nerf de l’odorat; quand il est détruit, la sensibilité générale persiste, mais la possibilité de percevoir les impressions odorantes n’est plus possible; c’est au moins ce qui résulte des faits d’anatomie pathologique publiés par Bonet*, E. Rodius^, Mor- GAGNi®, Baillou*, Loder^, MM. Serres®, Vidal^, etc. Cependant M. Magendie, en 1839, a voulu déposséder l’olfactif de sa fonction sensorielle au profit du trijumeau, en alléguant des résultats d’expériences et une observation recueillie par M. Bérard. Mais si l’on soumet à une critique rigoureuse les preuves fournies par ce physiologiste, on voit qu’elles sont loin d’être concluantes. Âinsi^ de ce qu’un animal chez lequel la destruction des nerfs olfactifs avait été opérée, était sensible à l’ammoniaque et à l’acide acétique, peut-on raisonnablement conclure que cet animal odorait? A ce prix, toutes les muqueuses buccales et bronchiques odorent, car l’impression de l’ammoniaque est perçue par elle. Lorsque M. Magendie aura prouvé qu’après la destruction de l’olfactif, la pituitaire est impressionnée par les odeurs les plus tenues et les plus délicates, nous nous rangerons à son opinion; jusque là nous conservons en propre aux nerfs olfactifs l’aptitude de sentir les odeurs. Il faut néanmoins l’avouer, le concours de la cinquième paire est nécessaire à l’odorat pour entretenir la pituitaire dans un état de sécrétion et de nutrition convenable.

1 Sepulc. an., lib. I, sect. XX, obs. IV.

2 De oss, cerebriformi, 1645, WUlemberg, p. 103. — Schneider.

3 De sedibus, éd. Tissot, I. I, p. 151.

Op. omnia. Genève, l. lit, p. 525.

5 Programma de tumore, etc. Jena 1779.

6 An. comp. du cerceau, 1827, l. I, p. 294.

7 Arch. ginêralet. 1831, f. XXyi, p. 116.

§ 2. Nerf optique.

Il n’y a qu’une opinion générale pour accorder au nerf optique la propriété de transmettre les impressions visuelles; mais il n’y a plus consensus pour considérer ce nerf comme agent exclusif de la vision. La cinquième paire, pour quelques physiologistes, peut le suppléer dans sa fonction. Nous examinerons ce point intéressant plus tard en traitant des fonctions de la portion sensible du trijumeau.

La section du nerf optique produit, au dire de quelques chirurgiens, des sensations de masses de lumière ; mais ce n’est pas constant, parce que probablement, dans beaucoup de cas qui nécessitent l’extirpation de l’œil, le nerf a subi une modification morbide telle, qu’il est devenu impropre à ressentir une impression. L’influence mécanique d’un coup ou d’une pression sur l’œil provoque aussi la sensation de la lumière ou des couleurs. Dans ces deux cas, ce n’est qu’une sensation subjective qui est produite, et l’éclair qui résulte d’un coup brusquement appliqué sur l’organe visuel est incapable de faire distinguer les objets dans l’obscurité. Ces sensations subjectives s’accompagnent de mouvements de l’iris; cette dernière circonstance nous permet, toutes les fois qu’elle se présente à la suite de la stimulation immédiate de l’appareil nerveux propre de la vision, de reconnaître qu’une sensation de lumière a été perçue. Ainsi, que sur un animal on coupe le nerf optique, la pupille reste immobile devant la lumière la plus intense; qu’on irrite le bout oculaire, on n’observe pas le moindre mouvement de l’iris, qui se meut au contraire, lorsque l’irritation est portée sur le bout encéphalique. Et non-seulement le mouvement a lieu du côté de la section , mais encore du côté opposé. La destruction du moteur oculaire commun détruit la mobilité de l’iris du côté où la section du nerf optique a été faite, mais l’iris du côté opposé continue à se mouvoir sous l’influence des excitations portées sur l’extrémité encéphalique du nerf de la vision. Tous ces phénomènes remarquables s’expliquent par ce que nous avons dit des sensations subjectives. Enfin l’irritation des lu-

hercules quadrijumeaux donne lieu aux mêmes résultats, tandis que rien de pareil ne se manifeste en agissant sur les couches optiques et les lohes cérébraux ; ce qui conduirait à supposer que ces tubercules sont susceptibles d’éprouver des sensations spéciales propres au sens de la vue.

Une question intéressante des fonctions des nerfs optiques est celle de l’usage de leur entrecroisement. On ne peut pas admettre avec Wotiaston’, que l’entrecroisement sert à nous faire voir les objets simples avec deux yeux; car cette fusion de deux sensations est évidemment une opération intellectuelle. Les nerfs auditifs ne se croisent pas, et nous entendons un son, bien qu’il soit transmis par deux appareils. M. Dugès^ pense que la décussation est partielle et non totale, afin que chaque œil, même isolément impressionné, intéresse dans ses opérations les deux moitiés de l’encéphale, et afin que, dans le cas d’impressions simultanées, le sensorium puisse doubler, ou à peu près, l’intensité des perceptions, en rendre l’appréciation plus forte et plus rapide. En même temps la fusion des deux sensations reçues à la fois, lui semble devoir être plus facile. En somme, on ne sait pas pourquoi les deux nerfs optiques s’entrecroisent. Du reste, cette décussation de leurs fibres n’est pas nécessaire à la régularité de la fonction, puisque Vesale® et d’autres ont eu occasion de voir des nerfs optiques complètement isolés, sans que la vision en ait été influencée.

Les faits pathologiques n’indiquent pas davantage l’usage du chiasma; ils établissent seulement que la décussation est partielle, que l’atrophie des nerfs optiques peut aller seulement jusqu’au chiasma ou bien jusqu’aux corps genouillés ou jusqu’aux tubercules quadrijumeaux. De cette dernière observation on peut conclure que, si les nerfs optiques proviennent des couches de ce nom, ils ont aussi des relations d’origine avec les tubercules quadrijumeaux.

> TrantaelioAs philos., 1824, p. 1.

- Ouv. cil., p. 297.

3 De corp. hum. fab., 1543, p. 325.

§ 3, Nerf acoustique.

C’est le nerf de l’audition ; naais toutes ses branches ne paraissent pas avoir la même importance. On s’accorde à considérer la branche vestibulaire comme la plus nécessaire, les autres n’ayant que des fonctions accessoires. En effet, c’est elle qui reste la dernière dans la série animale , et on peut détruire successivement les divers compartiments de l’oreille interne, sans que l’audition soit perdue, pourvu que le vestibule soit conservé. On cite encore des cas d’absence de limaçon chez l’homme avec faculté d’entendre h Comme le nerf optique, l’auditif est insensible et donne comme lui, par son «irritation, à des sensations subjectives et à des mouvements réflexes. La cinquième paire ne peut pas le suppléer.

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