‹ Apres l'amourChapitre 22 sur 67 · LA PRÊTRESSE DES GAULES · texte numérisé non relu

LA PRÊTRESSE DES GAULES

A toi j'ai donné ma tendresse, Je sais qu'on te nomme Lucain; Je suis une jeune prétresse De l'archipel armoricain.

J'habite un toit couvert de branches.

Je suis la prétresse Linor.

Tu dois voir, pendant tes nuits blanches,

Flotter nia robe aux franges d'or.

Les jours s'envolent, se dispersent; Qu'importe à moi quand je t'attends I

Les désirs de mon cœur se pressent Gomme les tieurs près des étangs 1

J'ai consulté dans la grande Ile Le vieux barde au pied de la tour; Dans son art devenue habile, J'espérais ravir ton amour.

Avec des graines de fougère

Et des œufs d'un jeune serpent, Je mis dans un feu de bruyère La tête d'un lézard grimpant.

L'espoir brillait avec la flamme, Quand les fougueux esprits du vent La faisaient trembler comme une âme Qui veut sortir d'un corps vivant.

Sur le chemin, avant l'aurore, J 'étais au devant de tes pas ; Mais tu ne m'aimais pas encore, Je revins en pleurant tout bas.

«< Au bord des flots penche la tête, Dit la voix des rochers obscurs; Le sort, au sein de la tempête, Livre ses an cts les plus sûrs. »

Mais pendant ma fiévreuse attente, Les vagues du sombre Archipel, Souvent de leur voix mugissante Trompèrent mon brûlant appel.

Alors, couchée au bord des grèves, J'écoutais les flots dans leurs cours;

Ton image éclairait mon rêve.

Mais les vagues pleuraient toujours!

En déferlant l'une après l'une, Elles disaient : Si tu l'aimais, Linor, je plains ton infortune, L'ingrat ne t'aimera jamais I

En vain tout Fart d'une prêtresse Veut triompher de sa froideur, Femme d'Italie ou de Grèce A déjà dévoré son cœur I

Savoir que vous souffrez et ne pouvoir me rendre Près de vous ! — L'œil inquiet, les deux bras refermés

J'écoute dans l'espace... et sans jamais entendre De la lointaine voix les accents bien-aimés I

Que je voudrais soigner avec toute mon âme Un pauvre mendiant atteint de votre mal, Répandre à son chevet les pleurs et le dictame Que cherche vainement la couche d'hôpital t

Seule je veillerais pendant ses longues hèvres. Car je l'appellerais de votre nom tout bas, Et )e présenterais le breuvage à ses lèvres, Tremblant en appuyant sa tête sur mon bras.

PuiS) en voyant ses yeux rouverts à la lumière, J'aurai cru de vos maux adoucir la douleur; Et, du pauvre peut-être exauçant la prière,

Dieu me pardonnerait ce rêve de bonheur 1 *

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