IMITÉ DE SES LETTRES
(Après la mort de Gœthe).
Tu n*e8 plus I mes pensers sont des gouttes d*orage:
Les esprits qui t'aimaient ne viennent plus à moi; Tu t'es élancé, Gœthe, au-dessus du nuage, Emportant le soleil de ma vie avec toi 1
Je t'appelle en songeant au feu de tes yeux sombres Sur mon cœur épuisé passe un frisson mortel.
Et je dis chaque soir, quand reviennent les ombres Ne séchez pas, ô pleurs de l'amour étemel 1
Ta chair s'est fait esprit; qu'est-ce que l'existence^ Sinon l'embrasement de l'amour chaste et doux?
L'amour, voilà tout l'homme et sa seule puissance; C'est par l'objet aime que Dieu pénètre en nous 1
Un soir d'été, que les nuages Apparaissaient dans le lointain.
J'allai cueillir des fleurs sauvages, Que je déposai sur ton sein.
Alors, de mes cheveux prenant les folles tresses. Tu voulus y mêler les feuilles et les fleurs ; Sur mon front renversé je reçus tes caresses.
Et pourtant dans mes yeux ne brillaient que des pleurs 1
Tout à coup, un éclair immense S'échappe du ciel enflammé.
Je jette un cri! Dans ma démence, Je ne vois plus mon bien-aimé. Mes mains froides cherchent les siennes.
Il les réchaufle sur son cœur.
Se peut-il que tu te souviennes,
Gœthe, au ciel... de tout ce bonheur!
Ton front divin brillait dans Tombre ;
. Sur ton épaule, ami, j'avais fermé les yeux. î Mais voici l'heure des adieux, Disais-tu... Vois comme il fait sombre 1
Bcttine, il faut partir! Regarde ce flambeau, 11 a brûlé longtemps, sa flamme est incertaine. Je tremble comme lui 1... Comme lui mon haleine Brûle et se précipite. Enfant, dans mon manteau
Ne t'endors plus ainsi! Non, crois-moi, pauvre femme, Va-t-cn, je ne suis pas assure de la flamme Qui s'agite en mon sein; je crains, dans mon effroi, Que ce feu ne s'allume et f embrase avec moil
Le flambeau tombe 1 Fuis, ô Bettina; de grâce, Ne le relève pas, qu'il brûle sur ce bois,
Et, qu'en se consumant, il me marque la place Où mes yeux te verront pour la dernière fois. Chère apparition, délicieux £uitôme De l'amour idéal, ne touche plus ma main 1 Bientôt je vais partir pour le sombre royaume, La flamme du génie expire dans mon sein.
Ainsi tu disais, Gœthe i O que mes jours finissent. Sans ton amour, ami, que ferais-je ici-bas ?
Toi qui sais le pays où les myrtes fleurissent, Goadttîs-moi vers celui d'où l'on ne revient pas!