LE RETOUR DU MARIN
Poussé par une heureuse brise, Dans le port le navire entra,
Et je pensais à ma promise; Doux songe, qui me le rendrai
A notre joyeux équipage En jetant de bruyants adieux, Je m'élançai sur ce rivage .
Que déjà dévoraient mes yeux.
Pour arriver avant la brune^ Il faut marcher avec vigueur ;
Nous n'aurons pas de clair de lune, L'amour seul luira dans mon cœur 1
Là-bas, sur la plage lointaine, Dans la tempête, aux sombres jours, C'est l'image de Madeleine Qui fut inon étoile toujours!
Dans trois ans, il est impossible Qu'elle ait oublié son amant I Mais une tristesse indicible, Sans cause, me vient par moment !
Comme aux jours où la mer est pleine , Mon amc a des pleurs amoureux Que le flux apporte et ramùné Jusque sur le bord de mes yeux.
Voici la route accoutumée,
Les mêmes prés, les mêmes champs!
Avertissons ma bien-aîmée
De l'heureux retour par des chants.
Près du lavoir de la fontaine J'entends rire sa jeune sœur 1
Je veux m'écrier : Madeleine!
Et je me sens, par le bonheur,
Sans souffle, oppressé... Je m'arrête I Toutes les filles du lavoir A mes chants ont levé la tête :
C'est un marin 1 Ma sœur, viens voir i
Où suis-je? et quelle voix m'appelle?
Qui m'apparaît sur le chemin ?
Dieu tout puissant! merci! c'est elle !
Toujours bellel Ohl je tiens sa mainl
Le del est encor plein de âamme, L'oiseau chante encore au buisson!
Mais on dirait que d'une femme Tu n'as plus la mainl... Un frisson
Me saisit... Avec assurance Ta surprime donne en effet Une main à l'ami d'en£ince : »
Mais de l'autre, qu'en as-tu fiait?
Cette main furtive et fébrile,
Qui nous brûle et tremble pourtant,
Que l'on reconnaît entre mille , Et que Ton baise palpitant..
Cette main de la fiancée,
Qui se posa sur notre cœur,
Jamais celui qui l'a pressée
Ne peut s'y tromper.,, O douleur!
Quel est le jour où dans ton âme L'ombre vint et couvrit mon nom?
D'un autre serais-tu la femme*?
Parle!... dis un mot... dis-moi : non!
Mais, hélas 1 je vis Madeleine Suspendre aux buissons épineux Des langes, un sarreau de laine,
£c devant moi... baisser les yeux!