HEURE NÉFASTE
Ce soir, tout est sinistre et tout ce qui vit soutire. Le torrent sur le roc se brise en gémissant, L*ouragan furieux tournoie autour du gouffre,
Et le chien de berger jette un cri menaçant ;
Le passereau mourant dans la vieille tourelle
Veut encore réchauffer sa téte sous son aile ;
C*est en vain : la tempête emporte en sa fureur
Et son dernier soupir et le fruit d*une fleur...
Mon regard abattu erre à l'horizon pale;
Je me sens inquiète au bruit de la rafale.
Que je souifre, ô mon Dieu ! dans ce cruel moment I
Attente, espoir déçu, regret, isolement 1
Isolement surtout, cette étrange souffrance
Qui creuse autour de l'arne un goutlrc sombre, immense !
— loa —
L'étincelle eslpanout, mais il lui faut un choc Pour la faire jaillir de nos coeurs ou du roc 1 Mon âme est devant moi déserte et solitaire, Ne trouvant nul écho, même dans la prière I N'attendant rien des jours, et de l'heure et du sort, Elle vient demander ou la vie ou la mort.
L'une ou Tautre, Seigneur! car cette triste vie, Qui tombe autour de moi comme une fleur flétrie, Est pour d'autres mortels une pure clarté, Un doux gage d'espoir et d'immortalité , Le génie inspiré, le rêve ardent, magique ; C'est le présent d'un Dieu libéral, magnifique* Nous ne vivons donc plus quand les pleurs restent seuls! Les plaisirs à la vie, à la mort les linceuls t Seigneur, écoute-moi ! Seigneur, je te demande, Avant que ton pardon sur ma téte descende, Avant de m'e£&cer dans les ombres du soir.
Avant que par ton ciel mon âme soit ravie.
Une heure seulement, rien qu'une heure de vie Pour une vie entière et de pleurs et d'espoir!