LA MORT DU VIEUX BRETON
Autour du lit de serge verte, Quatre ciei^es sont allumés; La porte est toute grande ouverte
Et les deux volets sont fermés.
Le vieux laboureur agonise,
On cache le ciel radieux; C'est la lumière de Tégiise Qui doit seul éclairer ses yeux.
Chaque voisin qui le visite, Admirant son regard serein, Asperge le lit d*eau bénite
Avec la fleur du romarin.
Et lui^ sans regarder personne.
Répond aux prières qu*on lit;
Mais il entend sa fille Yvonne Sangloter le front sur le lit.
La plus jeune et leur petit frère, A genoux sur un banc de bois.
Égrènent le même rosaire En faisant des signes de croix.
Le vieillard soupire, il appelle
Un jeune homme, et tendant la main :
« Tu trouvais mon Yvonne belle l Sois son époux le mois prochain.
Ici, la misère est si grande
Que les petits mourraient de faim
Si, lorsque blanchira la lande,
Tu ne leur donnais pas de pain. » ,
Mourez tranquille 1 Oh I oui, mon père.
Dès que sonnera votre glas.
Je deviendrai pour eux un frère.
Le vieillard dit alors plus bas :
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V Tu sais qu'avant ce grand naufrage, Ma fille et Ronan Kermoel S'étaient promis le mariage
Pour le jour de la Saint-Michel.
Ne t'ofTense pas de sa peine,
Sois bon pour son frcie et sa sœur; Fais dire à Sainte-Madeleine Des messes au vieux laboureur.
Promets qu'aux tempêtes d'automne, Lorsqu'au bruit du vent tu verras Pleurer tout bas ma pauvre Yvonne,
Jamais tu ne la frappci as ? »
Mourez tranquille Oh ! oui, mon père, Dès que sonnera votre glas, Je deviendrai pour eux. un frère l Le vieillard ne répondit pas.