UN DRAME APRÈS LE VINOT-QUATHE-UAI
survivre à l'écroulement de son rêve, à l'effroyable vitalité de sa pensée, et elle nous apparaît, sur les ruines qu'elle, aussi, a contribué h accumuler, comme l'image ensanglantée du Désespoir remorqué par la Folie — dualité terrifiante et bien laite pour l'instruction des peuples, comme pour les méditations des philosophes.
Plus près de nous, c'est Gambetta qui lombe frappé par une femme — non par la femme amoureuse que l'on a dite, mais par la femme qui, l'ayant eu en ses mains, l'ayant façonnné de toutes pièces, mondalneraent et politiquement, pouvait admetlre, à la rigueur, un dépit d'amour, mais ne pouvait, dans la Qëvre de sa vanité, renoncer à la Jouissance d'orgueil qu'il lui donnait. C'est, enfin, le général Boulanger qui, épris d'une moderne Dalila — il n'est point, ici, fait allusion à la malheureuse quoique néfaste, encore, M°" de Bonnemain — lui livre ses secrets et ne Voit pas que, sous ses caresses menteuses, la trahison se cache.
Biles sont toutes, là, en ligne, se découpant, silhouettes sinistres, sur l'horizon, les femmes fatales f leurs ssurireset aussi Mes passeut, devant l'Histoire, lues oucourlisanesques, met- |£s pieds se sont posés —
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comme les pieds des enfants mellent de l'eau sur le sable des grèves, alors que la mer est loin et qu'elle jette, dans le lai^e, son murmure.
M"' X... fut, elle aussi, une femme fatale. — Elle est la sœur de celles que je viens d'éïoquer et, comme elles, elle lit descendre la mort sur l'homme qui s'était fait son esclave, qui trop faible pour la fuir, trop faible pour la satisfaire, n'avait point su comprendre le mécanisme de son âme baulaine et égoïste, n'avait point su être celui qu'elle avait souhaité.
Celle qui devait être M"" X... possédait, jeune fille, une radieuse beauté et se montrait fort originale.
Très Instruite, très indépendante d'allures physiques et de pensées, fort riche, menant la vie à sa gnise, elle passait, dans le monde, un peu en coup de vent, selon un terme cohsacré, et semant quelque tifTarement dans les salons qu'elle fréquentait, crainte par les raères vigilantes, adorée par les jeunes gens, mais adorée dans l'exclusion de toute hypothèse matrimonial!', ]n?ii ;iim<i.' ih*- iiatià oiil doutaient que l'exemi'le lihér'il qii'uUM eût une influence favor;ible sur l'espi
. Ces craintes rnnLerjiplIes et rpttflpH
UN DRAUB iPnË9 L8 VlNaT-QUATnB-UAI 299
conjugale étaient justifiées, en effet, car la future M"" X... était fort recherchée des filles et des femmes de la société parisienne, car il n'était point de têtes sans elle, car elle apparaissait au milieu d'elles, comme la directrice de leurs plaisirs, comme un chef d'orchestre au milieu de musiciens dociles et empressés à ses ordres.
M"' Z... semblait être le type parfait de la lerame autorilaire et personnelle qui ne se fait frivole que pour calmer ses intimes impatiences de vierge moralement initiée aux choses de la vie, qui se trouve, par son éducation, par sa manière d'agir et de penser, & l'abri d'une surprise du cceur ou des sens.
Ce fut, cependant, à l'un de ces mouvements d'&me ou de nerfs qu'elle obéit, lorsqu'elle exprima la résolution de se marier.
Au Salon de peinture, une après-midi, s'étant arrêtée devant le portrait de M. X..., qui était un tort joli homme, elle s'éprit violemment de l'image et se tournant vers quelques amies qui l'accompagnaient, elle leur fit cette déclaration :
^— Si, vraiment. M, X,.. est bir^n ainsi que le relOtacetle loilii, il sera mon mari.
, habitué aux étranj,'i?tés deM""Z..., et ^noe boutii.de. yiiU bientôt les rires
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qu'avaient provoqués les paroles de la jeune flUe se changèrent en étonnement. M"<» Z... s'était arrangée, en effet, pour rencontrer, dans le monde, M. X... et se Tétait fait présenter.
L'homme était semblable à son portrait et H"^Z... n'éprouva aucune désillusion en le voyant.
Moralement, il lui plut également. Possesseur de quelque fortune, c'était un savant, jeune encore, membre de l'Institut et connu par d'importants travaux historiques. L'une de ses études, même, avait sous le Second Empire, irrité la Cour et troublé r&me tristement chercheuse de Napoléon IIL II était élégant, doux, intelligent; il avait l'esprit indépendant, tout frémissant des aspirations libérales tempérées qui caractérisaient l'époque; il paraissait devoir marcher victorieusement dans l'existence, être l'enfant chéri de quelque superbe destin, et le cœur de M"' Z... alla vers lui dans un élan charmant, dans l'un de ces élans qui trompent ceux qui les font naître, qui mettent, dans les regards, comme dans les affections des hommes, à leur insu, l'implacable arrêt de la fatalité.
M^^'Z... voulut donc être la femme de M. X... et elle la fut.
Mais, si en l'épousant, elle n'avait écouté que la seule inspiration d'une sympathie spontanée, mariée
UN DRAUB APRÈS LE VINOT'tiUATRB-H\I 301
elle parut tout à coup visitée par une pensée étrangère h son amour. Elle se révéla ambitieuse, avide de briller dans le monde; elle se tourna vers les cboses de la politique et elle obligea celui qu'elle avait cboisi, à les considérer avec attention.
M. X..., que l'existence studieuse du savant, de l'écrivain, sollicitait davantage que les débats populaires, que l'agitation des assemblées législatives, que la troublante excitation des polémiques de presse, M. X... tenta d'opposer à la fantaisie soudaine de sa jeune femme le calme de son existence passée. Mais elle refusa de l'entendre, lui démontra que sa valeur était digne de se dépenser plus utilement qu'en œuvres d'érudition, et elle le lança, ua peu malgré lui, dans la mêlée des opinions, dans le chaos des colères el des haines.
Pour lui faciliter la lâche qu'elle lui imposait, M"* X... se créa un salon, et comme elle était belle, et comme elle était remarquablement intelligente, elle eut une cour faite de toutes les illustrations de la politique, des lettres et des arts.
M. X... regrettait peut-être bien, en soi-même, le temps où, paisible, il noircissait dn papier bl aac. dans l'existence heureuse de son caljinet d< mais s'il avait des regrets, il ne les '"" voir h sa compagne et, dev
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adulations qui venaient à lui, en passant par sa femme, il ne lui gardait peut-être même plus trop rancune de l'avoir détourné de sa quiétude d'antan.
Cependant, bien des jours s'écoulèrent avant que le rêve ambitieux de M"* X... sa réalisât, bien des événements se succédèrent avant que Toccasion s'otTrît à elle de faire, de son mari, Thomme qu'elle souhaitait, d'inscrire le nom qu'elle portait, en vedette, sur l'affiche si changeante de la politique.
Après la guerre, elle le décida à se porter candidat à rAsï^emblée Nationale, et lorsque le Vingt-Quatre- Mai vit la retraite de M. Thiers, ce ne fut pas sans quelque stupéfaction que lés divers clans politiques
d'alors apprirent que M. X... était au nombre des hauts fonctionnaires que M. le duc de Broglie s'était choisis pour collaborateurs.
Des faits, très simples, mais qu'il était difficile dç connaître, s'étaient passés.
L'amour — ce bel et enthousiaste amour éclos devant le portrait exposé au Salon de peinture, n'avait eu que peu de durée dans lecœur de M"*« X... et le sentiment qui lui avait succédé — cette ambition qui avait pris sa place, en se développant l'avait faîte impitoyable pour l'homme qui lui avait donné son nom, pour le repos de son foyer.
M. le duc de Broglie était, en ce temps, l'un des
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hommes les plus importants de la majorité royaliste de l'Assemblée, l'uD des hommes que l'uoanime adhésion des droites indiquait comme devant s'emparer, dans une heure favorable, du pouvoir, et M"' X... qui rencontrait le duc en divers salons, dans son instinct de femme et dans l'inlelligence qu'elle mettait à analyser les choses, l'avait marqué comme l'instrument nécessaire à la réalisation de ses espérances.
Elle s'était faite coquette devant lui et pour lui, elle l'avait séduit, et leduc, qui était galant^ quoique professant des principes d'austérité un peu absolus, n'avait pas résisté au charme dont elle l'avait entouré. Il l'avait aimée; il s'en était cru aimé, et comme il lui devait beaucoup, pour l'affection qu'elle lui avait inspirée, pour celle aussi qu'il pensait avoir provoquée en elle, lorsque l'heure de régler les comptes de cette liaison, arriva, il ne sut rien lui refuser.
M"' X.. . exigea, pour récompense de la grâce qu'elle avait déposée sur les cheveux blancs du duc de Broglie, que son mari (ût désigné pour un poste élevé, et elle obtint aisément la satisfaction de son désir.
Celte femme qui, dans la turbulence, dans l'inquititiji;r 'II- - . . ,■ ; ■ : -■■iii-' jitmais iiyiireiise,
eut aliii' ■' ii'-i I ■■■■ il ii.h '!,!■ véritable.de sincère
jouiss;iiii '
304 APRÈS L^EMPIRB
Mais son allégresse intime, ainsi que rafQrmation de son orgueil, de son ambition, durèrent peu, n'eurent que Texistence éphémère de ces lueurs qui, dans les nuits d*été, rayent le ciel de zigzags rapides, mettent sur les nues une trace insaisissable.
L'heure de son triomphe fut, aussi, celle de son désespoir.
Elle avait, à force de volonté, d'intrigues, et en se donnant à un vieillard, assuré, grandi la personnalité de son mari, mais elle devait être impuissante à maintenir cette personnalité sur le sommet où elle l'avait portée.
En une époque moins troublée, moins féconde en mouvements sociaux, M. X... eût peut-être exercé honorablement, en dehors de toute malveillante critique, l'autorité qui lui était confiée. Mais, soudainement placé en face d'une opinion publique surexcitée, de l'inquiétude des esprils, de revendications politiques violentes, il eut un effarement et ne se retrouva plus que l'homme qu'il était réellement, qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être — que le savant débonnaire dont l'âme palpite plus devant la découverte d'une pièce archéologique ou d'un document historique longtemps cherché, que devant la voix populaire.
UN DRAUB APRâS LE VINdT-Q JATBE-HAI 305
Inhabitué aux intrigues du Parlemeot, aux compromissions du pouvoir, ii fut maladroit, il commit des fautes grossières qui lui attirèrent la raillerie de ses adversaires et qui lui valurent l'étonnement dédaigneux de ses amis. Obligé de quitter son emploi, il ne-se sépara point encore de ses collègues, cependant. M. le duc de Broglie cédant aux prières de son amie, lui donna ce qu'on appelle une compensation plus conforme à son caractère, et quoique ce fût là comme une sorte de déchéance, d'amoindrissement indéniable, M"" X... ne laissa point trop paraître l'amertume qui l'envahissait, et qui, terriblement, s'emparait d'elle.
Mais l'infortuné savant ne fut pas plus heureux dans ce poste que dans celui qu'il avait précédemment occupé, et comme aux soucis publics qui l'assaillaient, vinrent alors s'ajouter d'autres ennuis — un désastre financier, je crois — il se résigna, malgré les supplications de sa femme, malgré la colère même qu'elle lui témoigna, à l'éloignement de toute fonction officielle.
I le drame dunt je parlais, au début i, commence..
|[Ant l'écroifllli^ent de non rêve, ne
comme dans
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sa foi d*épouse, ayant inutilement fait le sacrifiée de son intimité, honteuse et écœurée des baisers qu'elle avait reçus et offerts — de l'adultère stupide qu'elle avait commis — elle ne se dit point que son mari n'était qu'un brave homme qui ne demandait qu'à être consolé de la souffrance morale qu'elle lui avait imposée ; elle se dressa, devant lui, comme une créancière farouche, lui reprochant de n'avoir point fait honneur à ses efforts, le regardant comme le voleur de son espérance, comme le banqueroutier de sa propre existence, et le frappant, sans pitié, de son mépris.
Le pauvre homme, dans Tignorance où il était de l'intrigue ébauchée autour de lui, sur son nom, croyait naïvement recouvrer la paix en rentrant chez lui, en retournant à ses études lavorites.Une douleur profonde le saisit, devant l'attitude nouvelle de sa femme, et il recula, épouvanté, devant la vie qu'elle semblait devoir lui créer désormais.
Cette vie, en effet, ressembla bientôt à celle de l'enfer.
L'existence commune entre M. X... et sa femme était devenue impossible, et chacun de leurs tète-ktète était marqué par une scène violente, dans laquelle l'ambitieuse, l'égoïste désabusée, reprenai* le thème invariable de ses récriminations.
UN DBAMB APBàs LE TINfiTrOUATRU-UAI 307
Une femme, a dit Musset, pardonne tout, excepté qu'on ne veuille pas d'elle. L'observation est juste; mais il en est une, aussi exacte. Une femme qui a mis sa conâance, sa vanité sur l'avenir d'un homme, et qui se trouve tout à coup face à face avec l'insuffisance de cet homme, ne lui pardonnera jamais la perte de son illusion, la blessure qu'il aura faile, dans toute absence de sa volonté, à sa vanité. Une femme en arrivera peut-être à se donner avec plaisir à un homme qui saura la mettre au premier rang, dans le monde qui est le sien, en dehors même de tout sentiment d'amour ou de toute sensualité, mais elle se retirera de celui qu'elle aura aimé avec son âme et avec sa chair, si, dans une heure néfaste, il a élé cause du plus léger abaissement de son orgueil.
M°"X.., était celte femme. — Ayant aimé son mari, ayant joué sur lui son existence de grande élégante, de femme intelligente, elle ne devait plus que le ha'ir, pour la déception qu'il lui avait procurée.
Elle le poursuivait, sans relâche, de son dédain, -, '!•■ turinqninl aiu-unf' nc.'a.'jion de lîV'tUe nommait sou iiic^p.nili^, romli relation i^Uine, pe f.iisanlcoleu\ lui faire
308 APRÈS LSMPIRE
sentir la cruauté des refus qu'elle opposait & ses appels, le tourmentant de son charme féroce, le poussant aux pires affolements, faisant naître ainsi, graduellement et implacablement, la crise tragique qui devait clore cette sinistre aventure.
Ce dénoûment se présenta, comme la plupart des dénoûraents, d'une manière Imprévue et brutale.
M. X..., une après-midi, étant entré dans la chambre de sa femme, où il ne s'était point montré depuis qu'un dissentiment l'en avait séparé, la trouva délicieusement parée et occupée & s'embellir encore.
Il était à bout de force, de courage, pour lutter contre elle plus longtemps, et il lui exprima sa souffrance en termes émus, dans lesquels on devinait un amour qui n'avait Jamais cessé d'être, malgré les injustes représailles qu'elle exerçait contre lui.
Le malheureux était-il venu là, avait-il tenté cette démarche, dans la conviction qu'il saurait émouvoir cette âme qui n'avait plus d'émotion, qu'il ramènerait k lui, ce cœur qui s'en était éloigné à tout jamais ? Peut-être ; car riK.iiuiii' (.-t ;niine se résout que difûcileuiLMU ;i ri'curiuaître i' rabilité du mal qui le frappe, car l'homme ne l'objet de sa joie, de son ilVecliun, (]ue lors'
UN DRAME APRÈS LE VINST-QUATRE-UAl 309
yeux en ont perdu la sithouelte, que lorsque son cœur trop insensibilisé par la dureté d'un mauvais sort, ne tressaille plus.
Si telle était la pensée, si telle était l'espérance de M. X..., en passant le seuil de la chambre de sa femme, ce jour-là, il ne lui fut pas donné de s'attarder dans son illusion.
M°" X..., plus dédaigneuse encore que de coutume, l'accueillit par un rire outrageant, iul demandant s'il était fou et s'il n'avait point autre chose à faire que de lui venir conter des sottises. Il savait bien qu'il n'était qu'un pauvre homme, qu'entre elle et lui, il n'y avait plus rien de corn mun, et qu'il était inutile qu'il l'ennuyât de ses lamentations. Elle avait cru en lui, il n'avait point . répondu à ses désirs. Il n'existait plus, pour elle, el elle le priait simplement de lui accorder quelque tranquillité ,
L'infortuné, atterré, écoutait sa femme, mais il s'efforçait de n'entendre pas les mots qu'elle lui jetait au visage.
Il essaya de lui expliquer ce qu'elle appelait son incapacité, il essaya df! lui l'iiire comprendre qu'elle 1 tui't de vouloir lui imposer une t&che pour 1 n'était pas fai^ essaya du lui démontrer ieul>6tn||^^llélre insignifiant qu'elle
3(0 APRÈS l'eupibb
semblait voir en lui, qu'il avait su se créer un nom boDorable en dehors de la politique, et qu'il eût été sans doute sage de se contenter de la célébrité paisible qu'il avait donnée à ce nom. 11 essaya, enfin, d'évoquer les joies, lointaines déjà, où ils s'aimaient, où ils étaient heureux.
Mais le rire méchant qui l'avait accueilli, un moment auparavant, l'interrompit, et bientôt, & ce rire, succéda une colère qui l'effraya. M"' X,.., délaissant toute réserve, reprenait une à une toutes les phases de son existence avec lui et en bafouait le souvenir. Puis, farouche, dans toute l'exaltation d'une femme que la haine seule inspire, que l'honneur de celui qui l'a humiliée exaspère, elle le souffleta de son adultère inutile, elle lui lança l'insulle suprême de sa pudeur vainement sacrifiée, pour que, lui, son mari, fût quelqu'un.
C'en était trop. M. X... éprouva, en cet instant, la sensation d'une ivresse qui abat et sous l'influence de laquelle, on roule, inerte, sur le sol. Mais il se raidit et, silencieux, n'ayant même point la ressource de pleurer, il 111 qiji'hiuc^ pas il;msiad sans pensée, comnjtî i^^aiis [jarnie.
Un gentil poignartl — une arme luxua parade — traînait aur un meulile. Dans sai s'arrêta tout à coup et son regard s'élant
UN DHAUB APHÈS LE VIN6T-QUATBB-MAI 311
le poignard, il étendit la main, le prit, et, sans un mot, se frappa au cœur.
Il tomba; mais le coup, mal dirigé, ne l'avait pas tué.
La jeune femme, alors, dans un sang-froid abominable, dans une conception prompte et terrible de l'acte qui venait de s'accomplir, eut conscience des conséquences de cet acte. Sans demander l'aide de qui que ce fût, sans s'occuper de son mari qui était étendu immobile, mais qui la suivait de ses yeux grands ouverts et indiciblement inquiets, de ses yeux interrogateurs et suppliants, elle intercepta les issues conduisant à sa chambre et revenant vers le malheureux, elle le traîna, en le tirant par les pieds, jusqu'à une sorte de cabinet de travail oïl 11 s'enfermait quelquefois. Et là, l'ayant placé parallèlement à une table sur laquelle étaient des papiers, et ayant déposé près de sa main le poignard, elle le quitta et disparut en fermant, derrière elle, la porte du cabinet, sans m6me lui accorder un dernier regard.
M. X... qui ne pouvait plus parler, mais qui voyait ■ el ^lu^^liiiLi^iii (l>? suivre (Jus yu\ — de ses pautiraiil», an^^gjoésetimplorints, chaque le, M. i^y^^^avaîL pu croire, un r, comprit alors
312 AFBÈ9 l'empire
toute la tragique détresse dans laquelle on le précipitait, et rassemblant les forces qui lui restaieul, de ses doigts crispés, il reprit l'arme qu'il enfonça une seconde fois dans sa poitrine.
- Iflte devait plus l'en retirer, et lorsqu'on le trouva, mort, dans cette pièce où il avait été jeté comme à une fosse commune, on remarqua qu'il avait perdu peu de sang, et qu'il portait, à la hauteur du cœur, deux blessures très distinctes. Les quelques initiés h ce drame firent connaître ce détail que les journaux de l'époque n'osèrent point publier.
M"' X... porta convenablement le deuil de son mari et tenta de donner, pour cause, à sa mort, un suicide provoqué par une démence imprévue et inexplicable.
Puis, elle se débarrassa vite de ses vêtements noirs, et ayant rouvert son salon, elle est, depuis son veuvage, l'une des femmes les plus enviées et les plus adulées du Paris mondain.
Elle put croire éternel le mystère dont elle avait entouré la mort de son mari. Mais il n est point de mystère, dans le monde parisien, eL \i--. (tjiiUons les mieux closes, ont des lissures par 1'^ -Mltel des yeux et des oreilles qu'on ne soupçum et entendent.
C'est ainsi que ce drame, sans cloui'
UN DRAME APRÈS L"! VINflT-OnATRB-MAl 313
iDoiDs qui ont rendu possible une divulgation qu'il eût été dommage de ne point offrir au lecteur intéressé par les documents intimes ou publics qui se rattachent h une époque, qui aident h. la reconstitution matérielle et morale de l'histoire d'un tefnps.
Le Monde et la République.
La présidence de M. de Mac-Mahon fut caractérisée par un grand mouvement mondain, je l'ai dit. Non seulement, en effet, la société aristocratique se donna, alors, rendez-vous dans les salons du Maréchal, mais elle avait les siens, mais elle organisa des réceptions et des fêtes qui purent faire penser qu'elle se réconciliait avec la République.
Le monde n'abdique pas aussi aisément sesran- |gs liiiîncfi, pi les fAtes qu'il offrait alors Igini pour pM^^à la République. Son uindai^^^^wélextc pour renaître ^le lui fournit, en
316 APRÈS L*£MPIRE
quittant le pouvoir, en laissant la présidence aux mains des républicains, le monde se reprit à maudire la forme de gouvernement que s'était choisie la France et, comme conséquence de sa bouderie, éteignit ses lustres, mit des housses sur ses fauteuils et fit taire ses violons.
Cette manifestation fut peut-être très significative et très édifiante aux yeux des quelques nobles chambellans in-partibus du bon roi Henri V, qui erraient alors, entre Versailles et Froshdorff, mais elle fut puérile et la République n'en mourut pas.
La société aristocratique de cette époque était celle, à peu près, qui, dans les dernières années du Second Empire, avait mené dans Paris le beau tapage de ses plaisirs, avait exercé une influence considérable sur les événements.
Suspectée par les hommes nouveaux qui avaient succédé aux hommes du pouvoir impérial, elle apporta quelque désinvolture dans son éloignement des salons officiels, des fonctions publiques, et comme pour narguer cette République à laquelle elle se refusait et qui, d'ailleurs, ne voulait pas d'elle, elle se reprit à vivre sa vie d'antan.
Les Tuileries manquaient, désormais, à sa joie hautaine, à ses excentricités équivoques, mais sut se créer d'autres théâtres pour y continu
parade que des heures malheureuses avaient ma- JencoQtreusement interrompue.
Les femmes, dans ce retour vers la folie de naguère, eurent encore la plus grande part d'initiatÎTe et de même que l'on avait inventé, pour elles, sous le Second Empire, des qualifications d'ungoûl plus que douteux, elles imaginèrent de se reconnaître par des sobriquets de clubs plus ou moins bizarres.
Immédiatement après la guerre, elles reformèrent le cercle de leurs intimités, et prirent le titre de Loutonnes. Puis, délaissant toute étiquette, elles mirent l'anonymat sur leurs plaisirs. La génération actuelle ne leur connaît aucun dénominatif.
Les femmes dépassèrent alors, en extravagances, s'il est possible, toutes les Minettes, toutes les Cockonnettes ou toutes les Laides de l'entourage de l'impératrice Eugénie.
L'esprit vicié, déséquilibré, enfoncées dans toutes les ruelles suspectes de l'imagination, les nerfs sans cesse surexcités, prêtes à toutes les licences, elles n'eurent plus de la femme que l'apparence.
On a dit que l'homme avait été le promoteur de cette perversité qui caractérisa et avilit la femme, al87Uet de 1871.
e et le faire meil- ] me parait
SIS AI*HBS L^BHPinS
exagérée qui li présente comme la cause naturelle (lu détraquement des femmes.
l/homme» plutôt, en présence de certaines monstruosités, de multiples égarements, n'a-t-ilpas senti H'évelller, en lui, des dégoûts et aussi, fatalement, des euriosilés malsaines et étranges, des désirs bâtards, des voluptés mystérieuses et louches? — La ffuune, certes, n*a pas inventé, n'a pas créé le vice et la démence dont elle a souffert, tout en s'y abandonnant. Mais n'en at-elle pas provoqué l'éclosion? pour parler franc, la femme n'a-t-elle pas olîert à rhonune l'exemple de la débauche avilissante, la fenuuo n'a-t-elle pas mis, en lui, cette déchéance dont elle se plaint et qu'elle invoque comme Texcuse do sa propre conduite?
t' ne association Téniinine se fonda, après la guerre, que, hautement, l'on désigna sous le nom de « l'Abbaye. V) — La pudeur la moins farouche reculerait devant la description des scènes dont ce lieu fut témoin, — Femmes du monde, courtisanes, actrices, dimoiselles de magasin, se rendirent à ce gros nunuMo — comme l'adolescent en rupture de pbiloNophie. au mauvais endroit. — Nul regard masculin ne pénétrait l'ombre de « l'Abbaye, » car la femme seule y était admise. D'aucunes s'y sont présentées en simples curieuses et en sont sor-
lies affolées, perdues, gangrenées à tout jamais.
Se rappelle-t-on, également, Tatroce perversité de cette jeune fille, mademoiselle de G... qui, mariée au comte de M..., le soir de ses noces et à Tinstant de recevoir son mari dans son appartement, lui montra du doigt sa chambre, puis une autre porte, fermée celle-là, et lui dit :
— Monsieur, voici votre chambre et voici la mienne.
Après quoi, elle disparut, se verrouilla et refusa, obstinément, d'écouter les prières comme les plaintes du pauvre diable amoureux.
Se souvient-on, encore, de cette mondaine qu'un illustre guillotiné, de son vivant, avait ensorcelée et qui, nouvelle Julie, amante de la force physique, demandait à la brutale puissance du rustre, la joie sans rêve que goûte la béte.
Les exemples seraient faciles à multiplier. Cependant, il serait puéril de maudire le monde à cause de ses imperfections, de ses défaillances. En lui, comme en tout, s'agitent bien des choses — vices et vertus. Impersonnel par lui-même, c'est, si Ton veut, un diamant aux mille facettes. Ainsi que tous les diamants, il a des beautés et des défauts, irresponsable des uns comme des autres.
320 APBÈs l'empire
Dans le déclin de ce siècle où tant de choses ago« nisenty où tant de choses naissent, le monde pouvait prendre un rôle superbe qu'il n'a pas compris.
Renonçant à toute stérile querelle avec les idées, avec les aspirations d*un temps dont il ne saurait arrêter le cours, dont il ne saurait calmer la fièvre, il eût pu se faire le consolateur des misérables et chercher le pardon de ses richesses comme celui de ses folies, dans Texpression d'une sublime charité. Non seulement le monde s'est fait systématiquement réfractaire à toute concession sociale, à tout abandon d'une parcelle de son bonheur, mais il a été maladroit dans les aumônes, qu*il a parcimonieusement distribuées aux misérables, dans l'offre, très rare, de sa pitié.
Tous les moyens sont bons qui mènent au but, dit un proverbe. La charité des gens du monde, pour être toute spéciale, ne s'exerce pas moins au profit de malheureux, et je ne voudrais afOiger ni les donateurs, ni les secourus, en analysant le sentiment qui porte ainsi, fraternellement, des êtres dissemblables les uns vers les autres.
Cependant, étant de ceux qui trouvent que tout n'est point pour le mieux dans le meilleur des mondes; étant de ceux qui regardent la charité comme la plus sublime manifestation humaine ; —
indigné, aussi, par l'affirmation grotesque, sinon odieuse, que le pauvre, à Paris, n'a qu'à se baisser pour ramasser de la pitié et du pain — je me permets de croire que la véritable infortune, le plus souvent, reste ignorée, je me permets de penser que ceux qui invoquent la charité ne la comprennent pas ou la profanent.
A quoi bon se payer de grands mots et pourquoi ne point reconnaître que, parmi toutes les excentricités cabotines du monde, la charité prend, en notre modernité, la première place? — L'amour, Famitié, l'honneur, la religion ont bien supporté qu'on les affublât d'oripeaux et de masques, qu'on les menât à la Gourtilleavec les clodoches du mardigras. Pourquoi la charité se serait-elle dérobée? Pourquoi ne se serait-elle pas soumise ?
Pauvre diablesse de charité, plus gueuse que les gueux qui se réclament de son nom, on a bien tenté, à Paris, de lui donner la consécration officielle — la forme — sans laquelle, en France, rien ne semble devoir exister. On a créé une administration particulière pour les crèvede-faim, pour les marchetout-nu, pour les errants chevaliers à qui les brouillards de la Seine tiennent lieu de draps. On a construit une laide et coûteuse bâtisse sur la porte de laquelle on a collé une étiquette. On a ouvert
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des guichets ; on a mis, derrière, des animaux à lunettes et à manches de lustrine; et ainsi, la société, une seconde fois, au prix de gros traitements, offerts à tout un lot de fonctionnaires et prélevés sur la caisse du misérable, a pu racheter ses péchés et a été sauvée. — Mais, si les fonctionnaires ont économisé de respectables dots pour leurs filles, ont mangé des pommes déterre, avec du bifteck autour, les autres, ceux de la rue, ceux dont les dents sont longues, dont la peau craque sous le froid, ont continué d'attendre la manne promise. L'aumône, comme le ciel, a ses élus. Et ils sont rares, les indigents qui, montrant patte noire, ont droit à la pitance administrative.
En dehors des coteries officielles qui rançonnent la charité, on a vanté les dons magnifiques et testamentaires de deux personnalités parisiennes et féminines, placées aux deux pôles de la société. De la première, il reste peut-être le souvenir d'un bel enterrement. C'est quelque chose, sans doute, mais ce n'est point assez. Je demande qu'on me désigne, nettement, une détresse — une seule — que les prodigalités de cette bourgeoise aient fait disparaître. — De la seconde, il demeure la trace inutile d'une monomanie de richarde inconsciente des offrandes qu'elle semait. Encore, je demande qu'on m'in-
dique, d'une façon précise, l'homme, la femme ou Tenfant, relevé par la main de cette bienfaitrice, le Lazare ressuscité par la vertu toute-puissante de cette magicienne. — Chez l'une comme chez l'autre, la charité fut du cabotinage. Elles ont, naïvement, cru que, dans leur tombe, elles entendraient les louanges de Paris ; elles ont eu l'assurance que les journaux parleraient bien d'elles et elles s'en sont allées, pleines d'un orgueil égoïste et non consolées par les larmes qu'elles ont fait semblant de sécher.
La charité — comme la vertu, selon certain philosophe — serait-elle un vain mot? — Non. La charité est. Et si, en notre siècle qui meurt, elle ne connaît, parmi les souffrants, que les habiles, que les politiques de la misère, elle connaît, au moins, ceux-là, et leur est favorable.
En vérité, je suis peu disposé au don quichottisme, sachant, par expérience, quelle stérilité et quelles déceptions rencontrent l'enthousiasme et le dévoûment dont il est fait. Mais lorsque, dans ma fantaisie d'écrivain, j'évoque le Rêve maigre et haillonneux du faubourien — bête humaine, férocement rongeuse, qui rampe autour de la grand' ville comme une plaie vengeresse autour d'une tète criminelle, je ne puis m'empêcher de songer que la charité pratiquée comme la pratiquent les heu-
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reux d'aujourd'hui, n'est point la charité, qu'il y a quelque crime, même, à couvrir de son ombre les manifestations dont elle n'est que le prétexte honorable et cherché.
L'indignation du moraliste me laisse froid, d'ordinaire. Les colères de M. Prudhomme me font sourire. Mais, je le dis, à vous autres qui passez, dans la vie, avec de la raillerie et de la blague dans vos poches, je le dis sans me croire moins intelligent ou moins spirituel que vous, si M. Prudhomme et le moraliste, par hasard, se trouvaient, ici, d'accord avec moi, je ne renierais pas leur suffrage.
Pas de discours; des faits, — Est-ce de la charité, ces exhibitions mondaines qu'on appelle ventes, bals ou kermesses? — Est-ce de la charité ces publiques enchères où les « Belles Madames » en renom, pour affrioler le chaland, sortent leurs épaules et leurs bras de leurs dentelles — bibelots d'alcôve qu'une nuit, souvent, suffit à salir?
Soyez joyeux, soyez libertins, soit. Mais soyez libertins, soyez joyeux, franchement, sans hypocrisie. La charité interlope m'écœure. Il me déplatt autant de vider mon porte-monnaie, sous un faux prétexte, dans l'aumônière des « Belles Madames n que de jeter dans les doigts crochus de la sacristaine, à l'église, les deux sous d'une chaise, alors que j'ai
le caprice d'entrer au temple et d'y aller prier Dieu. Cela fait naître ceci, et quand on prend du cabotinage on n'en saurait trop prendre. Après avoir fait, de leurs chapelles, des théâtres — succursales d'Edens ou de Folies-Be.rgère — il était juste que les mondaines ûssent de la charité une danseuse de foire. Les femmes qui vont à Dieu comme elles allaient à Gapoul, au temps de son règne, au pays des coulisses, fatiguées, un peu, des kermesses, des bals et des ventes, s'ennuyaient lorsque Tune d'elles eut une idée géniale. Propriétaire d'un grandiose hôtel auquel un temple minuscule est attaché, elle imagina de convier le ban et l'arrière-ban de ses amis, à une solennité religieuse au profit de je ne sais quelle œuvre. Des prêtres arméniens, en leurs barbes immenses, en leurs costumes somptueux, officièrent, mêlant leurs silhouettes orientales à celles des gommeux et des gommeuses parés de toutes leurs plumes. Un concert savamment organisé accompagna la cérémonie; enfin, la communion — c'était le clou annoncé et obligatoire de la fête — offerte à tous, termina la représentation. Ce fut original, ce fut peu commun, et lés blasés — mâles et femelles — grâce à l'esprit inventif de leur hôtesse, trouvèrent, là, l'heure de plaisir qu'ils eussent cherchée vainement ailleurs. Au repas qui
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suivit, on mangea des truffes. Le bon Dieu n'est pas venu dire s'il fut content.
. Que l'on soit catholique ou que l'on soit athée» on ne peut se défendre d'une poignante tristesse à la révélation de pareils faits. Que la charité les protège, cela importe peu et prouve, simplement, que la charité rejetée, par des mains maladroites et indignes, de sa route, bat, maintenant vagabonde et cynique, les ruelles qui mènent aux bourbiers.
C'est une vérité incontestable que la société, aujourd'hui, ne sait plus faire le bien pour le bien. Ce serait de l'art pour l'art et du temps perdu. Elle n'est pas mauvaise peut-être, au fond ; mais cabotine en l'âme et la moelle, elle se fait payer en réclames, en célébrité de commande, la pitié qu'elle .veut bien tirer de son cœur. Pour que son cœur s'émeuve, il lui faut l'apparat des jours bruyants ou le charme des nuits folles, il lui faut le coup de grosse caisse qui proclame sa louable action, comme 4e canon annonce l'évasion du forçat. Il lui faut la promiscuité de la rue — la publique et vulgaire claque qui souligne sa bonté — ses effets.
Il est un conte, vrai ou faux, dont mon enfance a été bercée, féerique récit au travers duquel passait, timide, l'ombre d'un « Petit Manteau bleu, » qui se
levait tôt, pour visiter les malheureux, qui se couchait tard, les ayant secourus — ignoré de tous, ignoré de lui-même, aussi, anonyme fantôme, plus poétique que le Jésus de Noël qui, lui, est connu. — Qui nous rendra le « Petit Manteau bleu » et ses aumônes discrètes, qui nous rendra sa modestie, sa gloire, son héroïsme dans le bien?
femmes élégantes et jolies, que vous seriez plus belles, encore, si vous aviez le courage de rimiter. Je sais bien que votre sacrifice ne mettrait point Tallégresse en Tâme de tous. Je sais bien qu'à côté des uns, toujours, glisseraient, inaperçues, des misères. Mais comme elles seraient mieux guéries les plaies que vous panseriez.
Quant à toi, gueux, n'écoute point mon discours. Il te jetterait, peut-être, de la haine au ventre. Et il ne faut point haïr lorsqu'on a faim. Pousse, vis, marche, mange, aime, dors et meurs comme tu peux. Ta colère ne changerait rien, encore, aux choses dont le cours ne s'arrête pas. Laisse Tor et la terre, là oîi ils sont. A toi, ni cela, ni ceci. — L'oubli. — Et c'est assez, et cela vaut mieux peut-être que la parade du millionnaire. Tu ne cabotines pas, toi. Si, parfois, l'histrionne charité vient à toi, accueille-la. Ignorant sa comédie, tu peux lui ouvrir ta porte. — Gueux, crois en l'avenir meilleur,
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en la justice immanente du grand mystère humain; mais pour l'instant, sois patient, n'écoute pas mon discours. Il te mettrait de la haine au ventre — et ton ventre a faim.