‹ Après la guerre; comment placer sa fortuneChapitre 12 sur 29 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

EMPRUNTS DEa ETATS NEUTRES

Les pajs épargnés par la guerre se sont enrichis. — Leurs empruiiU sont d'un moindre rapport que ceux des belligérants. — £st-cB le moment d'entrer dans ces valeurs? — Avantages qu'elles offrent encore temporairement. — Examen des six pays neutres d'Europe : Espagne, Suisse. Hollande, pays Scandinaves. — Le Mexique et l'Amérique du Sud. — Nécesiité d'une soigneuse discrimination.

Nous entroQS ici dans le paradis -des fonds d'Etats. Parmi les peuples qui se sont tenus prudemment à l'écart de la guerre, — nous rangeons dans cette catégorie les Républiques Sud-américaines qui se sont contentées de rompre avec l'Allemagne, — lesunsse sont enrichis, lesautres, du moins, nese sont pas couverts do dettes comme les belligérants. Par comparaison, leur situation llaancière, qui n'était pas toujours de premier ordre, apparaît comme améliorée. Il y a là, pour certains d'entre eux, un trompe-l'œil. On aurait tort de croire que tous les pays qui se sont tenus dans la neutralité ont acquis, par cela même, une solvabilité à toute épreuve.

g6 COHHG:<T fLACER SA FORTUNE.

Lea personnes qui avaient observé le principe de la distribution géographique des placements, lorsqu'elles étaient bien tombées, ont été récompensées de leur prudence pendailt la guerre.

Encore fallait-il bien tomber ou avoir été doué d'une prévoyance rare pour discerner les pays qui échapperaient à une tourmente dont ceuxmâmcs qui l'annonçaient ne pouvaient soupçonner l'ampleur. Il y a donc eu plus de chance que de science dans la distribution des portefeuifles les plus judicieusement composés. Il suffît d'ailleurs de consulter les tableaux de placements donnés avant iQid par les conseilleurs les plus qualifiés pour se rendre compte des erreurs que les plus sages peuvent commettre. Ce qui confirme notre principe essentiel, qu'il ne suffit pas, pour assurer les capitaux, de les répandre sur toute la surface du globe.

D'ailleurs, la roue tourne. Tel État qui vient d'échapper à la guerre et dont la situation parait enviable subira demain à son tour quelque choc dont il est difficile pour le moment d'apercevoir les causes. Tel autre, au contraire, au sujet duquel les perspectives étaient sombres, semble rester à l'abri des orages, H y reste jusqu'à ce que son tour arrive. La stabilité et la prospérité sont pour les Etats ce que la santé est pour l'homme le mieux portant : quelque chose de provisoire.

Essayons de raisonner en ce qui concerne les capitaux et leur besoin accru de sécurité. Les rentiers qui, dans le choix de leurs placements, se

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l'égleraient sur leur tempérament personnel en appliquant les données généralement admises autrefois, obéiraient à l'une ou & l'autre des deux tendances suivantes . Hardis, ils parieraient pour le relèvement des Etats qui ont souiTert de la guerre, ils spéculeraient sur la hausse de leurs emprunts. Timorés, ils se réfugieraient dans les titres des Etats qui ne se sont pas endettés.

Le premier système a des précédents encourageants. L'histoire du xix' siècle montre qu'en efiet tes grandes nations qui' ont subi les plus dures épreuves, dont le crédit a paru à un moment donné le plus compromis ou a été le plus discuté, sont parvenues à rétablir leur situation. Elles ont récompensé les prêteurs qui ont eu conBance en elles. Tel a été le cas de l'Italie, dont la solidité financière, aux débuts difiiciles de son unité, semblait plus qu'aléatoire. Tel a été aussi le cas de la France. Après i8i5, et après 1871, son relèvement a jastifié toutes les espérances de ceux qui avaient cm en elle. On cite des spéculateurs qui, à la suite de la première guerre franco -allemande , sont restés dix ans h la hausse sur nos fonds nationaux et dont l'enrichissement s'est fait tout seul à mesure que les forces économiques de la France se reconstituaient.

L'Espagne offre un phénomène du même genre.

Les agitations de sa politique avaient longtemps détourné le public de ses emprunts. En 1898, sa guerre désastreuse avec les Etats-Unis avait failli la conduire à la banqueroute. Pourtant l'Espagne

a résisté et ceux qui avaient ponté sur elle au moment où elle était le plus bas ont gagné. Nous connaissons à ce sujet une anecdote symbolique.

Pendant la guerre hispano-américaine, la rente espagnole dite Extérieure, c'est-à-dire payable en or à Paria, était tombée aux environs de 3o francs. On parlait de suspendre les paiements ou, au moins, de les réduire et de recourir aune faillite partielle. Élait-ce le moment d'acheter et de courir l'aventure ? Les esprits craintifs disaient non. Les amateurs de risque disaient oui. Or, il y avait un ménage français où le mari était timide et la femme aventureuse. La femme conseillait d'acheter de l'Extérieure. Le mari refusait. L'occasion passa. Lentement d'abord, l'Extérieure se mit à remonter : l'Espagne tenait ses engagements. Tous les soirs, dans le journal, Madame lisait les cours. Elle les Usait à voix haute. Madame triomphait et Monsieur était humilié. P^r sottise il avait manqué une fortune. Et l'histoire ajoute que, quand l'Extérieure fut au pair, le ménage divorça...

La question est de savoir si ces exemples de relèvement progressif et de guériaon rapide sont encore applicables à la situation actuelle. En somme, l'expérience que nous avons du crédit des grands Etats, tel qu'il s'est constitué dans le monde coutemporaîn , est une expérience étendue sur un temps très court par rapport à la longévité ■ des nations. C'est tout au plus l'espace d'un •iàclei beaucoup moins pour de nombreux pays.

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