‹ Après la guerre; comment placer sa fortuneChapitre 13 sur 29 · EMPRUNTS DBS ÉTATS NEUTRES · texte numérisé non relu

EMPRUNTS DBS ÉTATS NEUTRES

On ne saurait tirer du fait que, de i8i5 à igidi aucun Etat important n'a fait faillite et que les pays éprouvés se sont tirés d'affaire, la cgnclusion que l'échafaudage financier des sociétés contemporaines est indestructible et que ce qui s'est passé au XIX* siècle recommencera au xx".

Pas plus qu'il n'est certain que- tous les belligérants se relèveront de leurs plaies, il n'est certain que les Ktats restés neutres de iQid à 1918 jouiront d'une prospérité éternelle, à l'abri des convulsions et des hasards. Leur bonheur ne doit donc pas faire illusion outre mesure. Le monde nouveau, tel qu'il est sorti de la paix, est trop instable pour qu'on puisse assurer que celui-ci ou celui-là seront toujours exempts des guerres et des révolutions.

Ainsi le rentier irait sans le savoir au devant de nouveaux risques s'il portait inconsidérément sa fortune chez les anciens <ï neutres ». Il faudra encore choisir entre eux et scruter leur fort et leur faible.

L'Espagne a été merveilleusement favorisée par la guerre. L'or a afflué chez elle. Sa rente extérieure a largement dépassé le pair. Le change, phénomène inouï, lui est devenu favorable au point que le billet de banque français a perdu plû« de 3o p. 100. Les porteurs de rente espagnole, qui semblaient avoir fait un placement aventureux ■

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se sont trouvés au contraire avoir fait une opération excellente.

Tous ces signes veulent-ils dire que l'Espagne jouit d'une prospérité réelle et durable P C'est une autre affaire. L'Espagne, à qui la guerre a apporté une richesse imprévue, souffre d'un malaise politique et social mal défini qui inspire des inquiétudes à tous les observateurs. Rien de net n'est encore sorti de ce malaise, mais c'est un état qui ne se prolongera peut-être pas éternellement. Au cas où une révolution surviendrait, le précédent lamentable de la République espagnole de 1878 n'est pas de nature à rassurer. Les personnes qui détiennent de la rente Extérieure en quantités modérées peuvent conserver leurs titres. C'est un élément de variété dans la composition d'un portefeuille. En acheter à l'heure actuelle (a3 p. 100 au-dessus du pair en août 1919) semble bien aléatoire, vu l'obscurité qui entoure l'avenir de la politique espagnole. Par contre, si l'horizon s'éclaircissaît, si l'ordre se stabilisait et si un personnel rajeuni venait administrer i'Espagnei ce pays, où il y a encore tant à faire, serait des plus intéressant.

La Suisse n'a pas profité de la guerre. Elle en a même souffert et elle y a beaucoup perdu. Elle a dû accroître sa Dette pour couvrir les dépenses que lui a causées une longue mobilisation, maintenue pendant toute la durée des hostilités. La Suisse n'en est pas moins, par rapport à tous ses voisins, dans une situation enviable, accusée par un change qui ne cesse de lui être favorable.

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Neutre au point de vue diplomatique et militaire, la Suisse qui, entourée de belligéranla, a pu échapper à la guerre, semble avoir fait aussi l'épreuve de sa résistance à la révolution. Les tentatives de boichevismè qui ont eu lieu à Zurich ont été réprimées et l'attitude de l'ensemble de la population, dont l'esprit est parfaitement sain, permet de penser que ces tentatives; ai elles se renouvelaient, seraient vouées au même échec.

Les rentes suisses 3 et 3 1/2 cotées à Paris, ainsi que les emprunts des principaux cantons, offrent de sérieuses garanties. Leur rendement est médiocre étant donné le loyer courant de l'argent. Elles promettent du moins de la sécurité quant au capital, surtout pour les séries les plus anciennes amorties par tirage régulier, comme les chemins de fer fédéraux 3 1/3 1899-1903.

La Hollande, elle aussi, a miraculeusement échappé à la guerre. Ce sage pays aurait une apparence bien trompeuse s'il devait connaître des bouleversements intérieurs. Ses rentes ont le défaut d'être rares et chères.

Nous arrivons, en remontant vers.le Nord, au groupe Scandinave. Avec ces trois royaumes s'achève Ja liste des Etats européens restés neutres. Tous trois jouissent d'un excellent crédit. Leur politique intérieure et extérieure est paisible. Le Danemark, dont la prudence à l'égard de l'Allemagne a été remarquable, recouvre le SIesvig et par là accroît ses ressources. La Norvège a souffert de la guerre- sous-marine. Mais sa Hotte mar-

lOl COUHBNT PLACER BA FORTUNE.

chande, quoique diminuée, lui a valu et lui vaudra encore de beaux bénéfices. Sa situation financière est bonne et l'épargne s'y développe d'une façon constante.

La statistique officielle des Caisses d'épargne de Norvège, pour l'année 1917 montre combien la prospérité nationale a augmenté pendant les années de guerre. L'ensemble des dépôts opérés dans les caisses d'épargne de 65 villes et de 476 communes de la campagne, a augmenté d'une manière inconnue jusqu'alors. Le capital déposé était en 1900 de 3oo millions, en 1910 de 5oo millions, en 1915 de plus de 730 millions, en 1916 il dépassait 960 millions, et en 1917 il atteignait presque i.aSo millions de courpnnes. Pendant 7 ans, de 1910 à 1917 les dépôts ont donc augmenté d'environ 760 millions. Pour avoir une idée tout à fait complète de cet accroissement de la prospérité norvégienne, il faudrait aussi connaître ïe montant des capitaux déposés dans les banques privées. H est probable, dans ces conditions, que les Norvégiens racbèteront et rapatrieront leurs emprunts nationaux qui sont ainsi assurés d'une certaine stabilité sur les marchés extérieurs.

Quant à la Suède, elle est, comme noua l'avons déjà dit, un des rares États du monde q«i V^^^^ dent un riche patrimoine productif, et aoj^ J'=''* (composé en particulier de célèbres mines de ter), balance presque son passif.

C'est peut-être la Suède pourtantdont l^P" "^e mtérieure laisserait leplus à désirer et sera»' «P°

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à des surprises et à des secousses , sa dynastie étant très discutée et combattue. Toutefois le faolchevisme a vainement essayé de s'introduire dans les pays Scandinaves. En sorte que les fonds danois, norvégiens et suédois, les deux premiers surtout, lorsqu'il est possible de s'en procurer (car il est devenu assez rare, depuis quelque temps, que les porteurs s'en dessaisissent) peuvent être acquis, eux aussi, pour leur sécurité plus que pour leur rendement.

Parmi les États de l'Amérique centrale et de l'Amérique méridionale, quelques-uns, suivant le conseil donné par le président Wilson, avaient rompu avec l'Allemagne. Même parmi ceux-là, aucun n'a réellement participé à la guerre. On peut donc les considérer tous également comme étant restés dans la neutralité. Mais à d'autres égards, et pour apprécier leur crédit respectif, de profondes différences s'imposent.

Les Républiques de l'Amérique du Sud ont souvent mal récompensé la confiance que l'Europe mettait en elles. Le défaut des pays neufs et Bans richesse acquise, c'est qu'ils sont voués pendant longtemps à l'instabilité économique, sujets à des crises. Ayant sans cesse besoin de capitaux étrangers pour mettre leurs ricbesses en valeurs ils sont exposés à la faillite dès que ces capitaux leur manquent. L'Europe ne devant plusêtred'ici plusieurs années en état de les alimenter, ces

loi COUHBNT PLA.QBR 8A. FORTUNK.

crises se reproduiront, à moins que leq ËtatB.-Unis ne jouent le rôle de banquier. Enfin, parmi les Républiques sud-américaines, plusieurs ne sont pas encore sorties de l'ère des agitations politiques et de l'administration défectueuse. C'est ce qui explique le long martyrologe des emprunts de ces pays, entre lesquels il importe de distinguer soigneusement.

Le Mexique e^t celui qui a valu à ses créanciers la déception la plus cruelle. Pendant la longue et bienfaisante dictature de Porfirio Dîaz, le Mexique s'était élevé à un degré de prospérité remarquable. n était entré dans la société des États les plus civilisés. Il a suffi de la chute du dictateur pour ruiner l'œuvre de Porfirio Diaz et, depuis, l'histoire du Mexique n'a plus été que celle d'un vaste brigandage. Aucun coupon n'a plus été payé :

c'est le pendant du bolchevisme russe, et la France a, là-bas, trois milliards en souffrance.

Après avoir laissé l'anarchie mexicaine se développer, si même ils ne l'ont pas vue d'un œil favorable, les Etats-Unis semblent changer d'attitude. Sous leur influence , l'ordre pourra se rétablir au Mexique. Il pourrait devenir intéressant, dans cette attente, d'acquérir quelques valeurs mexicaines (rentes à o/o, obligations des chemins de fer fédéraux.) Toutefois il conviendrait de n'en acquérir qu'avec modération. Le Mexique ne retrouvera pas du jour au lendemain son équilibre. Et si les Etats-Unis y rétablissent l'ordre, il n'est pas certain que ce soit pour payer

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tout do suite et intégralement l'arriéré dû aux porteurs européens.

Mêmes observations en ce qui concerne Haïti.

La mainmise américaine sur ce pays, qui a suspendu ses paiements en igiS, ne paraît qu'une affaire de temps. Toutefois l'achat des trois séries de rentes haïtiennes cotées à la Bourse de Paris et qui ont atteint en 1919 des cours élevés reste dans une large, mesure une opération spéculative car le service de la dette est toujours en soufTrance.

Nous passons sur les petits Etats de l'Amérique centrale qui, presque tous, n'ont apporté que des déboires à leurs créanciers, pour en venir tout de suite à l'Amérique du Sud. .

Le Brésil, avec ses immenses ressources et un gouvernement remarquablement abondant en hommes distingués, n'en est pas moins le type du pays sud-américain voué aux crises économiques parce qu'il dépend de ses récoltes. Le café, qui constitue sa principale exportation, est soumis à des variations brusques et considérables. D'où rinstabilité des budgets brésiliens. Ce n'est pas sans raison que ses créanciers avaient stipulé autrefois la création d'un emprunt privilégié, dit Fanding, dont l'intérêt est servi avant celui de toutes les autres séries. Cette garantie se traduit par les cours toujours supérieurs du Fanding ancien (il en a été émis un nouveau par la suite, ce qui constitue une sorte de supercherie à laquelle il importe de ne pas se laisser prendre). Pour tant faire que d'acheter du brésilien, il est

préférable de se porter sur le Funding authentique Le Brésil est un Etat .fédéral dont les États particuliers , jouissant d'une large autonomie, sont loin d'avoir tous des finances excellentes, lissent aussi responsables de leurs propres dettes. L'expérience a prouvé que leurs emprunts étaient peu sûrs et il convient de s'en écarter.

h'Urugaay, qui s'adonne à l'élevage, a depuis un certain nombre d'années une existence calme et prospère. Après avoir fait banqueroute autrefois, il procure des satisfactions à ses bailleurs de fonds par un service ponctuel de sa dette, d'ailleurs proportionnée à sa population restreinte, bien que, pendant la guerre, il ait suspendu les amortissements promis à ses créanciers. Toutefois, sauf accident imprévu, son 3 1/2 et ses 5 p. 100 paraissent, à faible dose.recommandables pour un portefeuille abondant.

C'est principalement au blé que la Répuhlique argentine doit sa richesse. Son budget dépend donc aussi de ses récoltes. Son passé financier n'est pas encourageant, car elle a fait une faillite en tSgi et une autre, partielle, en 1900. Mais, depuis, son crédit s'est relevé. Pour le moment, la somme de ses emprunts ne parait pas excéder ses ressources normales '. On peut craindre seulement pour l'Argentine quelques troubles sociaux dont Buenos-Aires a déjà présenté les symptômes.

I. Mâipe réserve que pour le Brésil en ce prunU des Ëtals particuliers.

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Il serait faux, en effet, de s'Imaginer que le continent aud-américain fût à l'abri des bouleversements que connaît l'Europe, et même à l'abri de la guerre. Il n'y a pas encore si longtemps que le Chili, le Pérou et la Bolivie ont soutenu entre eux de longues luttes dont le souvenir n'est pas éteint et qui ont menacé récemment de se rallumer. Il est prudent de ne pas entrer dans les fonds de ces Etats, quoique l'ouverture du canal de Panama leur apporte beaucoup de promesses. D'ailleurs si UQ emprunt bolivien est coté à Paris (ne pas oublier que la Bolivie, semblable à son voisin le Paraguay, n'a pas accès à la mer) les valeurs péruviennes et chiliennes ne sont cotées qu'à Londres. Mieux vaut les y laisser.

Il en est de même pour Y Equateur, la Colombie et le Venezuela, qu'il s'agisse des empmnts existants ou futurs de ces pays agités et dont les finances sont informes ou précaires.

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