‹ Après la guerre; comment placer sa fortuneChapitre 5 sur 29 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LE PRIHCIPE DE lA DIVISIOB GÉOGRAPHIQUE DES PLACEMENTS, QCI s'eST MONTRÉ, INSUFFISANT, DOIT ÊTRE COMPLÉTÉ PAR VU AUTRE I

La diviiioD dei risques esl une précïution élémentaire. — L'écueil c'est qu'elle tourne parfois i t« multiplicttioo des risques, — Eïemples mîlheurem de diasémioationdes capiUui. — Nécessité de précautions supplémentairCB, — Voleurs solides et réelles sur lesquelles doit reposer une fortune, ^ Les biens-fonds réhabilités. — Gages il exiger des valeurs mobilières. — Le remboursement prochain du capital est Is clause essentielle de tout prêt d'argent. — Application de ce principe aux placements mobiliers et avantages qu'il comporte. — Règles pratiques k en tirer.

On a toujours su qu'il n'était pas bon de mettre tous ses œufs dans le même panier. Mais le principe de la division des risques a pu être appliqué avec une facilité inconnue au temps jadis dès que la diffusion des valeurs mobilières eut permis de placer de l'argent dans les quatre parties du monde, par i\n simple ordre d'achat donné à la Bourse. Diversifiez, internationalisez vos placements : tel est le conseil qui a été prodigué avant la guerre, et, en lui-même, il était bon.

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Seulement, il ne fallait pas courir au-devant des risques sous prétexte de les diviser. Un rentier qui aurait eu en portefeuille, il jr a une douzaine d'années, des valeurs russes, austro-hongroises et mexicaines, se serait cru garanti par cette variété contre les accidents qui pouvaient l'atteindre d'autre part. En réalité, U fût allé lui-même chercher sa perte. Au temps où le Mexique était bien gouverné, où les Empires de Russie et d'Autriche se présentaient comme des édifices solides, des économistes expérimentés n'hésitaient pas à recommander comme sûres et avantageuses les valeurs de ces pays. On voit pourtant ce qu'il en est advenu.

Avant la guerre, un autre attrait de la diversité des placements, aux yeux des rentiers, c'était aussi, et peut-être surtout qu'on y voyait un moyen de relever le rendement d'un portefeuille, l'intérêt de l'argent étant, d'une façon courante, moins élevé en France que dans beaucoup de pays étrangers. Cette considération aperdu aujourd'hui sa raison .d'être.

En outre, on s'imaginait volontiers que l'expatriation des capitaux était une garantie contre les mesures fiscales de caractère sociaUste, et notamment contre l'impôt sur le revenu, qui était, à ce moment-là, un grand épouvantail et dont le mécanisme était d'ailleurs mal compris. On ne se représentait pas qu'on s'exposât tout simplement, dans la plupart des cas, à subir les impôts du pays de refuge, plus les impôts français. Car les

lements et les administrations de tous les t tendance à se copier, et cette tendance >re plus forte quand les besoins sont à peu îs mêmes partout. Si le fisc a la main en France, il n'est pas plus indulgent en autres endroits. Et le socialisme d'Etat, ivoir semé ta terreur lorsqu'il est apparu IU9, semble modéré et conservateur quand ipare ses mesures fiscales à celles des noulépubUques socialistes qui sont nées de la des Empires centraux, sans parler des Répu- . de Soviets et de la dictature du prolétariat. ; le socialisme, le nationalisme est l'autre ce des Etats modernes. Ces deux tendances uguent souvent. Pas plus que les individus, iples n'aiment leurs créanciers. Les pays , une grosse dette extérieure, qui sont les Lrs de l'étranger, sont très portés à renier engagements. Ce sentiment xénophobe te pour une bonne part ce qui s'est passé îsie depuis la révolution. D'autres pays, t été heureux de trouver des capitaux étranour les mettre en valeur, ne songent plus :proprier les sociétés concessionnaires une le les entreprises sont entrées dans la pé~ des bénéfices. Dans l'ère de nationalisme I où le monde est entré, les peuples les rimitifs ou, comme le peuple chinois, les [dormis, prennent conscience d'eux-mêmes, l'expression consacrée, et le font souvent à leurs bailleurs de fonds.

pRiNOiPie DC TOUT PBèr c'abobnt. ah

Il ne sulHeait pas naguère, il ne suflîra pas encore demain d'envoyer sa fortune au delà de la frontière pour la mettre en sûreté. 11 faut encore connaître le fort et le faible des nations auxquelles on la confie. Il faut être renseigné sur leur' situation politique, leur» finances, leur législation. Et puis, s'il est difficile, quand il s'agit d'autre chose que de fonds d'Etat, de distinguer les bonnes valeurs des mauvaises dans son propre paye, la difficulté est encore plus grande quand il s'agit d'entreprises situées dans des pays avec lesquels on n'est pas familier et qu'on ne connaît que par ouï-dire.

A l'épreuve de la guerre et des bouleversements qu'elle a produits, il est apparu que la division des placements et leur distribution géographique ne rendaient pas tous les services qui en étaient attendus. Les personnes qui, par ce procédé, ont réussi h sortir de la crise avec leur fortune intacte doivent reconnaître qu'il y a dans leur cas plus de chance que de science. Au fond, un homme d'af&ires vraiment génial, qui eût compris dès 191 1, au moment du coup d'Agadir, ou dès 1913 et igiB, à la lumière des conflits balkaniques, que l'Europe allait enfin à la guerre générale si souvent annoncée, eût tout simplement réalisé son portefeuille. Alors, se trouvant à la tête d'un capital liquide, au moment où les valeurs du monde enUer s'effondraient, cet homme audacieux et' pénétrant eût réalisé des bénéfices considérables. .

a6 GOUMENT PLACER SA FORTUNK.

Ed effet, sauf un très petit Dombre de pays neutres qui ont été favorisés par les événements, sauf quelques valeurs dites « de guerre » qui, grâce à la longue durée des hostilités, ont travaillé pour l'armement avec de très gros profits, on a vu la généralité des meilleures valeurs descendre à des cours inconnus. Tel a été le cas, notamment, des valeurs h. revenu fixe comme les obligations des chemins de fer américains de premier ordre, qui ont automatiquement baissé jusqu'à ce qu'elles fussent arrivées à se mettre au niveau demandé par le relèvement général du loyer de l'argent. Des titres rapportant 3 1/2 ou h p. 100, se tenaient au pair, lorsque l'intérôt courant était à ce taux. Us sont tombés à 70, lorsque les emprunts à 5 et 5 1/3 p. 100 et mSme davantage se sont multipliés.

Puisqu'il est extrêmement probable que nous ne sommes pas au bout de la série des grandes crises financières, la préoccupation essentielle doit donc encore maintenant s'adresser aa capital plus qu'au revenu. Le revenu se trouvera toujours. Sauvegarder d'abord le capital, c'est la t&che première et la plus dilBcile.

La division géographique des placements peut y aider, mais elle ne suffit pas. Des temps sont venus où l'édifice du crédites! fragile. Les garanties d'une créance doivent être examinées avec plus de soin qu'au moment où la solvabilité générale créait un étal d'équilibre et de confiance. Les valeurs niobilières. ressemblent étroitement, à cet

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égard, aux billets de banque. En période de prospérité, personne ne regarde de très près à leurs garanties réelles parce que l'on sait que le papier trouve à s'échanger sans peine. Les cours de Bourse ont beau n'être qu'une estimation, ils ofirent des promesses de stabilité et même de plus-value. La force de l'ensemble maintient les parties en équilibre. Mais, en temps de crise, et quand le crédit est ébranlé, la rcalitc reprend ses droits. Toutes les valeurs fictives se déprécient. Celles qui ne reposent pas sur quelque chose de solide tombent à zéro. C'est cette solidité qui doit être requise et recherchée avant tout.

11 résulte de là que l'assurance contre les risques ne doit plus seulement consister à disséminer une fortune sur les divers points du globe, mais surtout à en éliminer autant que possible tes éléments fictifs. A cet efiet, il importe de modifier les méthodes de placement daguère en honneur et de revenir aux principes de méfiance et de sécurité qui dirigeaient les capitalistes d'autrefois.

La terre, les maisons, les prêts couverts par une hypothèque large et précise : voilà les premières valeurs réelles sans lesquelles une fortune est construite sur des sables mouvants. Aujourd'hui le porteur de maintes valeurs mobilières peut regarder avec envie le propriétaire d'immeubles, qui a, sans doute, ses tracas, mais qui peut voir et toucher son bien, alors que, d'un jour à l'autre, rentes d'Etat, actions, obligations sont

iS COHHBKT PLACER HA FORTUNE.

exposées à deveuir une insaisissable fumée. Pendant la Révolution, les possesseurs d'assigoats ont été ruinés. I^ee acheteurs de biens nationaux se sont enrichis. Les andens propriétaires maintenus en possession n'ont rien perdu. Il y a là une leçon.

La guerre a réhabilité les immeubles comme elle a réhabilité l'agriculture, mère de toute richesse. On a acheté à de hauts prix les terres et les maisons. Pour les valeurs mobilières ellesmêmes, les bailleurs de fonds se sont montrés plus exigeants quant aux gages. Cela est si vrai ' que les sociétés qui s'adressent au crédit public offrent de plus en plus aux obligataires des garanties hypothécaires sur leurs constructions et leurs installations industrielles.

Sans doute, des placements en bonnes valeurs françaises ou étrangères se recommandent aux propriétaires fonorers, même dans un pays où la propriété semble aussi bien garantie par l'état social qu'elle l'est en France. Il est utile et même indispensable, pour le propriétaire d'immeubles, de posséder un capital liquide ou d'une réalisation facile, pour les raisons que nous exposons au chapitre suivant. Mais c'est à la condition que les valeurs choisies soient elles-mêmes sérieusement gagées. Et l'examen de ces gages, surtout quand il s'agît de valeurs étrangères, ne se fait pas toujours aisément à distance et dans des pays dont l'organisation financière et les lois sont souvent très diËTérentes des nôtres.

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L'insécurité universelle demande eneore uno autre précaution : c'est que les capitaux, autant que possible, ne soient prêtés qu'à la condition d'être rendus daiis un délai suffisamment rapproché. Prenons le prêt d'argent type qui est le prêt hypothécaire. Non seulement un gage immobilier lui est affecté, mais encore le débiteur s'oblige à rembourser le capital à date fixe. La simple créance chirograpbaïre, autrement dit le a billet», ne jouit pas de gages particuliers, mais sa clause principale, c'est celle qui fixe l'échéance du remboursement. Une reconnaissance de dette souscrite par un particulier constitue déjà un titre bien fragile. Si le « billet » ne stipule pas un remboursement rapide, c'est un titre encore plus incertain. Un emprunt à long terme, et à plus forte raison un emprunt perpétuel, quelle que soit la qualité du débiteur, Etat ou société industrielle, ne vaut pas mieux.

Qu'avons-nous vu pendant la guerre et depuis î* C'est que, à valeur égale, à rendement égal, les titres & remboursement éloigné tombaient, tandis que les titres à remboursement prochain se maintenaient au pair ou aux environs du pair. Prenons un exemple. On négociait à la Bourse de New- York, il y a quelques années, deux obligations de ohemins de fer du même type, de la même valeur nominale, pareillement recommandables et d'un revenu identique, la Pennsylvania 3 i/2 et la New York Central 3 i/2. En 1906 ces deux titres se tenaient au pair, à quelques points près'

3o . COMMENT PLACER SA FORTUnB.

Mais le premier était remboursable en igiS et le second en 1997 seulement. Peu à peu, les circonstances générales devenant moins favorables, des crises s'étant produites aux Etats-Unis, la New York Central baissa, tandis que la Pennsylvania, soutenue par la proximité du remboursement, bougeait à peine. En igiS, alors que. cette obligation était remboursée intégralement h.

I 000 dollars, l'autre n'en valait plus que 800, à la Bourse do New-York. Elle n'en valait plus que 700 en 1919- Cet exemple est remarquablement instructif. On pourrait j ajouter que la même Compagnie Pennsjlvania avait introduit à la Bourse de Paris des obligations 3 3/4 p. 100 remboursables en 1931. Dès l'année 1919, ces obligations sont au pair de 5oo francs.

De même il est de notoriété publique que le cours des obligations des chemins de fer français est soutenu par l'amortissement régulier de ses titres, qui se fait par voie de tirage au sort annuel.. C'est ce qui explique que ces obligations se capitalisent plus haut même que les rentes sur l'Etat. Si quelque circonstance voulait que l'amortissement, jusqu'ici régulier, fût suspendu, différé ou seulement ralenti, il est certain que ces titres baisseraient aussitôt dans des proportions considérables. ■ Il est également facile de remarquer que le 3 p. lofl amortissable et remboursable selon les mêmes règles que les obligations de chemins de fer se tient aujourd'hui à dix ou onze points au-dessus du 3 p. 100 perpétueli toujours pour la même rai-

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son qui est la perspective de récupérer en espèces le capital prêté.

Ainsi, pour protéger ses capltai^x, il ne safjlt pas de les distribuer géographiqaement dans l'espace, il faut encore les distribuer dans le temps. Une fortune dans laquelle entrent des sommes remboursables à des dates diverses et successives échappe ainsi pour une partie importante aux fluctuations de la Bourse. En outre, elle se rafraîchit et se rajeunit incessamment. Enfin, des remboursements survenant à l'heure d'une dépression et d'une crise sont une aubaine qu'un homme avisé met à profit pour des placements fructueux.

A plus forte raison, le commerçant et l'industriel qui ne veulent pas laisser leur argent improductif mais qui pourront en avoir besoin un jour pour agrandir leurs affaires, ont intérêt, de même que le père de famille qui prévoit l'époque où il devra doter sa fille, à stabiliser de cette manière une notable partie de leurs capitaux. C'est le meilleur moyen de s'assurer contre les risques de la Bourse. ' Sans doute, il n'est pas interdit d'attendre un accroissement de son capital par un placement à long terme. Si tout se passe normalement et' heureusement, comme on peut l'espérer, les cours des valeurs s'élèveront à mesure que la guerre s'éloignera. En particulier, les souscripteurs et les acheteurs des nouvelles rentes françaises seront récompenses d'avoir eu confiance dans leur pays. Il n'en est pas moins sage, nécessaire et d'une bonne administration de se garantir- contre la

3% COHHKNT PLACES 8A FORTUNE.

risqud dea bourrasques financières et contre les destructions inévitables que le temps entraîne avec lui.

Pour conclure, il est salutaire de ne pas perdre de vue cea trois principes : l'queles immeubles sont l'élément permanent de la richesse; 2° que des garanties réelles doivent être attachées dans la plupart des cas aux valeurs mobilières pour que celles-ci soient autre chose que des a billets ft ou de» papiers d'une valeur variable et contestable ; 3° que le capitaliste ne doit prêter au moins une partie de ses capitaux, que pour un temps limité, avec des dates de remboursement échelonnées, de façon à s'assurer des rentrées d'argent périodiques et à ne jamais être pria de court par les événements.

Ces principes de légitime défense et de prudence réfléchie auraient rendu de grands services aux capitalistes q^i s'en seraient inspirés avant la guerre. Ils seront encore bienfaisants au cours des années à venir. ?(ous allons en suivre l'application dans l'examen des divers éléments qui constituent la généralité des fortunes en France ou qu'il peut être utile d'y faire entrer.

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