XXX. — La dernière heure
Que se passe-t-il à la mort et comment l'Esprit se dégage-t-il de sa prison de chair ? Quelles impressions, quelles sensations l'attendent à cet instant redouté ? C'est là ce que nous avons tous intérêt à connaître, car tous nous ferons ce voyage. La vie peut nous échapper dès demain ; nul de nous n'échappera à la mort.
Or, ce que les religions et les philosophies nous avaient toutes laissé ignorer, les Esprits viennent, en foule, nous l'apprendre. Ils nous disent que les sensations qui précèdent et suivent la mort sont infiniment variées et dépendent surtout du caractère, des mérites, de Télévation morale de l'Esprit qui quitte la terre. La séparation est presque toujours lente et le dég-agement de l'âme s'opère graduellement. Il commence parfois longtemps avant la mort et n'est complet que lorsque les derniers liens fluidiques qui unissent le corps au périsprit sont rompus. L'impression ressentie par l'âme est d'autant plus pénible et prolongée que ces liens sont plus puissants et plus nombreux. Cause permanente de la sensation et de la vie, l'âme éprouve toutes les commotions, tous les déchirements du corps matériel.
Douloureuse, pleine d'angoisses pour les uns, la mort n'est pour les autres qu'un doux sommeil suivi d'un réveil délicieux. Le dégagement est prompt, le passage facile, à celui qui s'est dé-
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taché par avance des choses de ce monde, qui aspire aux biens spirituels et a rempli ses devoirs. Il y a, au contraire, lutte, ag^onie prolong'ée, chez TEsprit attaché à la terre, qui n'a connu que les jouissances matérielles et a négligé de se préparer au départ.
Cependant, dans tous les cas la séparation de rame et du corps est toujours suivie d'un temps de trouble, fugitif pour l'Esprit juste et bon, qui s'éveille bientôt à tcrutes les splendeurs de la vie céleste ; très long, au point d'embrasser des années entières, pour les âmes coupables, imprégnées de fluides grossiers. Parmi celles-ci, beaucoup croient vivre de la vie corporelle longtemps même après la mort. Le périsprit n'est à leurs yeux qu'un second corps charnel, soumis aux mêmes habitudes, parfois aux mêmes sensations physiques que durant la vie.
D'autres Esprits, d'ordre inférieur, se trouvent plongés dans une nuit noire, dans un complet isolement au sein de ténèbres profondes. L'incertitude, la terreur pèsent sur eux. Les criminels sont tourmentés par la vision affreuse et incessante de leurs victimes
L'heure de la séparation est cruelle pour l'Esprit qui ne croit qu'au néant. Il se cramponne en désespéré à cette vie qui s'enfuit ; le doute se glisse en lui à ce moment suprême ; il voit un monde redoutable s'ouvrir, comme un abîme et
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voudrait retarder l'instant de sa chute. De lÉ une lotte terrible entre la matière qni se dérob et l'âme qui s'acharne à retenir ce corps mis* rable. Parfois elle y reste comme rivée jasqu' la décomposition complète et sent même , selo l'expression d'un Esprit, a les vers ronger s cbair. *
Paisible, résignée, joyeuse même, est la moi du juste, le départ de l'àme qui, ayant beaucou lutté et souffert ici-bas, quitte la terre, confiant en l'avenir. Pour elle la mort n'est que la déli vrance, la fin des épreuves. Les liens affaibli qui l'unissent à la matière se détachent douce ment; son trouble n'est qu'un léger engourdie sèment semblable au sommeil.
£n quittant sa demeure corporelle, l'Esprit qu la douleufet le sacrifice ont purifié voit son exif tence passée reculer, s'éloigner peu à peu ave ses amertumes et ses illusions, puis se dissipe comme lesbrumes qui rampent sur le sol à l'aub et s'évanouissent devant l'éclat du jour. L'Espr se trouve alors en suspens entre deux sensations celle des choses matérielles qui s'effacent et cell de la vie nouvelle qui se dessine devant lu Cette vie, il l'entrevoit déjà, comme à travers u voile, pleine d'un charme mystérieux, redouté et désirée à la fois. Bientôt la lumière grandit non plus cette lumière astrale qui nous est con nae, mais une lumière spirituelle, radiante, par
tout répandue. Progressivement elle l'inonde, le pénètre et, avec elle, un sentiment de félicité, un mélange de force, de jeunesse, de sérénité. L'Esprit se plonge dans ce flot réparateur. Il s'y dépouille de ses incertitudes et de ses craintes. Puis son regard se détache de la terre, des êtres en pleurs qui entourent sa couche mortuaire, et se tourne vers les hauteurs. Il entrevoit les cieux immenses et d'autres êtres aimés, des amis d'autrefois, plus jeunes, plus vivants, plus beaux, qui viennent le recevoir, le guider au sein des espaces. Avec eux il s'élance et monte jusqu'aux régions éthérées que son degré d'épuration lui permet d'atteindre. Là, son trouble cesse, des facultés nouvelles s'éveillent en lui, sa destinée heureuse commence.
L'entrée dans une vie nouvelle amène des impressions aussi variées que la situation morale des Esprits. Ceux — et le nombre en est grand — dont l'existence s'est déroulée indécise, sans fautes graves ni mérites signalés, se trouvent plongés d'abord dans un état de torpeur, dans un accablement profond ; puis un choc vient secouer leur être. L'Esprit sort lentement de son enveloppe comme un glaive du fourreau. Il recouvre sa liberté, mais, hésitant, timide, il n'ose en user encore et reste attaché par la crainte et l'habitude aux lieux où il a vécu. Il continue de souffrir et de pleurer avec ceux qui ont partagé