LE JUGEMENT
chair est l'épaisse couverture qui nous en dérobe le contenu. Mais il sWvre soudain à la mort et ses pages s'étalent sous nos yeux.
L'Esprit désincarné porte donc en lui, visible pour tous, son ciel ou son enfer. La preuve irrécusable de son élévation ou de son abaissement est écrite sur son corps fiuidique. Témoins bienveillants ou terribles, nos œuvres, nos desseins nous justifient ou nous accusent, sans que rien puisse faire taire leurs voix. De là, le supplice du méchant, qui croyait ses mauvais désirs, ses actes coupables profondément cachés et qui les voit paraître aux yeux de tous ; de là, ses remords quand repassent sans cesse devant lui les années oisives et stériles, les heures données à la débauche ou au crime, ainsi que les victimes en pleurs, sacrifiées à ses instincts brutaux. De là encore, le bonheur de l'Esprit élevé qui a su vaincre ses passions, qui a consacré sa vie à aider et consoler ses frères.
Pour se distraire de ses soucis, de ses préoccupations morales, Phomme a le travail, l'étude, le sommeil. L'Esprit n'a plus ces ressources. Dégagé des liens corporels, il se trouve sans cesse en face du tableau fidèle et vivant de son passé. Aussilesamers et continuels regrets qui en découlent, dans laplupart des cas, éveillent bientôt en lui le désir de reprendre un corps charnel pour combattre, souffrir et racheter ce passé accusateur.