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Après la pendaison de Riel [microforme]

LUSIEUS amis, plus amis peut - être de l’homme que de l'écrivain, dont le mérite peut être contesté, m'ont abordé depuis huit jours en me disant :

—Bravo! votre Æntre-Nous sur Riel est vrai et bon.

Comme la neige des ans commence à tomber sur ma tête, je reste assez froid quand on me dit ces choses, mais j'ai accepté cet éloge parce que je crois qu'il a été l'expression d'une idée bonne et juste.

Riel venait d’être pendu, j'avais la dépêche sous les yeux, et tout le sang que j'ai dans les veines m'a reflué au cœur, et cette pléthore momentanée est remontée au cerveau.

Que voulez-vous, mes amis, j'aime tant ma France, ma noble France, qu’en venant faire souche au Canada, me retrouvant «/ez nous, je vous ai aimée de toute l’ardeur de. mon âme, de tout ce qu'un cœur français peut ressentir et que j'ai dit : “ Je suis vôtre, vous êtes miens.”

J'ai écrit un article en deux heures et je l’ai déchiré ; il était long, trop long et trop violent. Je l’aidéchiré, savez-vous pourquoi ? Parce que j'ai vu la tête blonde de mon petit Pierre et que j'ai embrassé les cheveux noirs de ma charmante Laurence.

La tête brune de ma Laurence et les cheveux blonds de mon Pierre, nront rendu meilleur, car j'étais haineux, haineux comme le Juif-Errant.

J'ai tout déchiré et j'ai écrit l’autre Ænfre-Nous, celui que vous avez lu... J'ai pensé à la Patrie !

Les enfants rendent bons, et c'est grâce aux

miens si je n'ai pas été mauvais.

Et pourtant : quand le spectre de Riel vient à

mes yeux, je vois rouge, je voudrais du sang.

Les lâches !.........

Et moi qui étais venu dans la Nouvelle-France pour y Vivre «ui paia, me disant que jamais commotion politique, ou autre, ne pourrait amener le moindre nuage dans la nouvelle patrie que j'adoptais !

L'homme propose et Dieu dispose.

Dieu réservait des jours sombres à ma nouvelle

patrie !

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