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Donc, en vous parlant la semaine dernière, j'ai écrit plus avec le cœur qu'avec ma plume, et vous avez dit que cela était juste.
Cela ne m'étonne pas, les idées justes vont toujours droit au cœur, et vous en avez.
C'est par conséquent là le résultat d’une chose vraie.
Quand j'écrivais cette causerie, un de mes amis vint me voir et, me trouvant l'œil baigné de larmes, | (j'ai l'œil assez dur, dit-on,) me dit : |
—Mais, parbleu, vous pleurez, j2 crois ? ”
—Oui, lui répondis-je, et ma situation est à peu près celle de Diderot, qu'un de ses compagnons, trouva, un jour chez lui, pleurant à chaudes larmes. |
—Qu'avez-vous donc ? lui demanda le visiteur.
—Ah ! mon cher, je pleure d’un conte que je me fais à moi-même.
Moi, je ne me faisais pas un conte. Je relisais le. télégramme maudit :
CREER CPE AREE 7 à A EME
7“ Ils l’ont pendu ! ”
Mon petit Pierre, qui n'a pas six ans, m'entendant répéter toujours ces mots, me disait :
—Est-ce bien vrai, papa, qu’ils ont pendu Riel !
—Oui, Pierre, c’est vrai.
—Les Anglais, hein, papa ? |
—Les Orangistes.……. Souviens-toi, petit Pierre !
Et dans les yeux si doux de mon enfant, j'ai vu passer un éclair de haine,
Il est bien jeune, c’est vrai! mais c’est la vengeance qui pousse — roseau aujourd’hui, il sera chêne un jour.
Il aimera sa Patrie !
C'est avec ces souvenirs qu’on fait des hommes, c’est ainsi qu'on lègue un héritage à la génération qui succède à la nôtre.
Souvenez-vous, amis, il s’agit de la Patrie.
Or, il s’agit de la sauver, cette Patrie, que vous avez gardée avec tant d'honneur et de gloire depuis cent vingt-deux ans.
C’est sans doute l’année terrible qui commence, c'est peut-être aussi l’apothéose de notre race.
Pour garder intact l'héritage de nos aïeux, il faut nous grouper, il faut nous unir, il faut ne former qu'un seul faisceau, il faut être forts.
Les grands orateurs ont fini leur rôle, c'est aux hommes d’action qu’appartient le présent. Grand diseur, petit faiseur, dit le proverbe, et vous en avez eu la preuve dans la conduite d’un homme, idole du peuple autrefois, aujourd'hui jetté aux gémonies.
“Pour être fort, il faut s’unir, et pour s’unir il faut | faire des sacrifices d'amour-propre, de passé poli- | tique, de relations, d'amitié même,
Il s’agit de la Patrie.
Tenez, un exemple de ce que peut faire l'amour de la Patrie :
C'est de l'histoire, ceci, de l'histoire vraie, de l’histoire contemporaine.
En 1870, Gambetta était à Tours ; dictateur, posseseur du pouvoir qu'aucune main ne se trouvait assez forte pour lui disputer.
Un matin, un homme, aux traits mâles et énergiques, à la tête fière, demande à parler à celui qui alors était la tête et le cœur de la France. |
On l'introduit. |
—Que voulez-vous ? demande le grand tribun.
—Sauver la France. J'ai été soldat en Italie, j'ai servi le Pape, j'ai été lieutenant-colonel des zouaves pontificaux, j'ai tenu une épée, mais je
| prendrai au besoin un fusil.
—Gardez votre épée, général, et servez la France
aussi vaillamment que vous avez servi le Pape. Cet homme, ce soldat, c'était Charrette !
| Charrette, qui n’était pas même simple soldat en
| France, était nommé général d’un seul mot.
Il etait royaliste et catholique !
Gambatta était républicain et libre-penseur.
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Et ces deux hommes se serrèrent la main.
Saluez tous ! c'était pour la Patrie ! !!
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Eh bien ! cette page d'histoire de la grande France a sa parallèle dans l’histoire de la Nouvelle- France,
Le 22 novembre 1885 sera, je l'espère, une date bénie dans le livre d’or de la nation canadienne.
Quelques rares refractaires ne suivent pas le mouvement d'union, ce sont ceux qui vivent de nos luttes intestines. Ils seront balayés et on n’y pensera plus.
Je crois faire plaisir à mes lecteurs en leur donnant quelques pensées exprimées par les orateurs de la grande assemblée du Champ-de-Mars, où trente mille personnes, au moins, ont fait le ser-
ment tacite d'oublier les partis.
L'hon. M. Coursol :
Quand Danton, sur l’échafaud, fut sur le point de donner sa tête au bourreau, il lança ce cri terrible: ‘‘ J’entraîne Robespierre !”’ et Robespierre en effet expia ses crimes quelques jours après.
Riel pouvait dire aussi en se livrant au shérif de Régina. ‘ J'entraine le ministère.”
Car la grande voix du peuple va exécuter ceux qui ont conduit à la potence le brave chef des Métis.
Le Dr Marcil :
Sir John, que le spectre de Riel vous suive jusqu’a votre dernier jour ; que la voix du malheureux martyr parte de la tombe et vous demande sans cesse raison de l’avoir injustement arraché à l’affection de sa famille pour lui donner la mort !
L'hon. Wilfrid Laurier :
Le maréchal Ney a vu son sort décidé d’après les formalités légales, mais le gouvernement de la restauration, n’en est pas moins dénoncé par les amis de la justice, de l’équité et de l’humanité comme coupable d’un meurtre judiciaire, On a également tué Riel en observant les formalités légales,
ïais je ne sache pas qu'aucun gouvernement, sinon le gouvernement du Vieux Brulot, ait été plus lâche que le gouvernement de Sir John A. Macdonald,
L'hon. F.-X.-A. Trudel :
Messieurs, il y à 1800 ans que le gibet ne signifie plus le déshonneur.
® Sans aller si loin, rappellez-vous, messieurs, qu’il y a 450 ans, on conduisait au bûcher une jeune fille, dont le seul tort fut de combattre pour son pays, Ceux qui conduisaient Jeanne d’Arc à l’échafaud étaient des anglais comme ceux qni ont pendu Riel.
M. Israël Tarte :
J'ai entendu des hommes publics dirent que Nana-Saïb n'avait pas été amnistié, et comparer la position de Riel à la sienne, Je proteste contre cet étrange rapprochement.
Nana-Saïb, le chef principal des Hindous, s'était rendu coupahle d’effroyables atrocités, Le 24 juin 1857, par exemple, il entoure le poste de Cawnpore Après une tentative de résistance, Sir Hugh Wheeler, qui y commandait reçut un émissaire de Nana-Saïb qui l’engageait à se rendre, Des conditions furent faites : Ja garnison, les européens, devaient être conduits, par les soins de Nana, à Allahabad, en bateaux, sur le Gange. Quand les prisonniers y furent embarqués, les bateaux furent poussés au large, jetés à la dérive et par ordre de Nana, des rives du fleuve l'artillerie les foudroya.
L’honneur Britannique exigeait que cet outrage fut vengé | et le 16 juillet Cawnpore était assiégé par des forces devant | lesquelles les Indous se retirèrent, Les Anglais savaient
que le poste renfermait encore quelques centaiues d’Européens, et leur premier soin fut de voir quel avait été leur sort. En entrant dans une vaste cour, ils la trouvèrent couverte d’une couche de sang de deux pouces d'épaisseur. Des lambeaux de chair y flottaient par ci par là, et à quelque distance on aperçut une immense citerne dans laquelle avaient été jetés, pêle-mêle, des femmes et des enfants, des vieillards, enfin tous les chrétiens,
Nana-Saïb avait fait cette Hécatombe au fanatisme dont il était l'un des apôtres.
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| M. Georges Duhamel :
Ah ! messieurs, je plains moins Riel que nous, car sa | mort nous expose au mépris du monde entier, quant, au | contraire, elle l’a fait entrer de plein pied dans l’immorta- ! lité !
L'hon. Arthur Turcotte :
Il y en a, dit-il, qui veulent des explications des ministres, Comment ! des explications ! Est-ce que ces explications vont ressusciter Riel ? Ah! si nous avions eu là sir George Etienne Cartier, lui aurait renversé l’'échafaud de Riel, et le chef des Métis vivrait encore.
M. A. Desjardins :
Que la carrière de sir John A. Macdonald, qui a commencé aux reflets de l’incendie du Parlement, à Montréal, aille se terminer derrière l’échafaud de Régina.
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