SCÈNE V
HENRIETTE, troublée.
Où va-t-il donc?... Décidément, il y a dans tout ceci quelque chose d’extraordinaire... Ce monsieur qui feignait tout à l’heure un sommeil profond, qui insistait pour me renvoyer dans ma chambre... et qui, maintenant, se promène dans mon appartement... cette indifférence qu’il affectait en ôtant ma couronne, en me proposant de désagrafer ma robe, en parlant de ses cinquante-trois ans... tout cela n’est pas naturel... Serais-je tombée dans un piège? Ce M. de Mérinvillfe... si c’était luit Je ne le connais pas... je i’ai à peine aperçu une fois à sa fenêtre... 11 m’a paru plus jeune... mais qui me dit qu’il ne s’est pas déguisé pour se faire présenter chez moi?... On ne s’endort pas dans un boudoir une nuit de bal.-. - - —
Air de la Haine d'une femme.
Quoi ! cet homme que je déteste.
Il est là !... Je me sens trembler!
Faut-il fuir?... faut-il que je reste?
Non, je ne veux pas reculer.
Dans ce danger où je m’engage.
Le calme seul me soutiendra.
Et pour conserver l’avantage Il le faut... j’aurai du courage;
C’est une lutte, et l’on verra Qui de nous deux l’emportera.
(Caudebec rentre tenant la lampe et un plateau, sur lequel est un perdreau nue bouteille de vin et un couvert.) Le Voilà! (Elle se tient à l’écart pris d« la cheminée.)