‹ Après quatre ansChapitre 8 sur 13 · LA JUSTICE EN PÉRIL · texte numérisé non relu

LA JUSTICE EN PÉRIL

Qu'on en souffre ou non, on est bien obligé de constater qu'aujourd'hui, au quatrième printemps de l'immense guerre, à la veille de la grande offensive, les esprits sont loin d'être ce qu'ils étaient dans les premiers jours du conflit... « Roland sent bien que son cœur est changé », dit le vieux trouvère du héros qu'il avait d'abord présenté, au commencement du combat, comme « plus fier qu'un léopard ». Les Français de 1914 n'éprouvaient pas la fierté du léopard, mais plutôt la résolution farouche du loup de Vigny traqué par les chasseurs. Ce stoïcisme est-il encore celui de tous les Français de 1918 ? On le voudrait, mais on ne peut dissimuler qu'il y a du déchet. Par ci par là on constate les indices d'un fléchissement qu'il ne faut pas exagérer, mais qui serait, s'il s'aggravait, extrêmement inquiétant., non seulement pour les destins du pays, mais pour l'avenir de la justice dans les sociétés humaines. Ce n'est pas seulement la patrie, c'est aussi le droit qui se trouverait, si l'on n'y prenait garde énergiquement, en grave péril. Et c'est aussi la raison, car la prolongation de la guerre fait naître, comme spontanément, une floraison de

sophismes qui obscurcissent l'intelligence, en même temps qu'ils altèrent la force de résistance du peuple français.

Des causes de ce fléchissement, il en est d'inévitables, de fatales, qu'il faut connaître et surmonter, mais contre quoi il est vain de s'indigner. Il en est d'autres, au contraire, qui sont d'origine plus spécialement intellectuelle et morale, et qui appellent une discussion dialectique. Attachons-nous à les voir et à les préciser.

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