‹ ArabesquesChapitre 11 sur 14 · FRATERNITÉ. 2O · texte numérisé non relu

FRATERNITÉ. 2O

s'exposer à la malveillance générale. L'époque est cruelle : la guerre y règne à l'état permanent. Une part de notre énergie se dépense à sauvegarder notre liberté des entreprises du voisin, tandis que, s'il y avait accord entre tous, nous pourrions nous adonner, sans réserve, à la recherche d'un meilleur devenir, — recherche dont profiterait l'espèce entière. Cependant, malgré l'hostilité ambiante, malgré les déboires que nous inflige l'existence quotidienne, il est beau de poursuivre cet idéal ; les joies qu'on goûte à en préparer la réalisation compensent largement les ennuis que suscitent aux révoltés conscients les bénéficiaires du régime actuel.

Justement parce qu'on divise les hommes, sous prétexte de patrie, justement parce que les Bourgeois mettent les préjugés de race au service de leurs rivalités industrielles et commerciales, il sied d'affirmer la fraternité.

Il faut répéter infatigablement : « Nous avons tout avantage, quel que soit notre pays d'origine, quelles que soient les dissensions de nos gouvernants, à vivre en paix, afin d'échanger nos idées et nos produits. Les guerres n'ont d'autre résultat que d'accroître notre servitude; elles maintiennent le prestige du soldat, c'est-à-dire du

sauvage épris de clinquants et de massacres, dont l'intelligence rudimentaire se satisfait de rêves brutaux. Les frontières sont les barreaux des cages où nos maîtres nous détiennent et nous font travailler à leur prospérité. Mais ces barreaux sont fragiles ; forgés de notre soumission et de notre ignorance, ils se rompront d'eux-mêmes le jour où nous saurons nous aimer, où nous nous donnerons la main, où nous comprendrons que toutes les races s'équivalent, que toutes contribuent à l'édifice de beauté dont l'espèce posa les bases parmi les ténèbres, le sang et les larmes, dont, si nous le voulons, nous construirons le faîte parmi la lumière et la joie. »

Cet idéal gi-andiose n'est-il pas fait pour séduire toute âme généreuse ? Ne vaut-il pas qu'on le cultive en soi, qu'on le répande autour de soi? Qu'est-ce, en contraste, que les Bourgeois et leurs trafics, les juges et leurs lois, les gens de guerre et leurs plumets, les politiciens et leur bavardage ?

Un ramassis de polichinelles en délire dont nous subissons les quolibets et les coups de trique avec beaucoup trop de mansuétude.

Mais les hideurs du temps présent, l'atmosphère de haine où l'on vit, le mensonge triom-

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