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COMMISSION ADMINISTRATIVE DU MUSÉUM DE LTLE DE LA RÉUNION

MM. MOREL, Président.

RICHARD, Directeur du jardin de l’État.

DE RONTAUNAY, Négociant.

MAILLARD, Ingénieur.

BAILLY (Édouard), Commissaire de la marine impériale. VOIART, Archiviste.

NEVEU, Professeur au lycée impérial.

JACOB DE CORDEMOY, Docteur en médecine.

VINSON (Émile), Pharmacien de première classe.

Leur collègue dévoué.

Auguste VINSON.

ÉTUDE SUR UARAGHNOLOGIE

Il y a soixante ans environ, Bory de Saint-Vincent, arrêté aux îles de France et de Bourbon dans Uexpédition scientifique du commandant Baudin sur les corvettes le Géographe et le Naturaliste, disait en parlant de Fentomologie de ces îles : « Les Araignées surtout sont extrêmement variées, et si j’eusse eu plus de temps, je les aurais étudiées (1).»

Depuis cette époque, quelques Aranéides ont été recueillies à Elle de France, et placées dans des collections, à cause de

(1)Bory de Saint-Vincent. — Voyage aux quatre principales îles d’Afrique.

leur grandeur et de leur beauté; ou envoyées par des naturalistes, comme Catoire de Bioncourt, Julien Desjardins; mais aucune monographie, comprenant toutes les espèces non encore connues de ces îles, n’avait été faite.

Ce travail, indiqué comme desiderata par un homme vraiment ami de la science et qui devint un membre actif de l’Institut, a été l’objet de mes études assidues pendant plusieurs années, en dépit des obligations d’une clientèle lourde et trop honorable pour en décliner la charge et les devoirs.

De plus, j’avais conçu l’ambition ou plutôt la témérité de vouloir faire ce travail avec un grand détail et un soin toujours nécessaire dans ce genre d’études. J’ai tenté de faire l’hisfoire complète des Aranéides de l’île de la Réunion et de l’ile Maurice;

celle des grandes espèces,et celle où la micrographie devient une nécessité. J’ai étudié ces insectes suivant leurs sexes, leurs variétés, suivant leur âge, leurs mœurs et le mode .de disposer leurs toiles et de tisser leurs cocons. Souvent après la description à l’œil nu, je l’ai refaite avec le secours du microscope.

C’est en étudiai^t les mœurs de ces Aptères intéressants, que je suis arrivé à surprendre plusieurs secrets de leur existence, et à reconnaître qu’il fallait aussi voir en eux des nocturnes et des diurnes.

J’ai donné plus loin les caractères de cette division naturelle. Ce fait nouveau est basé sur l’étude des mœurs qui doit peser aussi d’un grand poids dans la balance des considérations zoologiques.

J’avais terminé mon travail sur les Aranéides des îles de la Réunion et Maurice,

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lorsqu’une occasion unique vint s’offrir à moi et me permit d’étendre encore le cadre de mes observations. La reine de Madagascar^ qui avait toujours fermé son royaume aux étrangers, venait de mourir, et son fils Radama II, né avec un esprit civilisateur et l’amour des arts, appelait à lui ceux qu’avaient jusque-là proscrits les lois barbares de son pays. J’eus le bonheur de faire partie de l’aml^assade destinée à représenter la France au couronnement de cet excellent prince J’allais enfin voir cette grande île, l’objet constant de mes rêves, et ces richesses naturelles qui avaient tant de fois excité mon envie!

Pendant le temps que j’ai passé à Madagascar aucun de mes moments n’a été perdu : je marchai avec un intérêt toujours croissant sur une terre où tout était nou-

veau pour moi et souvent aussi pour la science. Je découvris un Indri d’une espèce inconnue que j’ai décrit sous le nom A'hidris alhus dans un Mémoire envoyé à rinstitut (t). Porté vers une branche de riiistoire naturelle, où j’avais fait quelques découvertes à l’île de la Réunion, je ne négligeai rien pour recueillir, dessiner et décrire de beaux Lépidoptères, dont la forêt d’Alanamasoatrao(prononcezAlanamazote), l’une des grandes de l’île de Madagascar, renferme tant d’espèces splendides et inédites : je pus m’enquérir de la sériciculture indigène de la province d’Imérina, en étudier les éléments et fixer scientifiquement l’espèce de ver qui produit la soie de Madagascar (2). Je recueillis d’autres collections

(1) Voir les Comptes rendus de l'Académie des sciences, [Séance du 8 décembre 1862.)

(2) — Ibid. Noie sur le ver à soie de l'Ambrevate, Borocera Cajani, Vinson. [Séance du 23 mars 1863.)

— Ibid. M. Blanchard. Rapport sur une nouvelle matière textile produite par un ver à soie originaire de Madagascar. [Séance du 7 avril 1863.)

d’insectes et des spécimens d’oiseaux, de plantes, de conchyliologie et de géologie, et des graines susceptibles de naturaliser à l’île de la Réunion plusieurs végétaux utiles. Mais la partie de l’histoire naturelle qui pour moi devait avoir le plus d’attrait fut nécessairement l’étude de l’Arachnologie :

je m’y livrai complètement.

C’est ainsi que j’ai pu réunir à l’histoire des Aranéides des îles de la Réunion et Maurice celle de Madagascar. Non-seulement je fis une collection de tout ce qui s’offrit dans cet ordre, mais je décrivis et dessinai les sujets sur les lieux mêmes.

En entomologie, les collections renferment des moyens puissants de représentation : elles réunissent et conservent les sujets presque à l’état naturel. Seules, les Aranéides font exception : elles échappent à cette ressource précieuse. La mort ap-

porte promptement dans leur aspect des changements profonds de couleur et de forme qui mettent les descriptions en défaut^ lorsqu’elles n’ont point été faites sur le sujet vivant. Les divers modes de préparation employés jusqu’à ce jour n’empêchent pas de notables altérations : le dépouillement intérieur de l’abdomen, opération difficile, enlève le duvet dont ces insectes délicats sont revêtus; l’alcool brunit ou détruit leurs couleurs éclatantes, et la dessiccation modifie étrangement leurs formes naturelles. J’ai donc cru devoir obvier à ces inconvénients en dessinant et en peignant moi-même d’après nature et avec soin presque toutes les espèces décrites.

Je me suis efforcé de faire aussi complète que possible l’histoire que j’ai entreprise de ces Aptères intéressants, qui.

dans la classe de ces animaux, s’éloignent des insectes ordinaires, et se rapprochent des êtres plus perfectionnés par leur mode de respiration. Dans cette tâche, j’ai rencontré nécessairement, puisqu’elle n’avait jamais été tentée, un certain nombre d’espèces nouvelles, inconnues, non dénommées et que j’ai dû décrire et nommer.

J’ai dû meme faire pour une véritable Aranéide de la famille des Araignées, et qui représente la forme des Scorpionides, un genre nouveau (1). Je l’ai fait, non sans quelque regret, je l’avoue ; car multiplier les genres, encombrer les abords de la science, quand la simplicité doit la rendre accessible pour tous, m’a toujours semblé un malheur.

Linné, dont je salue le nom avec la véné-

(i) Voir dans cet ouvrage le genre Arachnoure (àpaxvvi, araignée, oùpà, queue), araignée qui porte une queue.

ration que lui doivent tous ceux qui entrent dans le domaine de Fhistoire naturelle, s’est attaché d’après sa classification à réunir par les ressemblances. En cherchant les différences, ses successeurs ont désagrégé et désagrégeront bientôt à l’infini les groupes naturels créés par lui, au point que ce grand homme apparaissant aujourd’hui resterait confondu de tant de changements!

J’ai profité de quelques Aranéides qui sont d’une grande dimension et très-fréquentes à l’île de la Réunion, pour étudier sur elles des détails d’organisation anatomique, et pour vérifier les faits avancés par des Aptéristes d’un haut mérite.

Ces travaux répétés pour ma propre instruction ont peu d’attraits pour ceux qui demandent du nouveau, et je les passerai sous silence. Cependant, comme le sys-

tème sétifère des Aranéides et quelques détails sur l’appareil sexuel sont des questions intéressantes, j’en dirai quelques mots.

Placé sous le ventre, à sa partie antérieure ou basilaire, l’organe générateur, chez l’Aranéide femelle, est logé dans un pli opposé à la situation des filières : ce pli transversal, ainsi placé, divise la partie sous-abdominale en deux portions, une antérieure courte qui se lie au thorax; l’autre postérieure, plus étendue et qui est libre. C’est à l’extrémité de celle-ci que sont assemblées les filières : c’est aussi contre cette dernière, à sa naissance, que se trouve attaché l’organe générateur de la femelle. Chez notre belle Épéire noire {Epeira nigra, Vinson), ce sillon est d’un beau rose qui tranche avec la couleur noire et veloutée du reste de l’Aranéide. Petit,

comparativement à la dimension colossale de cette Épéire, cet organe paraît être en proportion de Fexiguïté du mâle.

Les filières situées chez la plupart à Fextrémité postérieure et libre de Fabdomen^ à la pointe de celle-ci, en dessous du ventre, sont au nombre de cinq : trois postérieures plus petites et plus brunes; deux antérieures plus claires et plus charnues; les premières sont très-velues, les deux antérieures le sont moins : chez la belle Épéire dont j’ai parlé, ces dernières sont d’une belle couleur carnée. Au fond, entre les pointes des filières, on voit un orifice à double lèvre; c’est l’orifice anal par où l’insecte projette des excréments d’une couleur blanche et d’une odeur fétide. Ainsi donc la vulve, distincte des cônes sétifères au sein desquels on trouve l’orifice anal, est placée à leur opposite.

J’ai parlé du système sétifère des Aranéides, c’est le point le plus intéressant de l’histoire de ces savantes flleuses : celui par lequel^ un jour peut-être mieux appréciées, elles peuvent rendre à notre industrie des services dont il n’est pas permis aujourd’hui de prévoir l’importance. Les Aranéides tisseuses ont une variété de fabrication sur laquelle on ne s’est pas assez arrêté. Suivant leur destination diverse, ces fils ont des couleurs différentes. De cette manière, des Aranéides tendent dans leur toile des fils diversement disposés ou fabriqués : chez certaines Epéires, — les Décorées, — il existe dans la trame tendue pour la chasse un fil couleur d’argent, ou de soie blanche, éclatante, disposé transversalement en zigzag, au milieu de la toile, au-dessus et au-dessous de l’Aranéide. Ce fil, seulement indiqué dans les auteurs.

et dont l’iisage inconnu est resté sans explicatioiij a été le sujet de mes études et d’une curiosité persévérante de ma part.

On me pardonnera de raconter avec quelque détail, à cause de sa singularité, ce fait qui se rattache à l’objet que nous traitons. Il concerne la belle et riche Aranéide à bandes d’argent, une des plus rares que nous ayons (ËjJeira Mauritia, Walckenaer), si près dans sa beauté de l’Araignée fastueuse.

Cette Épéire ne se trouve que dans les lieux humides, au milieu des herbes fines et argentées par la rosée : c’est là, au sein de ces rêts déliés, qu’elle étale ce fil blanc de soie, disposé en zigzag ou en V, qui exerça vainement la sagacité du naturaliste Dumont, et dont un heureux hasard me fit connaître le singulier emploi et la logique prévoyance. J’avais lu dans le manuscrit de J.-B. Dumont le passage suivant :

cc Ce qu’il y a de plus remarquable dans la toile de cette Araignée, c’est un fil qui a la blancheur de la soie, posé verticalement dans le milieu du réseau, en forme de zigzag dans une étendue d’environ deux pouces; je n’ai pu découvrir à quel usage, dit-il, sert ce fil d’une couleur différente des autres parties de la trame, et posé d’une manière aussi particulière. » J’avais rencontré dans une touffe d’asperges une de ces belles Épéires, suspendue au centre de sa toile avec son invariable fil blanc; je ne me lassais pas de venir l’observer chaque jour durant de longues heures : je faisais tomber des mouches, de petits insectes que l’Araignée s’empressait de dévorer, après les avoir habillés comme d’un linceul blanc avec les fils déliés qu’elle faisait pleuvoir de ses filières : ces fils sortaient avec tant de vitesse et paraissaient si serrés

entre eux qu’ils ressemblaient à un jet de vapeur ou de fumée blanche. J’étais déjà loin du premier jour de mes observations, et le mystérieux fil en était toujours là, comme un secret pour moi, lorsqu’enfin pendant que je regardais ma splendide Araignée, une sauterelle que je n’aurais osé lui offrir à cause de sa force, vint donner dans sa toile qui en fut ébranlée :

l’Araignée ne fit qu’un bond sur sa proie.

Je crus qu’elle n’en viendrait pas à bout :

mais elle l’enveloppa dans ce fil blanc, vrai câble de réserve dont les petites proies que je lui avais jetées précédemment n’avaient point nécessité la puissante intervention. — L’usage de ce fil me fut donc révélé. La chasseuse le replaça de nouveau dans sa toile; le lendemain je revins avec une sauterelle de même force, et me promis de contrôler mon observation de la veille.

Le succès de ma prévision fut complet!

On comprendra facilement la joie que j’éprouvai de cette découverte, après les longues heures de patience que j’avais mises à la poui’suivre. — Aussi cette Araignée, moyenne de grandeur et cependant débile, a besoin de se prémunir à l’avance de fds plus solides que ceux qu’elle fournit spontanément pour arrêter un insecte un peu fort. J’ai vu cette même espèce, attirant à son secours avec l’extrémité d’une de ses pattes cette trame singulière, la couper d’un trait avec ses mandibides, et en enrouler comme d’un ruban l’insecte palpitant qui cherchait à lui échapper : en même temps des fils nombreux sortaient comme une vapeur légère; distribués avec soin et rapidité, ils achevaient de former autour de la proie expirante un vrai linceul de neige. La toile entière d’où l’Épéire

a enlevé ce fil reste vide et endommagée un moment; mais Thabile ouvrière la répare aussitôt avec des rôts nouveaux :

et bientôt elle se replace au centre avec un nouveau fil en zigzag, qu’elle a rétabli avec son adresse merveilleuse.

D’autres espèces, les Gastéracanthes de File de la Réunion, apportent dans les fils diversement tendus, au milieu desquels elles établissent leurs réseaux réguliers, une confection toute spéciale : comme ces fils sont isolés, assez éloignés les uns des autres, ils sont fabriqués autrement que ceux du réseau intérieur, et présentent à de courts intervalles de petits renflements cotonneux, qui les font apparaître comme interrompus de distance en distance. Ces renflements donnent à la trame au besoin une force et une élasticité plus grandes. Les Gastéracanthes de Madagascar,

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plus volumineuses et plus fortes, ne suivent pas cette loi : elles tissent verticalement leurs fils, tout à fait comme les toiles des Épéires.

Il est difficile de s'imaginer la force que certaines Araignées empruntent de leurs fils : j’ai vu un des Pholques qui habitent nos demeures, et dont les pattes longues et fines paraissent ne témoigner que de la faiblesse, se rendre maître d’un Scolopendre énorme, par l’adresse et la multiplicité de ses fils. Celui-ci fut absorbé, sucé, et il ne resta plus que son enveloppe desséchée. Qui eût jamais pensé qu’un si mince agresseur eût réduit un si rude ennemi!

A Madagascar, l’Épéire tuberculeuse jette d’une rive à l’autre, sur des cours d’eau assez considérables, des fils d’une prodigieuse étendue, dans lesquels s’arrêtent des

Libollules nombrousGS ©t do forts Agrions.

J’ai observé ce fait sur les eaux courantes des forêts intérieures : on dirait de vrais ponts aériens. A File de la Réunion, c est aux stipes ridés de nos grands Pandanus qui s’élèvent vers le ciel en ouvrant leurs feuilles gladiformes, imbriquées en hélice, que nos gigantesques Épéires attachent leurs fils longs et soyeux, et les établissent d’un arbre à l’autre à la distance de plusieurs mètres. Dans ces réseaux forts, multipliés et très-étendus, on les compte par centaines, vivant en famille et en bonne harmonie. On en trouve de tous les âges, de toutes les grosseurs; ce sont l’Épéire noire et l’Épéire dorée, commensales si bonnes, que des Linyphies viennent s’établir sur leurs grandes toiles pour y glaner les petites proies. Ces faits me parurent si étranges, que je les signalai

au vénérable et savant M. Léon Dufour, dans une longue lettre que je lui écrivis de nie de la Réunion, en lui retraçant les mœurs et les dessins de ces humbles mais brillantes Aranéoles : «Merci, mille fois merci, me répondait l’illustre savant, de votre communication descriptive et iconographique. Votre travail sur les Araignées de l’île de la Réunion, conçu surtout d’après le plan de la description des figures et de l’étude de l’industrie, des mœurs et du genre de vie : c’est là la véritable histoire des insectes, la science des Réaumur, des Geer, etc... L’étude de la bouche, le nombre et la position des ocelles, la structure des griffes plus ou moins pectinées, forment sans contredit les traits les plus essentiels pour l’établissement des genres, et vous êtes parfaitement dans cette voie de la bonne observation.

» Vos détails sur le singulier parasitisme de vos petites Araignées, vivant en bopne intelligence avec les fabricants légitimes de la grande toile usurpée, ont pour moi et pour la science le plus haut intérêt. » {Lettfe à M» Ig docteiiT Auguste Vinson. Saint- Séver, (^LandesA) 14 sept, 1861.)

Dans ces grandes toiles à fils jaunes, ces Aranéoles semblent surtout rechercher instinctivement la protection des grosses Épéires sans lesquelles elles seraient complètement détruites. Là, ces petites Aranéides parasites se suspendent en quantités innombrables, et en les y cherchant, les oiseaux se font prendre par les fils de la grande Araignée. Que de fois, enfant et courant parmi nos beaux gérofliers, j’ai rencontré ces oiseaux, et en particulier notre jolie Mousserolle, le Muscipeta Bor-

bonica de Cuvier, enlacés dans les toiles gigantesques de notre grosse Épéirel Que de fois allant, après le coup de fusil, vers le gibier tombé, j’étais dans le nuage de fumée, contrarié moi-même par la toile du monstrueux insecte, au milieu de laquelle je donnais en plein visage. Alors détachant son fil amer et résineux collé à mes lèvres, je ne me doutais pas que la médecine trouverait un jour dans l’emploi de ce tissu, en en formant des pilules, un succédané au sulfate de quinine contre les fièvres intermittentes, et dans l’application de ces mêmes füs amassés et posés en topiques sur les plaies ou sur les piqûres, un remède aux hémorrhagies (1)1

(1} Des travaux ont été entrepris dans ces derniers temps à Mexico et publiés en espagnol par MM. Raphaël Lucio et Ignalio Alvarado sur le venin des Arachnides et son emploi en thérapeutique. Suivant ces auteurs, ce serait un des plus puissants sudorifiques connus, et un siccatif des plaies les plus rebelles, telles qu’en présentent la syphilis, la lèpre, etc.

Si jamais l’industrie tourne ses regards vers l’exploitation utile des fils de nos Aranéides, c’est assurément à ces Épéires géantes, l’Épéire noire, l’Épéire dorée et à la grosse Épéire de Madagascar, qu’elle devra s’adresser. Jean-Baptiste Dumont et Walckenaer ont déjà fait remarquer à la suite de leur description, que cette dernière espèce donne des fils jaunes susceptibles d’être tissés, » Ces fils, très-forts, très-longs, ressemblent à la plus riche soie couleur orange ou or, que la Chine nous envoie. 11 suffit de prendre entre les doigts le volumineux abdomen, ovoïde, allongé, de l’Aranéide et de tourner ce fil sur un fuseau ou sur un dévidoir : la source en semble intarissable. Après avoir ainsi tiré de cet insecte une abondante quantité de soie, il paraît n’en point souffrir, et peut être remis en liberté. C’est avec les fils de cette

Épéire, qu'à Tîle Maurice, sous Tadministration du général Decaen, les Créoles élégantes tissèrent de leurs mains une splendide paire de gants qu’elles envoyèrent en hommage à l’Impératrice des Français. Un témoin, qui a vu ce chef-d’œuvre de l’industrie coloniale, nous en a fait le plus grand éloge. Chaque jour du reste, le colon, pour garnir le calumet de la pipe élancée avec laquelle il aspire l’enivrante fumée qui faillit suffoquer Bonaparte, se sert de ces fils dont la force et la richesse font regretter que l’esprit d’industrie n’ait point encore tourné ses vues vers ce point.

Si l’on arrive un jour à utiliser et à tisser les fils des Aranéides, les Épéires noire ou dorée se recommanderont surtout par leur volume énorme et par leurs fils longs, forts et d’une belle couleur naturelle :

de plus, elles peuvent vivre en familles

et s’accommoder^ sans en souffrir, à tous les genres de climais i ainsi, sur les rivages où la chaleur est extrême, dans nos montagnes où le froid est rigoureux, dans les lieux secs et dans les lieux humides, ces fortes Aranéides semblent se trouver dans leur milieu naturel. Cette race peut être introduite en France, et y ouvrir un champ nouveau à l’industrie sérigène déjà éprouvée si cruellement ailleurs. On pourrait fder avec un égal succès les nombreux cocons de la division des Opuntiées (1 ). Une heureuse tentative en ce genre paraît avoir été faite en Amérique : mais on n’a pas donné suite à ce premier essai, ce qui ne préjuge en rien l’avenir d’une pareille industrie si elle était de nouveau reprise.

Puisque ce sujet me conduit à parler

(1) Leur cocon est de la grosseur d’un œuf de pigeon... il peut se filer en entier et peut se carder sans préparation. » {Walck. , //ùi. des Ins. Aptères, t. II, p. 143.)

des Aranéides sous le rapport de leur utilité pour l’homme, je vais rappeler un fait.

L’usage alimentaire des Araignées n’est pas étranger aux naturels de Madagascar déjà habitués à faire une consommation culinaire de sauterelles et de larves de plusieurs insectes (Papillons et Coléoptères). J’avais pris en traitement chez moi, à nie de la Réunion, un jeune Hova atteint des fièvres de la côte et d’une dyssenterie chronique. Cet homme était réduit au marasme le plus complet. Je le vis un jour revenir des champs avec un objet qui me parut être au premier abord une grappe de gros raisins noirs. C’étaient des Epéires dont l’abdomen est ovoïde et d’un beau noir bleuâtre (Epeira nipra, Vinson).

Il avait réuni ces Araignées en grappes. Il les fit rôtir et dévora ce mets singulier.

Etait-ce à titre d’aliment ou de médecine?

Quoi qu’il en soit, il se remit et fut bientôt guéri. — J’ai su depuis, pendant mon voyage à Madagascar, que la belle Épéire de ce pays (Epeira Madagascarieîisis^ Vinson), connue dans cette île sous le nom de Hala-bé, est recherchée des naturels, qui la font frire à la graisse et la considèrent comme un mets délicat.

Si l’on examine l’étendue restreinte des îles de la Réunion et Maurice, le nombre des Aranéides qu’elles renferment paraît assez considérable, ainsi que l’avait déjà fait observer Bory de Saint-Vincent; elles sont aussi d’une grande variété. Les genres que l’on y rencontre, les races, les espèces et les variétés forment l’objet d’une étude vraiment intéressante.L’hiver, en effleurant à peine nos climats, et en laissant toujours dans l’atmosphère les conditions d’une température douce et clémente, permet à ces

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insectes de vivre, de se montrer et de se reproduire en tout temps. Le soleil tropical allume sur la livrée de plusieurs les plus brillantes couleurs. Ce même soleil, en favorisant leur fécondité, rend quelques espèces innombrables : telles sont TEpéire dorée, FÉpéire noire, FÉpéire de File Bourbon {Epeira Borhonica, Vinson); celles dont Fabdomen est bifide et qui se rangent autour du type indiqué par M. Léon Dufour, sous le nom d’Epéire de Fopuntia {Epeira opimtiæy L. Dufour). On les trouve en grande abondance au milieu des cactus et de nos agaves, si communs aux îles de la Réunion, Maurice et Madagascar, sous ce rapport pareilles au midi de FEspagne et à FAlgérie. Ces Aranéides vivent dans toutes les régions des trois îles, aussi bien sur le littoral que dans Fintérieur. L’Épéire de Fopuntia et ses nombreuses variétés.

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