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de décrites, mais la plus grande partie est jusqu’ici restée inconnue. C’est de l’île Maurice que provenaient celles qui ont été étudiées déjà. Une Société d’histoire naturelle, établie dans cette île, a dû, par ses relations avec des savants du Muséum de Paris, favoriser ces envois, et leur a fait prendre place dans les descriptions scientifiques des Aptéristes. Nos deux Olios se trouvent ainsi décrits dans Walckenaer; notre Épéire dorée, notre Épéire Mauricienne s’y rencontrent aussi. Le môme auteur rapporte que Julien Desjardins lui a envoyé en grand nombre l’Épéire assidue (^Epeira assidua, Walck.); la Linyphie zonée (Lmyphia zonata, Walck.) lui vient de la même source. Une Tétragnathe prolongée (^Tet7^ay7iatha pTote7%sa, Walck.), collection du célèbre Lamarck, a été envoyée de rüe Maurice. Catoire de Bion-
court a fait connaître la Plectane de cette île. Comme on le voit, quelques-unes de nos richesses étaient déjà décrites, mais toutes ne Tétaient point, et c’est cette considération qui a inspiré mes travaux dans cette i^égion du domaine de Thistoire naturelle.
Sous ce rapport, Tîle de la Réunion était une mine encore intacte et inexploitée; et si quelques sujets de sa Faune ont été décrits, elle le doit uniquement à Texistence à Tîle Maurice d’un certain nombre d’Aranéides tout à fait semblables. Cependant, par une singularité inexplicable qui, d’ailleurs, se retrouve pour ces deux îles dans une série d’êtres plus élevés, certaines espèces particulières à Tune sont totalement inconnues à l’autre : ainsi le genre Artèma, qui donne TArtème Mauricienne {Artema Mauritia,
Walck.) n’existe pas à File de la Réunion :
l’Épeire assidue (Ej^eira assidua, Walck.) est aussi particulière à la première colonie. Par une réciprocité bizarre^ FÉpéire de l’île Bourbon (Epeira Borhonicciy Vins.) ne se rencontre pas à File de France.
Ainsi, malgré des liens communs, des différences se montrent et impriment partout, à chaque coin de la terre ou du globe, sa physionomie spéciale.
A côté du genre Epeira dont je viens de parler, une charmante Aranéide, la Plectane de File de la Réunion (Gasteraeantha Borbonica, Vins.) est différente de celle de File Maurice (Plectana Maiiritia, Walck.). Cette espèce présente à la Réunion une variété bien rare, mais que j’ai parfaitement observée : elle est toute blanche, avec le poli et l’éclat de la porcelaine, et porte une raie dorsale noire sur le
milieu du test. L’île Madagascar, ainsi que je Fexposerai plus loin, est dotée en ce genre de deux belles espèces des plus remarquables.
J'ai rencontré dans le joli genre Attus de Walckenaer (Baltique, Salticus de Latreille) des représentants nombreux pour les îles de la Réunion et Maurice. On les voit partout faire une guerre utile, incessante et acharnée aux mouches et aux moustiques : ils sont répandus sur les parois des habitations, sur les vitres des demeures, sur les palissades et dans les jardins. Leur vivacité est extrême, leur thorax est mobile, leurs yeux d’inégale grandeur et si habilement disposés épient leur proie : leur intelligence paraît grande. J’ai pu, parmi ces Aranéidês curieuses, compter jusqu’à neuf espèces pour les trois îles : elles me paraissent inédites et ne
pas se trouver, malgré les recherches que j’ai faites, parmi les espèces Africaines de Walckenaer. J’ai divisé ces Attus, comme on l’a fait dans Cuvier, en deux sections, suivant la conformation circulaire ou allongée du céphalothorax. Parmi ceux de Madagascar, j’en ai trouvé un de couleur rose, à bandes blanches et à raies noires, qui doit certainement figurer parmi les plus jolis du genre.
J’ai donné sur notre Tétragnathe unique, mais très-variée, des détails de mœurs encore peu connus. Un Aptériste moins timide aurait pu sans doute trouver des sujets nouveaux dans ces variétés, et étendre ainsi la seule espèce que nous possédons pour les trois îles, et que Walckenaer a rencontrée dans la collection de Lamarck.
C’est sur cet exemplaire de la Tétragnathe prolongée ( Tetragnatha protensa ,
Walck.) que cet auteur a fait sa description si exacte. Ses mandibules sont placées horizontalement, et chez les mâles sont terminées par de petits cônes bien faits, emmanchés à de longs appendices filiformes.
Deux des représentants du genre Linyphie (Lmyphici) m’avaient causé quelque embarras, à cause de leur forme épéiride, de leur parasitisme singulier et sans exemple dans rhistoire des Aranéides, et en raison aussi du rostre qui terminait leur tête en avant. Tant de caractères me semblaient si étranges que j’étais indécis de savoir où les placer. Habillées d’or, de nacre et d’argent, rehaussées du rouge vif et du noir qui se montrent sur leur abdomen, ces Aranéides me rappelaient et me faisaient regretter les Argyopes de Latreille, parmi lesquelles elles eussent été
si bien classées autrefois ! Mais la méthode de Walckenaer ayant rayé ce genre établi sur des caractères trop peu anatomiques, j’ai dû un moment me résoudre à mettre ces espèces curieuses comme on les trouve dans la nature, à la suite des Épéires dont elles imitent les formes, la beauté et l’élégance sous de plus petits volumes. J’avais, instinctivement et sans le savoir, obéi aux idées de Walckenaer en les rapprochant des Épéires, puisque cet Aptériste leur donne le surnom Éj)éirides joint au nom de Linyphie (d’où Linyphies épéirides); j’avais également subi sa propre hésitation en cherchant un moment à en former un genre nouveau. Walckenaer était à l’égard de leur classification en proie à quelque incertitude dont il semble chercher à se justifier par ces mots :
cc C’est uniquement d’après la forme de la
» bouche de cette espèce (la Linyphie zo- » née), que je conclus qu’elle appartient » au genre Linyphie, avec toutes celles » de cette famille dont la bouche a la même forme (1).» — Seulement le carré oculaire avancé porté sur une sorte de rostre me causait, comme à lui, quelque gêne, et je m’ouvris de cet embarras à l’excellent M. Léon Dufour, auquel j’envoyai des dessins très-exacts et des documents sur tous les points de ce problème arachnologique. «La seule distribution des yeux, » si identiques dans les deux espèces, »
m’écrivait ce vénérable savant, « a une » valeur générique incontestable. Quoique » cette distribution et ce nombre placent « votre Aranéole parmi les Epeira, cepen- » dant je ne vois rien d’analogue dans » celles-ci et les genres adjacents avec ce
(1} Walckexaer. Ilist. des Insectes Aptères. Tome II, p. 282.
» carré éloigné des autres yeux gémi- » nés et subcontigus. C'est sans doute la » forme atténuée de la partie antérieure » du céphalothorax qui a rendu nécessaire » pour Tacte de la vision cette position » du carré oculaire au bout de cette sorte » de rostre. Celui-ci, envisagé en profil, » rappelle singulièrement la tète de notre » Fulgora Eiiropæa^ et l’abdomen de vo- » tre seconde espèce est l’image de VEw peira conica. Mais je ne vois rien ni » dans Walckenaer, ni dans Savigny qui » puisse se rapporter à vos aranéoles quant » à la distribution des ocelles;... quant à » la forme et à la composition de la bou- » che, on les retrouve dans toutes les » Epéires linyphies^ etc. »
En raison de leur conformation, de ce carré avancé des yeux, de leur habitat singulier, de leur petit cocon jaune ou rouge.
mais toujours bi-conique, suspendu à un fll et flottant comme un ballon (1), je pense que j’aurais pu séparer ces trois aranéoles des Linyphies ordinaires, et former un genre nouveau. Mais, guidé par la Linyphie zonée, j’ai rangé la Linyphie parasite (Linyphia parasita, Vins.) dont il s’agit, et sa congénère, la Linyphie argyrode (Linyphia argyrodes, Walck.), à laquelle la seconde espèce que j’ai rencontrée paraît se rapporter, dans le genre des Linyphies épéirides de Walckenaer.
J’arrive à un genre qui n’offre, pour les îles de la Réunion et Maurice, qu’une seule espèce, légèrement variée en blond pâle, c’est le Sphase (Sphasus'). Pour la forme, le volume et un peu pour la disposition singulière des ocelles, j’ai trouvé
(1) J’ai figuré ce cocon : il est commun à la Linyphie parasite, à la Linyphie zonée et à la Linyphie argyrode. On aperçoit d’une manière assez confuse les œufs qu’il renferme. F. PL xi, fig. k.
toujours que ce genre avait quelque analogie (du moins pour Tespèce particulière à ces deux îles) avec le genre Attus ; mais il n’en est plus de même pour les beaux Sphases aux longues pattes et aux riches couleurs, répandus sur tous les points de Madagascar.
Aux îles de la Réunion et Maurice, le genre Lycose (Lycosd) est représenté par de petites espèces, mais Fîle de la Réunion, particulièrement, en renferme deux plus grandes. Ces dernières habitent nos zones intérieures et occupent une station fort élevée au-dessus du niveau de la mer.
Une d’elles, la plus grande et dont l’aspect sinistre rappelle son singulier habitat, a été recueillie, à notre intention, sur le dôme même du volcan par notre ami et compatriote le docteur Jacob de Cordemoy.
Au sein des appartements, outre l’Olios
leucosie, on rencontre plusieurs Aranéides dont les couleurs sans éclat semblent indiquer que leur vie se passe à l’ombre et dans les recoins obscurs : ce sont, dans le genre Ulobore (JJloborus^, une espèce nocturne, aux teintes cendrées, s’étalant sur sa toile à tissu lâcbe, et différente de celle dédiée à Walckenaer : deux autres espèces habitent les jardins et les vergers.
A côté de la première (l’IIlobore de Bourbon, Uloborus Borbonicus, Vins.), nous avons rencontré, toujours dans le même habitat, deux Pholques nouveaux : le Pholcus Borbonicus dont les longues pattes, de la couleur du talc, rappellent le Pholque phalangide, mais qui n’en constitue pas moins une espèce distincte, à laquelle j’ai donné le nom de mon pays, où elle est si commune, qu’elle habite les chambres et les appartements, en compagnie de l’homme,
pour le délivrer des insectes nuisibles ou incommodes; puis une autre espèce beaucoup plus grêle.
Dans les mêmes lieux se trouve aussi la Scytode thoracique (Scytodes thoracica, Latr.) et sa congénère la Scytode amarante (^Scytodes amarantea, Vins.). La première se présente dans notre île sous de si forts volumes et est si commune, qu’on est porté à croire, comme le pensait Walckenaer, qu’elle est originaire des pays chauds, et qu’elle a été accidentellement importée en Europe, car elle ne peut dépasser la zone des climats tempérés. Quant à la Scytode amarante, elle est entièrement nouvelle, fort répandue à l’île de la Réunion, et d’un volume supérieur à celui de la thoracique. Maurice, la Réunion et Madagascar possèdent chacune un Sélénops spécial ; celui de l’île Maurice est d’un
bmn foncé : il est signalé dans Fouvrage de Cuvier.
Dans la division naturelle que nous allons faire connaître, les Aranéides dont je viens de parler, c’est-à-dire les Olios, les Pholques, les Scytodes et les Sélénops, vont être Fobjet de détails particuliers qui nous dispensent de nous étendre maintenant sur leur sujet.
Parmi les Aranéides des îles de la Réunion et Maurice, aucune n’a jusqu’à ce jour produit d’accident appréciable. Je n’ai jamais constaté les effets de la morsure de notre grosse Epéire elle-même, dont les mandibules sont si fortes et les crochets si aigus. L’Olios leucosie est quelquefois, à tort peut-être, accusé de s’être laissé aller à la tentation de mordre les bras de nos jolies dormeuses, et d’y avoir un moment éveillé les roses sur les lis; mais n’est-ce
pas là une accusation calomniatrice? Disséquant un jour une Araignée ordinaire, je me touchai la partie latérale du cou avec le doigt humecté sans doute du liquide venimeux, j’éprouvai presque en même temps une brûlure; une rougeur survint, puis une ampoule qui creva et me laissa la partie au vif; mais là se borna cet incident. — Il n’en est pas de même pour quelques Aranéides de la grande île Africaine.
On sait, d’après de Flacourt et tous ceux qui ont écrit sur Madagascar, que c’est dans les Aranéides qu’il faut placer les animaux les plus venimeux de cette île. Ces Araignées dangereuses, au dire des habitants, sont de deux sortes : une noire, petite, à l’abdomen bombé et rond; sa longueur est de dix millimètres, elle porte une tache d’un beau rouge de feu à sa partie postérieure et une bande de même cou-
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