‹ Aranéides des Iles de la Réunion, Maurice et MadagascarChapitre 5 sur 14 · XLVII · texte numérisé non relu

XLVII

» dangereuse bète qu’il y ait; car quand » elle a piqué un homme, il tombe aussi- » tôt en syncope et est pire que le scor- » pion. Il y a eu de nos nègres qui en ont » été piqués, qui ont été deux jours en )> pâmoison, froids comme glace (1).» Les indigènes, pour combattre ces phénomènes, qui, suivant eux, produisent la mort, prescrivent des infusions de plantes du pays et exposent le malade à un très-grand feu. Cette médication, toute diaphorétique, ferait penser que le poison serait éliminé par les sueurs, en même temps que la réaction se produirait. A Tananarive, on assure que Ton peut conjurer tous ces accidents en faisant immédiatement une incision sur la piqûre et en cautérisant avec un fer rouge. Je pense

(1) Etienne de Flacoert. Hisl. de la grande île de Madagascar, page 156.

qu’avec l’ammoniaque, comme pour la morsure de la vipère, on parviendrait au même résultat. Nous avons été assez heureux pour nous procurer quelques-unes de ces Araignées ménavoudes : elles étaient indéterminées encore dans la science.

Certainement je ne sais que penser du danger qu’on attribue à la morsure de cette Aranéide, et je n’ai pu vérifier quel en était l’etTet; mais je suis arrivé à un résultat bien curieux en cherchant à classer cet insecte. C’est que cette ménavoude prend place à côté du Ladrodecte malmignatte de l’île d’Elbe et de la Corse, dont la piqûre est réputée aussi pour être mortelle, et à côté du Ladrodecte assassin de la Martinique dont le venin présente une égale malignité. Il est bien certain qu’en formant leur opinion sur le Ménavoude et sa piqûre, les naturels de Madagascar igno-

raient les faits particuliers aux Ladrodectes d’Europe et d’Amérique.

L’autre Araignée de Madagascar, dont la piqûre est aussi réputée mortelle ou dangereuse, est le Fouque (qu’on écrit Folid). Elle a la forme d’un petit Crabe long de onze millimètres; le céphalothorax est fort et bombé ; l’abdomen aplati est trapézoïde, plus rétréci en avant ; tout le corps est tuberculeux; les pattes courtes, fortes, ramassées, sont semées d aspérités à la manière d’un Crustacé du genre Parthénope. Sa morsure est, dit-on, suivie d’enflure qui commence par la partie lésée et se propage à tout le corps. Les Malgaches, dont la superstition en toutes choses est grande, sont arrivés jusqu’à penser que le souffle seul de l’animal suffisait pour produire cet effet. M. H. Lucas, auquel j’ai montré une de ces Aranéides singulières.

a reconnu qu’elle appartenait au genre Thomise (Thomisus),

L’Arachnologie de Madagascar est assurément la partie la plus neuve de l’entomologie de cette grande île. La majorité des Aranéides sont les mêmes qu’à l’île de la Réunion et à l’île Maurice. On y trouve les belles espèces de ces deux îles; mais autour de ce lot commun vient se ranger pour Madagascar une faune spéciale où chaque découverte est une nouveauté. Il n’en peut être autrement, car pendant que les autres branches de l’histoire naturelle y étaient plus ou moins étudiées, celle-ci était complètement délaissée. Les côtes de Madagascar sont d’abord peu riches en Aranéides; elles doivent cette pauvreté relative, je le suppose, au nombre des oiseaux insectivores très-abondants dans cette partie du litto-

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