‹ Aranéides nouveaux ou peu connus du midi de l'EuropeChapitre 37 sur 73 · LATRODECTUS TREDECIIU-GUTTATUS Rossi (Aranea · texte numérisé non relu

LATRODECTUS TREDECIIU-GUTTATUS Rossi (Aranea

Fauna Elrusca , t. Il, p. 156, pl. 9.

LATRODECTUS MALMIGNATUS Walck., Tabl. aran. (1805).

LATRODECTUS OCULATUS Walck., Apt., 1. 1, p. 645.

LATRODECTUS ARGUS Savigny, Egypt. Arach., p. 137, pl. 3, fig. 10.

Les nombreux auteurs qui se sont occupés de cet Aranéide l’ont décrit d’une manière incomplète et aucun n’a parlé du mâle.

Savigny et Walckenaer, qui n’ont eu à leur disposition qu'un petit nombre d’exemplaires, ont décrit comme distinctes les deux formes principales de la femelle : avant ( oculatus ) et après (: malmignatus ) le dernier changement de peau. Une longue étude de l’animal vivant m’a permis de trancher cette question qui est rendue assez difficile par un fait curieux, c’est que la Mal mignate s’accouple avant son dernier changement de peau et reçoit la visite du mâle avec la livrée de jeune qu’elle doit perdre quelques jours après; aussi l’accouplement qui est ordinairement un signe certain de maturité chez les Aranéides s’accomplit ici avant que la femelle ait acquis sa coloration définitive.

(*) Aux espèces de ce genre signalées par les auteurs, il faut ajouter : Lilhy phanies proeminens (Theridium) Blackwall. ( Linnean Soc. journ. Zool. } t. X, p. 427.) De Toscane.

o* Long. 5 mm . — l°p. 1 5 lQIU .

Le céphalothorax est déprimé, large et arrondi dans la portion thoracique, mais fort rétréci en avant.

La tète est séparée du thorax par deux profondes stries, qui se réunissent à angle aigu vers le milieu de la longueur du corselet; au-dessous se voit une large dépression médiane d’où rayonnent des stries bien marquées.

Les groupes oculaires sont séparés par des échancrures; les yeux de la ligne antérieure sont de plus séparés des supérieurs par une strie horizontale. Les médians supérieurs ont seul Y axe vertical, les latéraux de la même ligne ont Taxe oblique, les quatre antérieurs regardent en avant.

Les yeux supérieurs sont presque égaux , les latéraux sont un peu plus reculés et plus séparés.

Les médians antérieurs sont à peine plus petits que les latéraux, ils sont aussi un peu plus écartés entre eux.

Le bandeau est élevé et séparé des yeux par une profonde dépression transverse; dans le milieu il présente deux faibles tubercules lisses, qui simulent une paire d’yeux.

Le tégument est d’un noir mat et glabre.

L’abdomen est d’un noir satiné, il est orné de taches rouges, souvent bordées de blanc et disposées de la manière suivante : le bord antérieur est entouré d’un demi-cercle qui se termine en pointe effilée de chaque côté et dont le bord postérieur est un peu échancré sur la ligne médiane; ensuite se remarquent des taches formant trois séries longitudinales, parallèles : la série médiane est composée de quatre taches : les trois premières, dont la seconde est la plus grande, sont des triangles obtus, la quatrième est allongée, atténuée' en arrière et quelquefois resserrée dans le milieu; les séries latérales comptent chacune trois taches, plus grandes que les médianes, en forme de larmes, et placées obliquement, leur gros côté en dessus, vis-à-vis chacune des trois taches médianes; souvent la pointe du demi-cercle antérieur est suivie d’un petit point triangulaire, ce qui complète les treize taches caractéristiques.

Le ventre, noir comme le dos, présente au-dessous des stig-

mates, une large tache transverse dont le bord postérieur est bilobé; quelquefois cette tache est suivie d'une autre beaucoup plus petite.

* Les pattes sont assez fines et fort longues, celles de la troisième paire sont de beaucoup les plus courtes; les fémurs et les tibias sont d’un noir profond, les tarses sont d’un brun rouge foncé; elles sont garnies de poils noirs soyeux.

Le fémur de la patte-mâchoire est grêle et court, il dépasse à peine le bord frontal; les deux articles suivants sont trèscourts et un peu renflés; le tarse, au contraire, atteint un développement remarquable, c’est une vaste cupule, arrondie en dessous et largement ouverte en avant; le bord inférieur de cette ouverture projette en avant une apophyse obtuse, hérissée de crins; l’intérieur de la cupule est rempli par un très-long stylet noir, qui fait quatre tours sur lui-mème et sc termine au centre par un petit tubercule membraneux.

2 Avant la dernière mue ( Latrodectus argus Sav.).

Long. 7 à 10 mm . — 1° p. 20 mra .

Le céphalothorax est comme chez le male, cependant au-dessus de la dépression médiane, il parait un peu renflé.

Les yeux, relativement plus petits, sont plus écartés et forment deux lignes plus larges ; les échancrures et les stries qui séparent les groupes oculaires sont beaucoup moins prononcées ; le bandeau est aussi plus étroit.

Les yeux médians de la ligne supérieure sont plus rapprochés entre eux qu’ils ne le sont des latéreaux.

L’abdomen, plus volumineux, est ovale et très-convexe; scs taches sont d’un beau rouge vermillon, elles sont quelquefois bordées de blanc; souvent la première et la troisième de la série médiane sont très-réduites; la quatrième est, au contraire, fort grande, longitudinale et rarement resserrée; la tache ventrale est réduite à une simple ligne horizontale. Le dessus de cet abdomen est satiné et garni de poils très-courts, seulement visibles à la loupe.

Les pattes sont un peu plus robustes et plus courtes que chez le mâle.

Ç Après la dernière mue ( Latrodectus malmignalus Walck.).

Immédiatement avant la ponte, cet Aranéide subit sa dernière mue; son aspect et sa coloration changent beaucoup, il prend alors la livrée du véritable L. malmignatus de Walekenacr.

Son abdomen est plus arrondi en arrière et un peu déprimé en dessus. La face dorsale est entièrement couverte de petits spiculés très-courts, qui lui donnent, sous un faible grossissement, l'apparence d’une râpe ou d’une lime; de loin en loin , à des intervalles égaux, s’élèvent des crins noirs un peu plus longs, robustes et recourbés en arrière; ces crins sont plus longs et plus serrés à la partie antérieure.

Les taches deviennent d’un rouge carmin si foncé qu’il est souvent difficile de les distinguer ; quelquefois les taches médianes disparaissent complètement; lesdatérales sont plus constantes et il est très-rare qu’elles s'effacent; je possède cependant quelques exemplaires entièrement noirs ( , ).

L’épigyne est un ovale transverse avec un rebord régulier, non découpé.

Le cocon a été décrit par Walckenaer : c’est un sac globuleux aussi gros que l’araignée et fixé à la pierre par un très-court pédicule; le tissu qui le forme est très-serré, parcheminé et d’un blanc jaunâtre, il a beaucoup d’analogie avec l’enveloppe résistante d’un cocon de ver à soie; il y a toujours deux cocons, quelquefois quatre et même cinq, mais jamais plus.

Ces cocons paraissent être formés à d’assez grands intervalles, car tandis que dans le premier les jeunes sont près de sortir, dans le suivant les œufs ne sont pas encore éclos.

Cette espèce, très-inoffensive et relativement moins bien armée que la plupart des araignées de même taille, se nourrit néanmoins d’insectes des plus gros et des plus robustes, tels que Perçus et Carabus , dont les débris sont toujours amoncelés dans sa toile.

C) A propos des variétés que présentent les treize taches du Latrodectus , Marmocci émet une opinion singulière, qui permet de juger de la valeur de ses écrits sur la Mulmiynatc : « ces taches, dit-il, sont musculaires et sont tantôt plus grandes, tantôt plus petites, selon qu’elles se dilatent et se contractent. » (Voy. A tli. Acad. Sienna , t. VII.)

Cette particularité, qui a fait croire, même à des naturalistes, que les fables débitées sur cette araignée avaient quelque fondement, s’explique par la force extrême de ses fils et l’adresse qu’elle déploie pour y enrouler ses victimes.

Il est bon de rappeler que les crochets des chélicères sont trèspetits et très-recourbés , presque en demi-cercle; ils sont conformés pour maintenir une proie déjà enroulée et immobilisée dans la toile, mais il leur est impossible d’entamer l’épiderme de l’homme ( 1 ).

Nota. — La mauvaise réputation de la Malmignate remonte très-haut; ses couleurs (rouge et noir) et ses treize taches (nombre fatidique) suffisent pour expliquer les récits anciens où cette araignée est dépeinte comme un animal de mauvais augure, mais où il n’est pas encore question de son venin ( 2 ).

Aujourd’hui la morsure de la Malmignate est très-redoutée et les divers effets qu’elle produit sont longuement enregistrés dans des ouvrages spéciaux, généralement écrits de bonne foi ( 3 ).

(') Le D‘‘ Hentz des États-Unis a fait la même remarque h propos du Latro * dcctas (Theridium) vcrccundum , très-commun dans l'Amérique du Nord...

« Sa morsure, si je puis m'en rapporter aux vagues descriptions de médecins peu versés en entomologie, est tant soit peu dangereuse; elle produit de graves désordres nerveux qui cependant peuvent efficacement se combattre par l'eau-de-vie ou autres stimulants. 11 n'est pas douteux que toutes les araignées possèdent un venin qui s’inocule par le crochet des chélicères; mais dans cette espèce ces organes sont très-petits relativement à la taille de l’araignée et ils paraissent à peine suffisants pour traverser l’épaisseur de l’épiderme de la main ou du pied de l'homme. » (Voy. Boston Journal nat. hist. 1850, p. 280.)

( 2 ) Cette cause n’est cependant pas générale, car Motchouski nous dit à propos de l'espèce suivante qui est entièrement noire :

« M. Langenfeld, apothicaire à Sarcpta, à l’obligeance duquel je dois cette espèce, disait qu'on la considère généralement comme étant fort venimeuse et que c’est à elle qu’on attribue le dégât qui est causé de temps à autre au bétail des hordes nomades des steppes du Volga, etc., etc. « (Voy. Bull. nat. Moscou. 1849.)

( 3 ) Voici les principaux ouvrages à consulter :

Keysler, Ncuster Reiscn , 2, p. 762 (1751).

En Corse la croyance se modifie un peu d’un village à l’autre: les uns prétendent que la morsure n'est dangereuse qu’en juillet; d’autres disent que son venin n'a d’effet que sur les personnes nées pendant ce mois; le plus grand nombre confondent la Malmignate avec les Mutiles et ne savent pas même la reconnaître.

Quand un individu est ou se croit mordu, on l’enveloppe de couvertures et on le met dans un four chauffé pour cuire le pain jusqu'à ce que les effets attendus se produisent.

Dans tous les pays habités par les Latrodecles , ces aranéides sont également redoutés; à la Martinique et à Madagascar, les naturels considèrent leur piqûre comme mortelle; partout les symptômes et les moyens de guérir présentent une remarquable similitude.

M. Vinson, qui n’a pas expérimenté par lui-même, rapporte d’après E. de Flacourt (Hist.de Madagascar) :« Il y a une autre » espèce d’insecte que. l’on nomme Vancoho, c’est une araignée » qui a un gros ventre rond et noir, qui est la plus dangereuse » bète qu’il y ait; car quand elle a piqué un homme, il tombe » aussitôt en syncope; elle est pire que le Scorpion. » M. Vinson ajoute : « pour combattre ces phénomènes, qui, suivant eux , pro- » duisent la mort, les indigènes prescrivent des infusions de » plantes du pays et exposent le malade à un grand feu , etc., etc. »

Ces récits surprennent beaucoup quand on étudie le Latrodectus en naturaliste et l’on a peine à comprendre que des médecins sérieux aient pu écrire des volumes entiers sur des faits dont la plus simple expérience démontre la fausseté.

Boccone, Mitseo di fisica, p. 107 (1697).

Luigi Toti, Attidell. Acad . di Sicna y t. VII, p. 146.

Marmocci, ÂUi Acad . di Sicna, t. VIII.

Cauro, Exposition des moyens curatifs de la morsure du Th. Malinignalus. (thèse) 1865.

Graëlls, Ann. Soc. Ent . Fr., t. XI, p. 206 (1854).

Raikem, Ann. des sc. nat., 2 e série, t. XI (1859).

Ozanam, Etude sur le venin des Arachnides. Paris, 1866.

Nunez , Etude niédic. sur le venin de la Tarentule (trad. Parry), p. 140, 1866,

Ayant habité la Corse pendant plus d’un an (1869-1870), j’ai manié presque chaque jour des Latrodectes et j’ai remarqué que cette araignée ne cherche jamais à mordre comme le ferait une Epéire diadème ou une Tégénaire de nos maisons ( ! ).

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