ACTE PREMIER
La veille du printemps, sous la roseur mouillée du matin, un verger, qui va fleurir, frissonne au bord de l'eau, au bord de la Marne, ou du Lignon, ou du Cephise.
CHŒUR DES OISEAUX
« Fragiles mortels, race misérable de qui
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la vie est faite d'ombre vaine, écoutez! Nous, immortels, aériens, jeunes sans terme, sans trêve adonnés aux pensées éternelles, nous vous instruirons de toutes les choses célestes ! » Ainsi disaient, en meilleur langage, les antiques oiseaux de la Hellade; ainsi nous disons encore, en cette matinée bleue et rose d'avant Tavril. Et nous sommes ce qu'il y a de plus beau et de plus savant, puisque nous sommes l'aile et le rythme! Mais cessez de roucouler, ramiers, de gazouiller, fauveltes, de garruler, geais et pies, et de friseler, hirondelles! car voici des amoureux qui viennent de ce côté, et le silence est une espèce de mousse qu'il faut étendre devantceux qui parlent bas.
MAUTYL
Micheline!
miciiklim; Quoi donc ?
MYRTIL
Votre main, de grâce !
MICHELINE
Allons, Myrtil, voici ma main.
MYRTIL
Micheline !
MICHELINE
Quoi donc?
MYRTIL
Votre cœur, s'il vous plaîl !
MICHELINE
Voici mon cœur, Myrtil.
MYRTIL
Micheline !
MICHELINE
Quoi donc?
MYRTIL
Vos lèvres, par pitié !
MICHELINE
Ah ! mais non, ah! mais non. J'ai pu vous donner maniaiu, parce que cela n'engage pas
LA FLKLR Di: l'OMMlLU Kï LA POMME 145
àgraiicrchose ; et j'ai pu vous donner mon cœur, car c'est une figure de rhétorique qui n'engage à rien, mais pour ce qui est de mes l«>vres, dont je gage que vous feriez, jointes aux vôtres, un baiser, n'espérez point que jamais...
MYRTIL
Tigrosse...
MICHELINE
... Je vous l'accorde !...
MYRTIL
... Hyrcanienne !
MICUELINE
A moins que...
M Y UTIL
A moins que?...
MICHELINE
Tenez, parmi les branches de ce verge sans verdure encore, regardez, voyez-vous, là-haut, à la cime de la plus haute ramille,
cette petite fleur de pommier, si pâle, et rose ?
MYRTIL
Oui ! un peu de neige qui rougirait de n'avoir pas fondu encore, ou une églantine qui pâlirait d'avoir osé éclore...
MICHELINE
Cueillez et donnez-moi cette fleurette, Myrtil, et recevez en échange ma bouche plus rose et mes dents plus blanches.
MYRTIL
Micheline !
MICHELINE
La fleur!
MYRTIL
Oh ! Micheline! Micheline! demandez-moi tous les galions sombres dans toutesles baies : j'irai, vêtu d'un scaphandre, les chercher, les trouver pour vous, pour vous seule ! Exigez que je vous apporte dans un coffret creusé en un seul rubis les cinq perles dont se faisait,