I. \ FLrUIl Di: POMMIKU ET LA POMMK
au front, une otoile la Colombe au bec de fer; exigez que j'écriye des poèmes épiques plus beaux que ceux de la Légende des siècles ; exigez que je vous assure deux cent vingt mille francs de rente sur l'Etat ou que, six mois durant, je vous apporte un bouquet de violettes de deux sous (ce qui est bien plus difficile !), tout ce que vous ordonnerez sera, sans nul retard, réalisé, si votre bouche en est le prix ! Mais, cette fleur, cette petite fleur, si frêle, si grêle, la première du verger, la première du printemps, ne la demandez pas, ne m'obligez pas à la cueillir, à la tuer; il faut qu'elle s'ouvre tout à fait au vrai printemps, qu'elle soit tout à fait blanche et rose, qu'elle connaisse le soleil et la brise et les abeilles rôdeuses, qu'elle s'achève en fruit vert, en fruit mur! Permettez que s'épanouisse toute sa destinée.
MICHELINE
La fleur!
MYRTIL
Non....
MICHELINE
La fleur I
MYRTIL
Je ne puis...
MICHELINE
Adieu donc, monsieur !
MYRTIL
Restez !
MICHELINE
Adieu, vous dis-je, et ne vous avisez pas de me suivre!
MYRTIL
Hélas!
MICHELINE
Traderidera !
MYRTIL
Nymphe ! Déesse ! Muse ! Charité ! Amaryllis ! Gypris ! Erato ! Eupliosiae ! ne m'abandonne point !
Flûte !
LE CHŒUR DES OISEAUX
En vérilé, nous, immortels, aériens, jeunes sans terme, sans trêve adonnés aux pensées éternelles, nous ne vîmes jamais un tel exemple de pitié parmi la race misérable des mortels de qui la vie est faite d'ombre vaine. Il est très admirable que ce jeune homme, appelé Myrtil, ait sacrifié sa joie au salut d'une petite fleur. Mais certainement, — car le destin est juste ! — il sera récompensé de sa noble miséricorde. Tout bienfait est une fleur aussi qui fructifie en équitable salaire ! En attendant, pour célébrer la noble action dont vous fuies témoins, roucoulez, ramiers, gazouillez, fauvettes, garrulez, geais et pies, et frisselez, hirondelles ! Mais toi, Rossignol, qui t'exiles en la solitude sauvage des bois, Rossignol mélancolique et violent, oiseau fauve, oiseau doux et terrible, loin-
lain chanteur carnassier, petit lion ailé au rugissant ramage, que penses-tu de Myrtil, qui épargna la fleur du pommier ?
LE ROSSIGNOL
Je pense que ce jeune homme est un imbécile.
Fi7i du p7'emi€}' acte.