SAMUEL
Eh! pourquoi prendre garde à la laideur, à la souffrance, même sacrée ? Ce qu'il y a de vraiment beau, de vraiment auguste, ce qu'il y a de vraiment vrai, c'est l'Or que Ton entasse, et qu'on palpe. Il est plus beau que toutes les gloires, et plus beau que toutes les amours, et il l'emporte sur la misère
même, el sur la religion, puisqu'il peut soulager l'une, et construire des temples à l'autre. L'Or, eu qui, virtuellement, tout réside, puisqu'il peut tout conque'rir ou délivrer de tout, je l'ai vu, et le vois tous les jours, dans mes coffres pleins, dans mes liasses de lettres de change, bientôt payées en monnaies retentissantes, sur mes navires qui, à travers le flot et le vent, dociles serviteurs de l'Or, m'apportent mes cargaisons. A qui donc appartiendrait le prix qui nous fut promis cette année, sinon à moi, qui ai vu l'Or?
LE PRÉSmENT
Chers et éminents collègues, à présent que, disant ce que vous avez vu, vous avez parlé, l'un après l'autre, selon le hasard des noms tirés au sort, je demeure fort perplexe. Le prix, ce télescope grâce auquel sera visible la Vérité éternelle, l'unique Vérité, à qui le décerner? Celui-ci a vu le lointain de la chimère terrestre, celui-là l'intimité du bonheur
tainilial ; ù l'un se manifesta la gloire guerrière, à un autre, après la triomphale poésie, la douceur des baisers ingénus ; et un autre i constaté l'elïroi désespéré de la misère, et un autre le martyre, déjà recompensé, de la toi, et enfui un autre s'est ébloui des magnilicences et des utilités de la richesse. Que si l'un d'entre vous avait surpris rassemblement • les choses que vous avez une à une surprises et relatées, le choix n'offrirait aucune difficulté. Maisleplusperspicace n'a vu qu'un point de l'universelle vie... Et véritablement j'hésite... Cependant, ayant prismatête entre mes mains et longuement réfléchi, il me semble que M. Samuel, banquier...