LE VOYAGE DU C03IPAGN0N
Une main se tend vers lui, une main d'homme, qui ne tremble pas. « Qu'est-ce qu'il y a dans la main ? — Mon amitié, que je te donne ! et j'y ai mis ma fraternelle misère, pour que, mêlée à la tienne, elle soit une plus juste force ! — Viens avec moi, camarade ! »
Le Compagnon, sur le chemin, passe en criant ! Il a vieilli encore, sur le chemin. « Ça, vous tous, prenez garde ! J'ai le cœur terrible, avec le bras violent. Qui veut que j'incendie sa ferme et que je force sa fille, de l'autre côté du chemin ? »
Une main se tend vers lui, une main lourde, vite refermée comme deux mâchoires d'étau. « Qu'est-ce qu'il y a dans votre main? — L'exil, la prison, le bagne, Téchafaud I et j'y ai mis le besoin d'être tranquille, le besoin féroce d'être tranquille, (jui est le
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droit delà sociélé. — Soit! puisque je ne puis pas tYtrangler, jo te suis, gendarme ! »
Le Compagnon, sur le chemin, passe en mourant... Oh! qu'il est vieux, sur le chemin. « Ça, ça, je ne suis plus dangereux. J'ai le cœur horriblement triste, avec des bras vaincus. Maintenant, je m'en irai si Ton me chasse, et je n'aurai môme pas de révolte si l'on me refuse le quignon de paia noir, et le gîte dans la grange, de l'autre côté du chemin ! »
Une main se tend vers lui, une main longue et sèche, avec des cliquetis d'osselets. " Qu'est-ce qu'il y a dans votre main? — La fin des souffrances, le sommeil, la paix ! et, quoique je sois la Mort, je n'ai pas pu y mettre Tespérance, car il n'y a plus d'espérance ; mais on dort bien. — Allons, emmène-moi, la vieille ! »