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louis, leiiez, tenez, voici. » El, le marché conclu, racheteur prend le sac, où sont les morceaux de mouton et de bœuf, et tend ses poings pour recevoir les deux oiseaux. Quelque émotion, parmi les gens qui s'éloignent; s'agite autour de lui. Sans doute, il a compté sur cet etlet ; et il s'enorgueillit. « Bon, bon, (;a me connaît. Les aigles, ce n'est pas plus difficile à élever que les serins. Qu'ils aient à manger, c'est tout ce qu'ils demandent. » On l'admire. 11 est content. Il est venu à pied, il s'en retournera de môme, avec les deux aigles. C'est quelqu'un qui a l'air d'un brave garçon, et d'un sot. Il a de bonnes joues grasses et de trop grands yeux bleus qui rient fixement. Ce doit être le bellâtre de quelque chef-lieu des environs. A coup sur, ce n'est pas lui qui aurait peur de ces deux bêtes-là î II a une volière à Tarbesil les mettra dans sa volière. S'ils mangent les autres oiseaux, eh bien ! où sera le mal?
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Même ce sera drôle. Il ne faut pas se faire une trop grande idée des aigles ; la seule différence, c'est qu'on leur donne du mou de veau au lieu de millet. Et, l'un des derniers parmi ceux qui s'en vont, il commence à descendre la pente de la montagne en riant, les deux pattes de chaque aiglon à chacun de ses poings clos.
Je l'ai regardé, pendant qu'il achetait les aigles, et pendant qu'il les mettait à ses poings. Il s'en va, fier d'avoir été admiré, le petit sac de viande pendu au côté, élevant en l'air, pour qu'on voie bien qu'ils sont à lui, les deux aiglons.
Il doit être fort embarrassé de son emplette. Qu'en fera-t-il ?
Les chevaux, les voitures, puis le^ ânes le devancent. Il est presque seul sur le chemin.
Mais je le suis.
Je le suis, curieux de savoir ce qu'il fera
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de ses aigles. Derrière lui, caclu' par les broussailles de la roule, je le suis. Il descend, ilcontinueàdescendre. L'undesdeuxoiscaux, celui du poing droit, s'agilo ; Tacheteur d'aigles fouille, difficuUueuscment, du bout de ses doigts embarrassés, dans le petit sac penda à son colo, et en lire de la viande ; l'aiglon mange la viande. L'oiseau du poing gaucbe s'agile à son tour ; l'acheteur d'aigles fouille encore dans le sac, et, de morceaux de viande, apaise l'autre aigle. Mais, évidemment — clerc de notaire, ou fils de famille négociante, venu pour passer quelques jours dans un lieu célèbre de villégiature, — il commence à s'ennuyer, à présent que tout l'effet en a été produit, de sa double acquisition. Il se détourne, il regarde autour de lui. Plus personne, — hors moi, qu'il ne peut voir. Il lève ses deux bras en l'air, et les secoue; les aiglons en un essai d'envolée s'éloigneront et il n'en entendra
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plus parler. A cause des mouvements saccadés et répétés de ses bras, il perd l'équilibre. La route est caillouteuse, il tombe. Mais, du moins, il est délivré des deux gênantes bêtes. Point du tout. N'ayant que vingt jours de nid, elles n'ont pas pris leur vol, elles n'ont pas pu prendre leur vol. Elles restent sur lui tombé, palpitantes, cherchant les viandes du sac, et mordant, ne les trouvant point, sa propre chair à travers les étoffes de Fhabit. Il veut se relever, il se remue, il se retourne; les deux petits aiglons lui mangent l'épaule, les bras et les reins ; ils n'ont pas assez de force pour prendre leur essor, mais ils ont assez d'instinct déjà pour happer de la chair offerte. L'homme crie, éperdu, enfin-, de terreur ! Tout proche, je ne m'en émeus pas. Et voici que, du fond de l'horizon, se précipitent deux formes noires, palpitantes, et pareilles à quatre ailes d'aigles, — c'est peut-être le père et la mère, un ins-
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tant redescendus des Forces, des Vertus, et des Amours, pour défendre leurs petits ? Oh! le pauvre homme, mangé d'aiglons sur le chemin, et que vont peut-ôlre dépouiller do sa chair les formidables survenants... Je suis tout près de lui. Je n'aurais qu'à agiter mon bâton pour écarter les oisillons féroces et la ruée des grands oiseaux... mais je laisse s'accomplir ce qui adviendra, je ne veux pas sauver l'infàmc acheteur d'aigles.