‹ Arcanes célestes de l'Écriture sainte ou parole du Seigneur, dévoilés ainsi que les merveilles qui ont été vues dans le monde des esprits et dans le ciel des anges ouvrage d'Emmanuel Swédenborg ... Genèse, chapitres 13.17 (volume 3)Chapitre 17 sur 18 · DU JUGEMENT DERNIER · texte numérisé non relu

DU JUGEMENT DERNIER

2117. Peu d'hommes savent aujourd'hui ce que c'est que le Juge ment Dernier; on pense qu'il viendra avec la destruction du Monde; de là les conjectures que le globe terrestre périra par le feu , et que toutes les choses qui sont dans le Monde visible périront en même temps ; que ce sera seulement alors que les morts ressusciteront et se présenteront pour être jugés : qu'alors les méchants doivent être précipités dans l'enfer et que les bons doivent monter dans le Ciel : on tire ces conjectures des Livres Prophétiques de la Parole , où il est fait mention d'un Nouveau Ciel et d'une Nouvelle Terre, et aussi d'une Nouvelle Jérusalem, dans l'ignorance où l'on est, que les Livres Prophétiques de la Parole signifient, dans le sens interne, absolument autre chose que ce qu'ils présentent dans le sens de la lettre , et que par le Ciel on n'entend pas le ciel visible , ni par la Terre, la terre, mais qu'on entend l'Eglise du Seigneur dans le commun, et chez chacun dans le particulier.

2118. Par le Jugement Dernier on entend le dernier temps de l'Eglise, et aussi le dernier moment de la vie de chaque homme : Quant à ce qui concerne le Dernier temps de l'Eglise, le Jugement Dernier de la Très-Ancienne Eglise, qui existait avant le déluge, arriva quand fut détruite la postérité de ceux qui l'avaient composée, cette destruction est décrite par le déluge. Le Jugement Dernier de l'Ancienne Eglise, qui existait après le déluge, arriva quand presque tous ceux qui avaient été de cette Eglise furent devenus idolâtres, et furent dispersés. Le Jugement Dernier de l'Eglise Représentative, qui fut ensuite instituée chez les descendants de Jacob, arriva quand les Dix Tribus furent emmenées en captivité et dispersées parmi les nations , et quand ensuite les Juifs, après l'avènement du Seigneur, furent chassés de la terre de Canaan et dispersés sur toute la surface du globe. Le Jugement Dernier de l'Eglise actuelle, qu'on nomme Eglise Chrétienne, est ce qu'on entend dans l'Apocalypse de Jean par le Nouveau Ciel et la Nouvelle Terre.

2119. Que le Dernier moment de la vie de chaque homme quand il meurt , soit pour lui le Jugement Dernier, c'est ce que n'ignorent pas quelques hommes , mais toutefois il en est peu qui le croient, lorsque cependant c'est une vérité constante que chaque homme, après la mort, ressuscite dans l'autre vie , et comparaît publiquement pour le Jugement : mais ce Jugement, voici en quoi il consiste: aussitôt que les corporels de l'homme sont froids, ce qui arrive après quelques jours , l'homme est ressuscité par le Seigneur au moyen du ministère des Anges Célestes qui d'abord sont chez lui ; mais quand il est tel qu'il ne peut être avec ces Anges, il est accueilli par les Anges Spirituels, et successivement ensuite par les Bons Esprits; car tous ceux qui viennent dans l'autre vie, quels qu'ils soient, sont des hôtes nouveaux reçus et accueillis avec plaisir : mais comme les désirs de chaque homme le suivent , celui qui a eu une vie mauvaise ne peut demeurer longtemps chez les Anges, ni chez les bons Esprits, mais successivement il se sépare lui-même d'avec eux, et cela , jusqu'à ce qu'il soit arrivé vers des Esprits d'une vie semblable et conforme à celle qu'il a eue dans le monde; alors il lui semble être dans la vie de son corps, il y a môme en lui la continuation de la vie ; par cette vie commence son Jugement, ceux qui ont eu une vie mauvaise, descendent, après quelque temps, dans l'Enfer ; ceux qui

en ont eu une bonne, le Seigneur les élève par degrés dans le Ciel : tel est le Jugement Dernier de chacun ; j'en ai parlé d'après l'expérience dans la Première Partie.

2120. Ce que le Seigneur a dit sur les derniers temps, en annonçant qu'alors la Mer et les Flots retentiraient, que le Soleil serait obscurci, que la Lune ne donnerait plus sa lumière, que les Etoiles tomberaient du Ciel, qu'on s'élèverait Nation contre nation, et Royaume contre royaume, et plusieurs autres choses, — Mattb. XXIV, 7, 29; Luc. XXI, 25, — tout cela, tant en général qu'en particulier, signifie l'état de l'Eglise tel qu'il doit être quand son Jugement Dernier se fera ; et par la Mer et les Flots qui retentiront, il n'est signifié autre chose que les hérésies et les controverses qui, dans le commun au-dedans de l'Eglise et dans le particulier chez chacun, feront un bruit pareil; par le Soleil, on n'entend autre chose que l'amour dans le Seigneur et la charité envers le prochain : par la Lune , on entend la foi ; et par les Etoiles les connaissances de la foi, toutes choses qui , aux derniers temps seront ainsi obscurcies, ne donneront plus de lumière et tomberont du Ciel, c'est-àdire s'évanouiront; les mêmes choses ont aussi été dites par le Seigneur dans Esaîe. — XIII. 107, — puis par Nation contre nation et Royaume contre royaume, on n'entend autre chose que maux contre maux et faux contre faux, et ainsi du reste. Si le Seigneur s'est exprimé de cette manière, ce fut par* plusieurs motifs cachés. Je sais pour certain que les Mers, le Soleil, la Lune, les Etoiles, les Nations et les Royaumes ont de telles significations ; et dans la Première Partie, cela a été expliqué.

2121. Que le Jugement Dernier soit près d'arriver, c'est ce qu'on ne peut pas voir sur la terre, au-dedans de l'Eglise, aussi bien que dans l'autre vie , où toutes les âmes viennent et affluent ensemble ; ce Monde des Esprits est aujourd'hui rempli de mauvais génies et de mauvais esprits , qui viennent surtout de la Chrétienté , et il ne règne entre eux que haines, vengeances, cruautés, obscénités et machinations perfides; et non -seulement le Monde des Esprits, où affluent d'abord lésâmes récemment sorties du inonde, se trouve dans cet état, mais il en est de môme de la sphère intérieure de ce inonde , où sont ceux qui ♦ quant aux intentions et aux fins, ont été intérieurement méchants; cette sphère ail-

jourd'hui est de même tellement remplie que je suis étonné qu'une si grande multitude ait jamais pu y exister; en effet tous les esprits ne sont pas en un moment jetés dans les Enfers, parce qu'il est conforme aux lois de l'ordre que chacun revienne dans une vie telle que cellequ'il aeue dans le corps , et que de là il soit par degrés porté dans l'enfer ; le Seigneur ne jette personne en enfer , mais chacun s'y précipite soi-même; de là ces Mondes des esprits se trouvent excessivement remplis par une foule de tels esprits qui y arrivent sans cesse et y demeurent pendant un temps plus ou moins long; c'est par ces mauvais esprits que les âmes qui viennent du monde sont horriblement infestés ; et en outre, les esprits qui sont chez l'homme (car chaque homme est gouverné par le Seigneur au moyen du ministère des Esprits et des Anges), sont aujourd'hui plus qu'auparavant excités à introduire dans l'homme des méchancetés, et même à un tel point, que les Anges qui sont chez l'homme peuvent à peine l'en détourner, et sont forcés d'influer de plus loin dans l'homme. D'après ce qui vient d'être dit, on peut voir clairement, dans l'autre vie, que le dernier temps est proche.

2122. Quant à ce qui concerne plus spécialement les Ames récemment arrivées du monde , celles qui viennent de la Chrétienté, n'ont à peine d'autres pensées ni d'autres projets que d'être les plus grands, et de tout posséder, tant tous ces esprits sont remplis de l'amour de soi et de l'amour dfl monde, amours qui sont entièrement opposés à l'ordre céleste, N° 2057, en outre la plupart ne s'occupent que de pensées sales, obscènes et profanes, et ne parlent pas d'autres choses entre eux ; ils regardent comme rien et méprisent souverainement toutes les choses qui appartiennent à la charité et à la foi ; ils ne reconnaissent pas le Seigneur, et ont même de la haine pour tous ceux qui Le confessent; car dans l'autre vie les pensées et les cœurs parlent ; et de plus, les maux héréditaires, par la vie dissolue des parents, acquièrent davantage de malignité, semblables à des incendies cachés et couvés intérieuremeni, ils excitent plus qu'auparavant l'homme à se porter à des actions plus profanes contre l'honnêteté et la piété; de tels hommes arrivent, aujourd'hui en foule dans l'autre vie, et remplissent, comme il a été dit, la sphère extérieure et la sphère intérieure du monde des esprits : Quand le mal eoinmence ainsi à prévaloir et que l'équilibre eommeucc à pen-

cher du côté du mal, on perçoit alors clairement que le dernier temps est proche, et que l'équilibre va bientôt se rétablir par l'expulsion de ceux qui sont au-dedans de l'Eglise, et par la réception de ceux qui sont au-dehors de l'Eglise.

2123. Que le dernier temps approche, on en a encore une preuve dans l'autre vie, en ce que tout bien qui influe du Seigneur par le Ciel dans le Monde des esprits, y est à l'instant changé en mal, en obscénité et en profanation, et que tout vrai y est à l'instant changé en faux; ainsi, l'amour mutuel en haine, la sincérité en fourberie, et ainsi du reste ; c'est au point que les esprits n'y peuvent plus percevoir aucun bien ni aucun vrai : pareille chose retombe sur l'homme que gouvernent des esprits avec lesquels ceux qui sont là ont communication : une longue expérience me l'a très bien fait connaître, et si je l'exposais toute entière, je remplirais un grand nombre de pages ; il m'a été donné fort souvent d'apercevoir et d'entendre le bien et le vrai qui viennent du Ciel, et comment ils sont changés en mal et en faux, et enfin jusqu'à quel point et en quelle qualité se fait le changement

2124. Il m'a été dit que le Bien volontaire, qui était chez les hommes de la Très-Ancienne Église, a été entièrement perdu dans les antédiluviens; et qu'aujourd'hui chez les hommes de l'Église Chrétienne le Bien intellectuel commence à périr, à un tel point que ce qui en reste est en très petite quantité ; cela vient de ce qu'ils ne croient rien que ce qu'ils saisissent par les sens, et qu'aujourd'hui , non-seulement ils raisonnent d'après les sens sur les arcanes Divins, mais aussi au moyen d'une Philosophie inconnue aux anciens; c'est par ces raisonnements que la lumière intellectuelle est entièrement plongée dans les ténèbres; ces ténèbres deviennent telles, qu'elles peuvent à peine être dissipées.

2125. J'ai été mis h portée de voir par des représentations quels sont les hommes de l'Église Chrétienne d'aujourd'hui : Il nf apparaisse t dans une nuée épaisse des Esprits si noirs que j'en avais horreur; ensuite il en apparaissait d'autres qui n'étaient pas aussi horribles : et il m'était signifié que j'allais voir quelque chose : D'abord, je vis des enfants peignés par leurs mères d'une manière si cruelle, que le sang ruisselait; par là il m'était représenté que telle est aujourd'hui l'éducation des enfants. Ensuite apparut un Arbre, et il ne

semblait, par la perception, que c'était l'arbre de la science; sur cet arbre je vis 6'élancer une grande Vipère, d'un aspect à saisir d'horreur ; elle paraissait s'étendre selon la longueur du tronc : l'arbre et la vipère s'étant dissipés, il apparut un Chien ; et alors s'ouvrit la porte d'une chambre, éclairée par une lueur jaunâtre comme celle des charbons, et là étaient deux femmes ; je perçus que c'était une cuisine; mais ce que j'y vis, il ne m'est pas permis de le rapporter: il me fut dit que l'Arbre, sur lequel s'élançait la vipère, représentait l'état des hommes de l'Église, tels qu'ils sont aujourd'hui ; qu'à la place de l'amour et de la charité, il y a en eux des haines mortelles, enveloppées même de feintes d'honnêteté et de fourberies, et aussi des pensées abominables sur les choses qui concernent la foi ; les choses que j'ai vues dans la cuisine représentaient ces haines et ces pensées, telles qu'elles étaient réellement.

2126. Enfin il m'a aussi été représenté comment aujourd'hui ceux qui sont au-dedans de l'Église agissent contre l'Innocence même : un bel et innocent Enfant apparut; sitôt qu'il fut vu, les liens externes, par lesquels les mauvais génies et les mauvais esprits sont retenus de leurs desseins criminels, furent un peu relâchés ; alors ils se mirent à traiter horriblement l'Enfant, à le fouler aux pieds, et à vouloir le tuer, l'un d'une manière, l'autre d'une autre ; car l'Innocence est représentée, dans l'autre vie, par des Enfants : je fis alors observer que des choses semblables ne se montrent pas chez eux dans la vie de leur corps ; mais il me fut répondu que tels sont leurs intérieurs, et que s'ils n'en étaient empêchés par les Lois civiles et par d'autres liens externes, qui sont la crainte de perdre profit, honneur, réputation et la vie, ils se précipiteraient ainsi avec fureur contre tous les Innocents : ces esprits, en entendant cette réponse, la tournèrent même en dérision. Ainsi, d'après ce qui vient d'être dit, on peut voir quels sont aujourd'hui les hommes au-dedans de l'Église, et que les derniers temps approchent

2127. Dans l'autre vie, il apparaît quelquefois comme une sorte de Jugement Dernier devant les méchants, quand leurs sociétés sont dissoutes ; et devant les bons, quand ils sont introduits dans le Ciel, il m'est permis de rapporter, sur les uns et sur les autres, ce que j'en sais par expérience.

g 2128. L'idée du Jugement Dernier devant les méchants, que j'ai

vue deux ou trois fois, était telle que je vais le rapporter : Des Esprits, qui étaient autour de moi, s'étaient conjoints en sociétés pernicieuses, au point qu'ils prévalaient et ne se laissaient plus gouverner par la loi de l'équilibre selon l'ordre, et qui plus est, attaquaient avec insolence les autres sociétés, et commençaient par une force devenue supérieure à leur causer du dommage ; alors une cohorte assez nombreuse d'Esprits apparut, venant de la région antérieure, un peu sur la droite par en haut ; à son arrivée, j'entendis un tumulte semblable au bruit des flots et à celui d'un ouragan ; sitôt que j'eus entendu ce tumulte, il y eut parmi les Esprits une consternation mêlée de terreur, et par suite confusion ; et alors ceux qui étaient dans ces sociétés se dispersaient, les uns d'un côté les autres d'un autre, en sorte qu'ils se détachaient du bien mutuel, et qu'un associé ne savait plus où était son associé; pendant que durait cette confusion, il semblait à ces Esprits que c'était le Jugement Dernier avec la destruction de toutes choses ; les uns se lamentaient, les autres saisis de terreur étaient comme n'ayant plus de cœur, en un mot, un danger comme celui du Dernier moment pour chacun d'eux les occupait tous ; le bruit de la cohorte qui était venue de la région antérieure avait été entendu par eux de diverses manières, par les uns comme le bruit de cavaliers armés, par d'autres autrement, selon l'état de leur crainte et de la phantaisie qui en provenait ; quant à moi, il me parut comme un murmure continu , avec ondulation cadencée, et même comme le murmure de plusieurs ensemble : je fus instruit par ceux qui étaient près de moi, que de telles cohortes viennent de cette région, quand des sociétés ont été si mal composées, comme il a été dit, et que ces cohortes savent les dissoudre et séparer l'un d'avec l'autre, et en même temps leur imprimer de la terreur, au point qu'ils ne pensent qu'à fuir; et que par de telles disjonctions et de telles dispositions tous ensuite sont replacés dans l'ordre par le Seigneur ; je fus aussi instruit que c'est là ce qui est signifié dans la Parole par le Vent Oriental.

2129. Il y a encore d'autres genres de tumultes ou plutôt de conflits, qui présentent ici l'idée du Jugement Dernier, et par lesquels les Sociétés mal conjointes quant aux intérieurs sont dissoutes; voici ce qu'il m'est permis de rapporter sur ces genres de conflits : de tels Esprits sont réduits dans cet état, qu'ils ne pensent plus en société

ou en commun, comme c'est l'ordinaire, mais chacun pense pour soi : les pensées ainsi variées et les paroles murmurées de diverses manières font entendre un bruit, comme celui d'une grande quantité d'eau, et il existe entre elles un conflit, qui ne peut être décrit, provenant de la confusion des opinions sur des Vérités certaines, qui alors sont les objets des pensées et des discours, conflit qui est tel qu'il peut être appelé chaos spirituel : le Son des murmures se choquant et se confondant était triple; l'un influait autour de la tête, et il me fut dit que c'était le choc des pensées; un autre influait vers la tempe gauche, il me fut dit que c'était le choc des raisonnements sur certaines vérités auxquelles ils ne voulaient pas avoir foi ; le troisième influait d'en haut vers la droite, il était perçant et non aussi confus, ce son perçant se faisait entendre en avant et en arrière; il me fut dit que cela provenait de ce qu'ils combattaient les vérités, qui étaient ainsi tournées en divers sens par les raisonnements : pendant que ces conflits duraient, il y avait toujours des Esprits qui s'entretenaient avec moi et m'expliquaient ce que chaque chose signifiait, leurs paroles pénétrant distinctement jusqu'à mon oreille à travers ces sons. Les objets de leurs raisonnements étaient principalement ceux-ci : si l'on doit entendre, selon la lettre, que les douze Apôtres seraient assis sur douze trônes et jugeraient les douze tribus d'Israël; si dans le Ciel seront admis d'autres que ceux qui ont souffert des persécutions et des misères : chacun raisonnait selon la phantaisie qu'il s'était formée dans la vie du corps; mais quelques-uns d'eux, qui furent replacés dans la communion et dans l'ordre, ont ensuite été instruits que ces passages devaient être entendus tout autrement, savoir, que par les Apôtres on ne doit pas entendre les apôtres ; ni par les Trônes, des trônes; ni par les Tribus, des tribus; ni même par Douze, un nombre de douze ; mais que par les Apôtres, les Trônes et les Tribus, ainsi que par Douze, sont signifiées les choses principales de la foi, N° 2089, et que c'est d'après ces choses et selon ces choses que se fait le jugement sur chaque homme; et en outre il leur fut montré que les Apôtres n'avaient pas même le pouvoir de juger un seul homme, mais que tout Jugement appartient au Seigneur seul. Et quant au second objet du conflit, ils furent instruits qu'on ne doit pas entendre qu'il n'y aura d'admis dans le Ciel que ceux qui ont souffert des persécutions et des misères, mais que les

riches peuvent y venir aussi bien que les pauvres, et ceux qui sont constitués en dignités aussi bien que ceux qui sont dans une condition basse; que le Seigneur étend sa miséricorde sur tous, particulièrement sur ceux qui ont été dans des misères spirituelles et dans les tentations, qui sont les persécutions par les maux ; par conséquent sur ceux qui se reconnaissent misérables par eux-mêmes et croient que c'est par la seule Miséricorde du Seigneur qu'ils sont sauvés.

2130. Quant à ce qui regarde le second point, savoir, l'idée du Jugement Dernier devant les bons, quand ils sont introduits dans le Ciel, il m'est permis de rapporter comment cela a lieu : Dans la Parole, il est dit que la porte est fermée, de sorte qu'on ne peut plus être introduit; que l'huile a manqué, qu'on est venu trop tard, et que c'est pour cela qu'on n'a pas été admis, passages qui signifient aussi l'état du Jugement Dernier; il m'a été montré comment ces choses se passent et comment on doit comprendre ces passages. J'ai entendu des Sociétés d'esprits, l'une après l'autre, dire d'une voix distincte que le Loup avait voulu les emporter, mais que le Seigneur les en avait délivrés, et que par là ils avaient été rendus au Seigneur, ce dont ils se réjouissaient du fond du cœur; en effet, ils avaient été dans le désespoir, par conséquent dans la crainte que la porte ne fût fermée, et d'être venus trop tard pour pouvoir être introduits, une telle pensée leur avait été infusée par ceux qu'ils appellent les loups; mais elle se dissipa par cela même qu'ils furent introduits, c'est-à-dire, reçus par des Sociétés Angéliques, l'introduction dans le Ciel n'est pas autre chose ; j'ai vu cette introduction comme faite et continuée par Sociétés jusqu'à douze, et que la douzième était introduite, c'est-à-dire, reçue avec plus de difficulté que les onze précédentes ; ensuite furent aussi admises huit quasi-sociétés, il me fut annoncé que celles-ci étaient du sexe féminin : après que j'eus vu cela, il me fut dit que ce procédé d'admission, c'est-à-dire, de réception dans les Sociétés célestes apparaît ainsi, et cela continuellement, par ordre d'un lieu dans un autre lieu ; que le Ciel pendant toute l'éternité n'est jamais rempli ; qu'à plus forte raison la porte n'est jamais fermée ; mais que plus il y vient d'esprits, et plus la béatitude et la félicité s'accroissent pour ceux qui sont dans le Ciel, parce que l'unanimité en devient plus forte. Après que ces esprits.

eurent été introduits, il semblait que le Ciel était fermé, car il y en avait plusieurs autres qui ensuite voulaient aussi être introduits, c'est-à-dire, être reçus; mais ils reçurent pour réponse qu'ils ne le pouvaient pas encore ; c'est là ce qui est signifié par venir trop tard, la porte est fermée, frapper à la porte, manquer d'huile dans sa lampe ; si ces derniers ne furent point admis, c'était parce qu'ils n'avaient pas encore été préparés pour pouvoir faire partie des Sociétés Angéliques , où règne l'amour mutuel ; car. ainsi qu'il a été dit, N° 2119 f. , ceux qui, dans le monde, ont vécu dans la charité envers le prochain, sont par degrés élevés dans le Ciel par le Seigneur. Il y avait aussi d'autres Esprits qui ignoraient ce que c'est que le Ciel, ne sachant pas que c'est l'amour mutuel, et qui même alors voulaient être introduits, croyant qu'une simple introduction suffit ; mais ils reçurent pour réponse qu'il n'était pas encore temps pour eux, et que ce serait pour un autre temps, lorsqu'ils auraient été préparés: si douze sociétés ont apparu, c'était parce que Douze signifie toutes les choses qui appartiennent à la foi, comme il a été dit ci-dessus, N' 2129 f.

2131. Ceux qui sont introduits sont reçus par les Sociétés Angéliques avec une charité intime et avec la joie qu'elle produit, et on leur donne toute marque d'amour et d'amitié; mais quand il ne leur plaît pas de rester dans les Sociétés où ils viennent d'abord, ils sont reçus par d'autres Sociétés, et cela successivement, jusqu'à .ce qu'ils parviennent à la Société avec laquelle la vie de l'amour mutuel qui est en eux se trouve en accord ; et ils y demeurent jusqu'à ce qu'ils deviennent plus parfaits, et de là ils sont alors élevés et exaltés dans une félicité plus grande; cela est opéré par la Miséricorde du Seigneur, selon la vie de l'amour et de la charité qu'ils ont reçue dans le Monde : mais la translation d'une société dans une autre ne se fait jamais par une expulsion de la part de la société où ils sont, mais elle a lieu par une sorte de volontaire qui est chez eux, selon un désir qui leur est insinué par le Seigneur; et comme c'est d'après leurs désirs, tout cela se fait librement.

2132. Quant à ce qui est dit, dans la Parole, qu'il y en eut aussi un qui entra sans être revêtu de la robe nuptiale, — Matth. XXII, 11 , 1 2, 13, — et qu'il fut rejeté; il m'a aussi été montré comment cela a lieu : Il y en a qui, dans la vie de leur corps, contractent une telle

fourberie, qu'ils peuvent simuler les anges de lumière; et alors quand , dans l'autre vie, ils sont dans cet état hypocrite, ils peuvent aussi s'insinuer dans les sociétés célestes les plus proches; mais ils n'y restent pas longtemps, car lorsqu'ils y perçoivent la sphère de l'amour mutuel, ils sont aussitôt saisis de crainte et d'horreur, et ils se précipitent eux-mêmes hors de ces sociétés ; et alors, dans le monde des esprits, il semble qu'ils ont été précipités, les uns vers l'étang, les autres vers la géhenne, et d'autres vers quelqu'autre enfer.

2133. Deux ou trois fois, par la Divine Miséricorde du Seigneur, le Ciel m'a été ouvert jusqu'à ce point que j'ai entendu la Glorification commune du Seigneur; elle consistait en ce que plusieurs sociétés glorifiaient le Seigneur ensemble et unanimement, mais néanmoins chaque société par elle-même Le glorifiait par des affections distinctes et par les idées qui procédaient de ces affections; c'était une voix céleste qui se faisait entendre dans un espace tellement immense en longueur et en largeur, que l'ouïe se perdait sans fin, comme la vue quand on contemple l'univers ; et cela était accompagné d'une joie intime et d'une félicité intime. J'ai aussi perçu quelquefois la Glorification du Seigneur comme une radiation pénétrant dans les intérieurs du mental et les affectant Cette Glorification a lieu quand

■ les Anges sont dans l'état de tranquillité et de paix, car alors elle émane de leurs joies intimes et des félicités elles-mêmes.

2134. A la fin du Chapitre suivant, par la Divine Miséricorde du Seigneur, il sera parlé de Vêlai des Enfants dans l'autre vie.

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