CONTINUATION
0E LA LUMIÈRE DANS LAQUELLE VIVENT LES ANGES; DE LEURS JARDINS PARADISIAQUES ET DE LEURS HABITATIONS.
1619. Quand s'ouvre pour l'homme la vue intérieure, qui est la vue de fon esprif , alors lui apparaissent les choses qui sont dans l'autre vie, et qui ne peuvent nullement se présenter à la vue du corps, Les visions des Prophètes n'ont pas été autre chose. Dans le Ciel, comme je l'ai dit, il y a de continuels représentatifs du
Seigneur et de son Royaume, et il y a des significatifs; il y en a même tellement qu'à la vue des Anges il n'existe rien qui ne soit représentatif et significatif. De là les représentatifs et les significatifs dans la Parole , car la Parole procède du Seigneur par le % Ciel.
1620. Les choses qui, dans le monde des esprits et dans le Ciel, se présentent à la vue, sont en plus grand nombre qu'on ne peut l'énoncer ; comme il s'agit ici de la Lumière , je vais parler de celles qui viennent immédiatement de la Lumière , comme les Atmo- . sphères, les Jardins Paradisiaques, les Irides (arcs-en-ciel), les Palais et les Habitations ; là, toutes ces choses sont, à la vue externe des Esprits et des Anges, tellement lumineuses et vives, et sont à la fois tellement perçues par tous les sens, qu'ils disent que
ce sont là les choses réelles, tandis que par comparaison celles qui sont dans le monde ne sont pas réelles.
1621. Quant a ce concerne les Atmosphères qui, parce qu'elles procèdent de la lumière appartiennent à cette lumière, et dans lesquelles vivent les bienheureux, elles sont en nombre indéfini, et tellement belles et ravissantes qu'elles ne peuvent être décrites. Il y a des Atmosphères diamantées dont les plus petites parties brillent toutes comme de petites sphères de diamant ; il y a des Atmosphères. semblables au brillant de toutes les-pierres précieuses ; il y a des Atmosphères comme de perles dont (es centres sont transparens , et les rayons qu'elles lancent sont des couleurs les plus pures; il y a des Atmosphères qui jettent des flammes comme des flammes d'or et des flammes d'argent, même comme des flammes d'un or et d'un argent ayant l'éclat du diamant; il y a des Atmosphères de fleurs de couleurs diverses, dont les formes sont très-petites et imperceptibles; ce sont celles-là qui remplissent avec une variété indéfinie le Ciel des enfans; bien plus, il existe aussi des Atmosphères comme de groupes d'enfans folâtres , dont les formes excessivement petites ne sont pas perceptibles à la vue, mais le sont seulement à l'idée intime ; c'est par elles que les enfans conçoivent l'idée qu'autour d'eux tout est vivant et qu ils sont dans la vie du Seigneur, vie qui affecte de félicité leurs intimes : il y a encore plusieurs autres Atmosphères, car les variétés sont innombrables et même ineffables.
1622. Quant à ce qui concerne les Jardins Paradisiaques, ils frappent d'étonneraent; il se présente aux regards des Jardins Paradisiaques d'une étendue immense, composés d'arbres de tout genre, d'une si grande beauté et d'un tel charme, qu'ils surpassent toute idée de la pensée; et les formes se manifestent si vivement à la vue externe des esprits, que non-seulement ils voient, mais qu'ils perçoivent même chaque objet bien plus vivement que la vue de l'œil ne saisit des objets semblables sur la terre. Pour que je n'eusse à cet égard aucun doute, j'y fus aussi conduit; c'est dans la région antérieure , un peu plus haut que l'angle de l'œil droit ; là sont ceux qui vivent de la vie paradisiaque, et j'ai vu : tout en général, ainsi que chaque chose en particulier, s'y présente comme dans son plus beau printemps et dans sa fleur, avec une magnificence et une variété admirables; tout en général, ainsi que chaque chose en particulier, tire sa vie des représentatifs; car il n'y a rien qui ne représente et ne signifie quelque céleste et quelque spirituel ; ainsi, tout affecte non- seulement la vue par le charme, mais encore le meutal par la félicité. Quelques âmes récemment arrivées du monde , doutant , d'après les principes qu'elles avaient adoptés pendant leur vie, que de semblables choses pussent exister dans l'autre vie , où il n'y a ni bois ni pierre, furent transportées dans ces jardins ; et de là s'entretenant avec moi , elles me disaient, dans l'étonnement dont elles étaient saisies, que ce qu'elles voyaient était ineffable et qu'elles ne pourraient jamais le représenter par quelque idée ; que chaque objet répandait avec éclat des charmes et des félicités, et cela avec des variétés qui se succédaient. Les ômes qui sont introduites dans le ciel sont le plus souvent transportées avant tout dans ces Jardins Paradisiaques. Toutefois les Anges regardent ces objets avec d'autres yeux ; ce ne sont pas ces paradis qui font leurs délices, mais ce sont les représentatifs et par conséquent les célestes et les spirituels d'après lesquels ils existent. C'est d'après ces célestes et ces spirituels que la Très- Ancienne Eglise a eu ses Jardins Paradisiaques.
1623. Quant à ce qui concerne les Iridés (arcs-en-ciel) , il y a pour ainsi dire un ciel iridé, où toute l'atmosphère apparaît comme une continuité de très-petits arcs-en-ciel ; là sont ceux qui appartiennent à la province de l'œil intérieur, à droite en avant un peu
plus haut. Toute l'atmosphère ou Taure (atmosphère du troisième degré) y consiste en de tels éclats, rayonnant ainsi comme dans chacune de ses origines. A l'entour est la forme d'un très-grand Arc-en-ciel , d'où résulte une très-belle ceinture , composée de semblables arcs plus petits, qui sont de très-belles images du plus grand : chaque couleur consiste ainsi en d'innombrables rayons, de sorte que des myriades constituent un seul commun perceptible , qui est comme une modification des origines de la lumière par les célestes et les spirituels, lesquels produisent et en même temps présentent à la vue une idée représentative. Les variétés et les variations des Arcs-en-ciel sont indéfinies; il m'a été donné d'en voir quelques-unes ; et pour qu'on puisse avoir quelque idée de quelle variété ils sont et qu'on voie de combien de rayons innombrables se compose un seul rayon visible, je me contenterai seulement d'en décrire un ou deux.
1624. Il me fut montré une forme plus grande d'Arc-en-ciel , afin que par IÀ je pusse savoir ce qu'ils sont dans leurs formes les plus petites. C'était une lumière d'un blanc très-éclatent, entourée d une sorte de circonférence, au centre de laquelle était quelque chose d'obscur comme de la terre , enveloppé de quelque chose de très-lumineux qui était varié et entrecoupé par un autre lumineux avec de petits points d'un jaune éclatant comme de petites étoiles ; outre des bigarrures introduites par des Heurs de diverses couleurs qui entraient dans le très-lumineux, et dont les couleurs provenaient non d'un lumineux blanc, mais d'un lumineux enflammé; et toutes ces choses étaient représentatives des célestes et des spirituels. Dans l'autre vie, toutes les couleurs visibles représentent le céleste et le spirituel; les coulours produites par le lumineux enflammé représentent les choses qui appartiennent à l'amour et à l'affection du bien ; et les couleurs produites par le lumineux blanc, celles qui appartiennent à la foi et à l'affection du vrai; c'est de ces origines que viennent toutes les couleurs dans l'autre vie, et c'est pour cela qu'elles brillent d'un tel éclat que les couleurs du monde ne peuvent entrer en comparaison avec elles. Il y existe aussi des couleurs qui n'ont jamais été vues dans le monde.
1625. Il m'apparut aussi une forme d'arc-en-ciel, au milieu duquel il y avait du vert de couleur d'herbe; et je perçus comme
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si «n soleil que je ne voyais pas était à mon côté, éclairant cette représentation et répandant une lumière d'un blanc si éclatant quelle ne peut être décrite : il y avait à sa circonférence des variations de couleurs très-gracieuses dans un plan de lumière perlée. D'après ces représentations et d autre* encore, j'ai pu voir quelles sont les formes des arcs en-ciel dans leurs moindres parties, et qu'il existe des variations indéfinies ; et cela, selon la charité et la foi de celui auquel elles sont représentées , et qui est comme un Arc-en-ciel pour ceux à la vue desquels il se montre dans son éclat et dans sa gloire.
1626. Outre ces Objets Paradisiaques, il s'offre aussi à la vue des Villes avec des palais magnifiques, à la suite les uns des autres, d'une grande richesse de couleurs et d une construction au dessus de tout l'art de l'architecture ; cela n'est pas étonnant ; des villes semblables furent aussi montrées à des Prophètes, quand leur vue intérieure était ouverle, et ils les virent même si manifestement, qu'on ne voit pas mieux dans le monde; c'est ainsi que Jean vit la Nouvelle Jérusalem, dont il donne aussi la description en ces termes : « Il me transporta en esprit sur une grande et haute mon- # tagne , et il me montra la grande Ville, la Sainte Jérusalem; )> elle avait une grande et haute muraille ayant douze portes. La » structure de sa muraille était de Jaspe , et la Ville (était) d'or » pur semblable à un verre pur ; et les fondemens de la muraille » (étaient] ornés de toutes (sortes de) pierres précieuses; le premier » fondement (était) un Jaspe, le second un Saphir, le troisième une » Chalcédoine, le quatrième une Emeraude, le cinquième un Sar- » donix, le sixième une Sardoine, le septième un Chrysolithe, le » huitième un Béril , le neuvième une Topaze , le dixième une » Chrysoprase, le onzième une Uyacinthe, le douzième une Ame- » thyste, » — Apoc, XXI. 10, 12, 18, 19, 20. — Je ne parle pas de ce que rapportent les Prophètes. Les Anges et les Esprits angéliques voient d innombrables objets semblables dans un jour clair, et ce qui est surprenant, ils les perçoivent par tous les sens; c'est ce que ne peut nullement croire quiconque a éteint les idées spirituelles par les termes et les définitions de la philosophie humaine et par des argumentations , quoique ces choses soient cependant
très-vraies; on aurait pu concevoir qu'elles sont vraies, en ce qu'elles ont été vues tant de fois par des Saints.
1627. Outre les villes et les palais, il m'a aussi été donné quelquefois d'en voir les ornemens , par exemple , ce qui concerne les Escaliers et les Portes, et de voir ces ornemens se mouvoir comme s'ils étaient vivans et varier avec une beauté et une symétrie toujours nouvelles ; et j'ai été informé que ces variations pouvaient se succéder ainsi continuellement, même pendant l'éternité, et toujours avec une harmonie nouvelle , le changement successif formant luimême aussi une harmonie. Il m'a été dit en outre que ce n'étaient là que les moindres merveilles.
1628. Tous les Anges ont leurs Habitations, où ils résident; elles sont magnifiques; j'y suis entré, je les ai souvent vues et admirées, et je m'y suis entretenu avec eux; elles sont si apparentes et si visibles qu'il ne peut rien exister de plus apparent ni de plus visible ; comparées à ces habitations, celles de la terre sont à peine quelque chose ; ils appellent aussi mortes et non réelles les choses qui sont sur la terre, tandis qu'ils nomment vivantes et véritables celles qu'ils ont, parce qu'elles procèdent du Seigneur. Leurs Constructions, d'une variété indéfinie, sont telles que l'art même de l'Architecture en dérive; ils me disaient qu'ils ne voudraient pas changer leur habitation pour tous les palais qui sont sur toute la surface du globe ; que ce qui est pierre, mortier et bois est mort pour eux, tandis que ce qui vient du Seigneur, de la vie , même et de la lumière même, est vivant, et d'autant plus vivant pour eux qu'ils en jouissent par tous leurs sens. En effet, les choses qui sont là , sont entièrement adéquates aux sens des esprits et des anges; car celles qui sont dans la lumière du monde solaire, les esprits n'en peuvent rien apercevoir avec leur vue : au contraire, ce qui est de pierre et de bois est adéquate aux sens des hommes qui sont dans le corps ; les choses spirituelles correspondent aux Spirituels, et les choses corporelles aux Corporels.
1629. Les Habitations des bons esprits et des esprits angéliques ont communément des portiques ou de longs péristyles en arcades, quelquefois doubles, où sont des galeries, dont les murailles sont formées avec beaucoup de variété, et sont même décorées de fleurs
et de guirlandes de fleurs merveilleusement entrelacées, outre plusieurs autres ornemens qui varient et se succèdent, comme je l'ai dit : ils les voient tantôt dans une lumière brillante , tantôt dans une lumière moins brillante, et toujours avec un plaisir intérieur. Leurs demeures se changent aussi en de plus belles selon que les esprits se perfectionnent : quant il se fait un changement, il apparaît quelque chose représentant une fenêtre sur le côté ; cela s'élargit et devient plus obscur à l'intérieur, et I on découvre comme une portion de ciel avec des étoiles et une sorte de nuage ; c'est là un indice que leurs habitations se changent en habitations plus agréables.
1630. Les esprits sont extrêmement indignés de ce que les hommes n'ont aucune idée exacte sur la vie des Esprits et des Anges, et de ce qu'ils pensent qu'ils sont dans un état obscur qui ne pourrait être que fort triste, et comme dans le vide et le néant, tandis qu'ils sont cependant dans la plus grande lumière, et dans la jouissance de tous les biens quant à tous les sens et môme quant à leur perception intime. Il y avait aussi des Ames qui étaient récemment venues du monde, et qui pensaient , d'après les principes qu'elles y avaient puisés, que de telles choses n'existaient pas dans l'autre vie; c'est pourquoi elles furent introduites dans les habitations des Anges; elles s'entretinrent avec eux et virent ces choses; lorsqu'elles furent revenues, elles dirent qu'elles avaient perçu que cela était ainsi ; que ces choses étaient réelles ; que dans la vie du corps elles ne l'avaient nullement cru, ni pu le croire, et qu'il est impossible que ces choses ne soient point du nombre des merveilles qu'on ne croit pas, parce qu'on ne les saisit pas; mais que 1 expérience appartenant au sens, mais au sens intérieur , — et cela s'adresse à elles, — elles ne devraient par conséquent jamais douter d'une chose parce qu'elles ne la saisissent point; car si l'on ne croyait que ce que Ton saisit, on ne croirait rien de ce qui appartient à la nature intérieure , ni rien à plus forte raison de ce qui appartient à la vie éternelle. De là vient la folie de notre siècle.
1631. Ceux qui, dans la vie du corps, ont été riches et ont habité dans de magnifiques palais, plaçant leur ciel dans de telles demeures, et qui sans conscience et sans charité, ont sous difl'érens prétextes dépouillé les autres de leurs biens, ceux-là, quand ils
viennent dans l'autre vie, sont d'abord, comme je l'ai déjà dit, introduits absolument dans leur même vie qu'ils ont eue dans le monde ; alors il leur est aussi accordé quelquefois d'habiter, comme dans le Monde, dans des palais; car tous sont d'abord reçus dans l'autre vie comme des hôtes et des nouveaux venus auxquels des Anges dirigés par le Seigneur rendent de bons offices et font du bien, tant que leurs intérieurs et les fins de leur vie n'ont pas encore été mis à découvert. Mais la scène change: peu à peu les palais se dissipent et deviennent des maisonnettes, puis des demeures de plus en plus viles, et enfin s'anéantissent. Alors ces esprits errent de tous côtés, comme des gens qui demandent l'aumône; ils cherchent à se faire recevoir chez d'autres; mais comme leur caractère est connu , ils sont chassés des sociétés ; enfin ils deviennent excrémentitiels, et exhalent une sphère de puanteur de dents.
1632. J'ai eu avec les Anges une conversation au sujet des représentatifs : je leur disais que sur la terre, dans le Règne Végétal, il rr'y a rien qui ne représente en quelque manière le Royaume du Seigneur; ils me répondirent que toutes les choses magnifiques et ravissantes qui sont dans le règne végétal tirent leur origine du Seigneur par le Ciel; que de telles choses s'établissent en actualité quand les célestes et les spirituels du Seigneur influent dans la nature, et que c'est de là que provient l'âme ou la vie végétative : c'est de là que ces choses sont des représentatifs. Comme cette vérité est ignorée dans le monde , elle est appelée arcane céleste.
1G33. J'ai été aussi pleinement informé de la qualité de l'influx dans les vies des animaux, qui toutes sont dissipées après leur mort. Par la Divine Miséricorde du Seigneur, je parlerai de ce sujet dans la suite.