CHAPITRE QUINZIÈME
De l'Ecriture-Sainte ou de la Parole; de cm qu'elle renferme des choses Divines qui se manifestent devant les dons Esprits et les Anges.
1767. Quand la Parole du Seigneur est lue par un homme qui aime la Parole et qui vit dans la charité, môme par un homme qui croit d'un cœur simple ce qui est écrit, et ne s'est point formé de principes contre le vrai de la foi que renferme le sens interne, elle est manifestée par le Seigneur devant les Anges dans une telle beauté et dans un tel charme — môme avec des représentatifs, et cela avec une inexprimable variété selon chaque état dans lequel ils sont alors, ~~que chaque particularité y est perçue comme ayant la vie ; et cette vie est celle qui est dans la Parole et de laquelle
à tst née la Parole lorsqu'elle fut envoyée du Ciel ; c'est pour cela que la Parole du Seigneur est telle que, bien qu'elle se montre simple dans la lettre, elle renferme cependant intérieurement des choses célestes et spirituelles, qui se manifestent devant les bons esprits et devant les Anges, quand elle est lue par l'homme.
1768. Il m'a été donné d'entendre et de voir que la Parole du Seigneur se manifeste ainsi devant les bons Esprits et devant les An^es : c'est pourquoi il m'est permis d'en rapporter les expériences mêmes.
1769. Un esprit vint vers moi, peu de temps après sa sortie du corps, ce que je pus conclure de ce qu'il ignorait encore qu'il était
dans l'autre vie, croyant vivre dans le monde. Je perçus qu'il avait été adonné aux lettres, et je m'entretins avec lui sur ce sujet; mais il fut alors enlevé subitement en haut , ce qui me surprit : je présumais qu'il était de ceux qui ont aspiré aux choses élevées, car ceux-là sont ordinairement portés en haut ; ou qu'il avait placé le Ciel dans une région très-élevée , ceux-ci ayant pareillement coutume d'être enlevés en haut, afin que par là ils sachent que le Ciel est dans l'interne et non pas dans le haut; mais je m'aperçus bientôt qu'il avait été enlevé vers les Esprits Angéliques qui sont en avant un peu vers la droite à la première entrée du CieJ ; de là il s'entretint ensuite avec moi, me disant qu'il voyait des choses trop sublimes pour qu'elles pussent jamais être saisies par des mentais humains. Tandis que cela avait lieu, je lisais le Chapitre 1 du Deutéronome , où il s'agit du peuple Juif et des hommes qui furent envoyés pour explorer la terre de Canaan et ce qu'elle contenait; pendant que je le lisais, il me dit qu'il n'apercevait rien de ce qui est dans le sens de la lettre, mais qu'il percevait les choses qui sont dans le sens spirituel, et que c'étaient des merveilles qu'il lui serait impossible de décrire : cela se passait à la première entrée du Ciel des Esprits Angéliques ; que doit-ce donc être dans ce Ciel même? que doit-ce donc être dans le Ciel Angélique? Alors quelques Esprits, qui élaient chez moi et qui antérieurement avaient été incrédules au sujet de ces qualités de la Parole du Seigneur, commencèrent à se repentir de n'avoir pas cru ; ils me disaient, dans cet état, qu'ils croyaient que cela était ainsi, puisqu'ils avaient entendu cet esprit dire qu'il entendait, voyait et percevait. Mais d'autres esprits persistaient encore dans leur incrédulité, et disaient que cela n'était pas ainsi, mais que c'étaient des phantaisies; c'est pourquoi ils furent aussi tout à coup enlevés, et conversant de là avec moi, ils avouèrent que ce n'était rien moins qu'une phautaisie, parce qu'ils percevaient réellement que cela était ainsi, et que la perception était même plus exquise que jamais il n'est possible à aucun sens de l avoir dans la vie du corps. Ensuite d'autres esprits furent aussi enlevés dans le même ciel, et parmi eux il y en avait un que j'avais connu dans la vie du corps; il attesta la même chose, ajoutant même, entre autres particularités, que, dans l'étonnement où il se trouvait, il lui était impossible de décrire la gloire
de la Parole dans son sens interne ; alors s'exprimant avec un sentiment de commisération : Qu'il est étonnant, disait-il, que les hommes ne sachent rien de ces merveilles! Il me dit en outre que de là il pouvait considérer à fond mes pensées et mes affections, dans lesquelles il percevait plus de choses qu'il ne lui était possible de le dire, telles que les causes, les influx," d'où, ils procédaient et de qui ils me venaient, comment mes idées avaient été mêlées avec des idées terrestres, et qu'il fallait absolument qu'elles en fussent séparées; sans parler de plusieurs autres choses.
1770. Par deux fois, j'en vis ensuite d'autres enlevés dans le second Ciel parmi les Esprits Angéliques ; et de là ils s'entretinrent avec moi, tandis que je lisais le Chapitre III du Deutéronome depuis le commencement jusqu'à la fin ; ils me dirent qu'ils étaient seulement dans le sens intérieur de la Parole, assurant alors qu'il n'y avait pas même un accent dans lequel ne fût un sens spirituel s'unissant admirablement 'bien avec le reste, et que les Noms signifient les choses; ils furent aussi confirmés de cette manière, parce qu'auparavant ils n'avaient pas cru que tout en général et en particulier dans la Parole eût été inspiré pas le Seigneur ; ils voulaient même confirmer la chose par serment devant les autres, mais cela ne leur fut pas permis.
1771 . Quelques Esprits ne croyaient pas non plus que la Parole du Seigneur renfermât de telles beautés dans son sein ou intérieurement en elle ; car les Esprits dans l'autre vie ont la même incrédulité qu'ils ont eue dans la vie du corps, et cette incrédulité ne se dissipe que par des moyens pourvus par le Seigneur et par de vives expériences ; lors donc que je lisais quelques Psaumes de David , leur intuition intérieure ou leur mental s'ouvrait; — ceux-ci ne furent pas enlevés parmi les Esprits Angéliques ; — ils percevaient alors dans ces Psaumes les intérieurs de la Parole, et saisis d'admiration ils disaient qu'ils n'auraient jamais cru de telles merveilles. Cette Parole fut alors entendue par plusieurs autres esprits, mais qui la saisissaient tous diversement : chez les uns, elle remplissait les idées de leur pensée de beaucoup de charmes et de plaisirs, par conséquent d'une certaine vie, selon la capacité de chacun, et en même temps d'une efficacité qui pénétrait jusqu'à leurs intimes ; chez d'autres ces plaisirs et ces charmes pro-
duisaient tant d'effet, qu'il leur semblait s'élever vers les intérieurs du Ciel et de plus près en plus près vers le Seigneur, selon les degrés auxquels les affectaient les vrais et les biens joints aux vrais. Cette Parole fut aussi dans le môme temps présentée à quelques autres, qui n^e saisissaient rien de son sens interne, ils entendaient seulement le sens externe ou littéral, et la lettre leur semblait privée de vie. Par là on pouvait voir quelle est la Parole quand le Seigneur la viviGe, en ce qu'elle a l'efficacité de pénétrer jusqu'aux intimes, et quelle elle est quand le Seigneur ne la vivifie point, en ce qu'elle est alors une simple lettre, qui renferme à peine quelque vie.
1772. Il m'a aussi été accordé, parla Divine Miséricorde du Seigneur, de voir pareillement la Parole du Seigneur dans sa beauté dans le sens interne; et cela bien des fois : ce n'était pas comme lorsque chaque mot est expliqué quant au sens interne, mais tout en général et en particulier Se développait en une seule série; c'est en Cela qu'on peut dire que parle Paradis Terrestre on voit le Paradis Céleste.
1773. Les Esprits qui, dans la vie du corps, ont mis leurs délices et leur plaisir dans la Parole du Seigneur, jouissent dans l'autre vie d'une Chaleur, sorte dé plaisir céleste, qu'il m'a aussi été donné de sentir. La Chaleur de ceux qui avaient éprouvé un peu de plaisir à lire la Parole me fut communiquée ; c'était comme une chaleur de printemps, commençant par la région des lèvres, se répandant sur le contour des joues et de là jusqu'aux oreilles, et montant aussi jusqu'aux yeux, puis descendant vers la moyenne régioirde la poitrine. La chaleur de ceux qui avaient éprouvé encore plus de plaisir dans la Parole du Seigneur, et dans ses intérieurs que le Seigneur avait Lui-Mème enseignés, m'ayant été aussi communiquée, était intérieure, commençant parla poitrine, en montant de là vers le menton, et descendant vers les lombes. La chaleur de ceux qui avaient été affectés d'un plaisir encore plus grand était intérieurement encore plus délicieuse et ressemblait davantage à celle du printemps; elle montait des lombes vers la poitrine, et de là elle descendait par le bras gauche jusqu'aux mains : ce sont les Anges qui m'instruisaient que la chose se passe ainsi, et que leur approche procure de telles chaleurs, quoique eux-
mêmes ne les sentent pas, parce qu'ils sont en elles ; de même que les enfants dn premier et du second Age et les adolescents ont coutume de ne pas sentir leur chaleur, qui est plus grande que celle des adultes et des vieillard?, parce qu'ils sont en elle. J'ai aussi senti la Chaleur de ceux qui, à la vérité, on placé leur plaisir dans la Parole, mais qui ne se sont pas mis en peine de la comprendre ; cette chaleur était seulement dans le bras droit. Quant à ce qui concerne la Chaleur, les mauvais esprits peuvent même par leurs artifices produire une chaleur qui simule le plaisir, et la communiquer aux autres; mais ce n'est qu'une chaleur externe qui n'a pas son origine dans les internes; c'est cette chaleur qui putréfie et réduit en matières excrémentielles, comme fait la chaleur des adultères et de ceux qui se sont plongés dans de sales voluptés.
1774. Il y a des esprits qui ne veulent rien écouter au sujet des intérieurs de la Parole, et qui même bien qu'ils puissent comprendre, ne le veulent cependant pas î ce sont surtout ceux qui ont placé le mérite dans les œuvres, et qui par cette roison ont pratiqué le bien par l'amour d'eux-mêmes et du monde, ou pour être élevés aux dignités, ou acquérir des richesses, et la réputation qu'elles procurent, et non par conséquent pour le Royaume du Seigneur. De tels esprits dans l'autre vie veulent entrer, de préférence aux autres, dans le Ciel, mais ils restent hors du Ciel ; car ils ne veulent pas être imbus des connaissances du vrai, ni par conséquent être affectés du bien, interprétant le sens de la Parole d'après la lettre selon leurs phantaisies, et tirant de ce sens tout ce qui peut favoriser leurs cupidités : ces esprits étaient représentés par une Vieille, d'une figure repoussante, mais néanmoins d'une pâleur de neige, chargée d'ajustements sans goût qui la rendaient encore plus difforme : ceux, au contraire, qui admettent et aiment les intérieurs de la Parole, étaient représentés par une jeune fille dans son premier âge virginal, ou dans là fleur de la jeunesse, décemment vêtue, et ornée de guirlandes et de parures célestes.
1775. Je me suis entretenn avec quelques esprits au sujet de la Parole, sur ce qu'il avait été nécessaire qu'il y eût, par la Divine Providence du Seigneur, une Révélation quelconque ; car la
Révélation ou la Parole est le vase commun qui reçoit les spirituels et les Célestes, et qui conjoint par conséquent le ciel et la terre; autrement le ciel et la terre eussent été disjoints, et le genre humain eût péri ; en outre, il fallait bien qu'il y eût quelque part les vérités célestes dont l'homme doit s'instruire, puisqu'il est né pour les choses célestes, et qu'il doit venir après la vie du corps parmi les esprits célestes ; car les vérités de la foi sont les lois de l'ordre dans le Royaume où il doit vivre pour l'éternité.
1776. Ce qui suit peut sembler paradoxal, mais n'en est pas moins très-vrai : Les Anges comprennent mieux et plus pleinement le sens interne de la Parole, quand ce sont de jeunes enfants de l'un et de l'autre sexe qui la lisent, que quand ce sont des adultes qui ne sont point dans la foi de la charité. On m'en a donné la raison; c'est que les jeunes enfants de l'un comme de l'autre sexe sout dans l'état de l'amour mutuel et de l'innocence; par conséquent leurs vases très-tendres, étant presque célestes et seulement des facultés de recevoir, peuvent être de cette manière disposés par le Seigneur, quoique cela ne parvienne point à leur perception, si ce n'est par un certain plaisir conforme à leurs caractères. Les Anges m'ont dit que la Parole du Seigneur est une lettre morte, mais que le Seigneur la vivifie dans celui qui la lit, selon la faculté de chacun, et qu'elle devient vivante, selon sa vie de charité et son état d'innocence; et cela, avec une incalculable variété.
1777. La continuation se trouve à la fin de ce chapitre.