Archéologie américaine. Déchiffrement des écritures calculiformes ou mayas; le bas-relief de la croix de Palenqué et le manuscrit troano
On sait quel service éminent rendit à la science historique le déchilTremenE des systèmes graphiques de l'ancienne Egypte, dû à l'initiative de l'illustre ChampoUion et du savant anglais Young. A une époque plus récente, il en fut de même pour celui des écritures cunéiformes de la Perse, de la Chaldée et de l'Assyrie, dont nous sommes redevables aux Niebukr, Grotefmd, Eawtinsson, et surtout J. Cpperl. Par ce moyen, il nous était donné de pénétrer, pour ainsi dire, dans les sanctuaires les plus mystérieux du monde antique, de reconstituer les annales des premières nations civdisées, d'après les monuments indigènes et contemporains et non plus d'après les documents parfois erronés que nous avaient transmis les historiens grecs. Nul doute que l'interprétation des inscriptions dont sont couverts les monuments des peuples Américains et la lecture de ceux de leurs manuscrits qui nous ont été conservés, ne conduise à des résultats extrêmement importants au point de vue de la connaissance de l'histoire, des mœurs, de la religion des antiques races du Nouveau-Monde. Malheureusement, l'étude de cette branche de la paléographie n'en est encore qu'à ses
^ débuts, et il s'écoulera plusieurs années encore, sans doute,
^^1 avant que l'on ne puisse lire un texte du codex de Dresde ou du
^ bas-relief de la croix de Palengué, aussi aisément par exemple
1^ que l'on déchiffre une page du livre des morts de l'Egypte ou
^ des fastes Sargonides. '
' L'extrait du Livre des morts a été pabtié par M. l'abbé Vandri- Çi^ val dans Annales, t. iv, p. 177 (5^ série), et les Annales sargonides
ç~j ont élé publiées par M. Oppert dans Annales, I. vi, p. 43 et 182
(5* série).
2 PAIÊOGRAPBIE AMÉRICAINE.
Bien des raisons, d'ailleurs, expliquent la cause de ce long et regrettable retard, d'abord l'espèce de dédain dont les études américaines ont été l'objet ; en second lieu, l'absence d'une clef qui pût rendre aux déchiffreurs le même service qu'avaient rendu aux égyptologues le monument bilingue de Rosette et aux sémilisants, les inscriptions Irilingues de Pers^olis ; enfin, la témérité, le défaut de critique des premiers savants qui s'occupèrent de la lecture des écritures calculiformes.
En effet, la publication faite par le savant et regretté abbé Brasseur de Bourbourg, du précieux ouvrage de Landa, ' nous faisait connaître des éléments ou plutôt quelques-uns des éléments de l'ancienne écriture Yucatèqm. Il nous donnait la liste des hiéroglyphes désignant chez les Mayas les 18 mois de l'année et de 20 jours du mois ', plus une vingtaine de signes, soit alphabétiques, soit syllabiques. Néanmoins, ce secours n'était point suffisant pour nous permettre d'aborder sûrement l'étude de textes suivis. D'une part, le nombre des signes graphiques chez les Mayas semble avoir été fort considérable, comme il l'était dans les systèmesd'écritures égyptiens et cunéiformes. Ce n'est pas la valeur d'une soixantaine de signes seulement, mais celle de plusieurs centaines de caractères qu'il eût fallu posséder. En outre, l'écriture calculiforme n'était pas restée partout ni en tout temps absolument identique à eileméme. La civilisation des peuples de l'Amérique centrale avait fourni une assez longue carrière et vécu bien des siècles. Plus d'une fois, sans doute, la forme des caractères avait pu et dû subir, au moins, certaines modifications de détail. Et, sans sortir de notre Europe, ne reconnatt-on pas du premier coup, à certaines variations dans la physionomie de chaque lettre, un
' Relation des choses du Ywcalan de Diego de LANDA; texte espagnol et traduction française en regard, comprenant les signes du calendrier et de l'alphabet hiérogljphiijue de la laïque Maya, accompagné de documents divers historiques el chronologiques, avec une Grammaire et un Vocabulaire abrégés Maya-Franoaia ; précédé d'un essai sur les sources de l'histoire primitive du Mexique, de l'Amérique centrale, etc., d'après les monuments égyptiens et l'histoire primitive de l'^ypte, d après les monuments américains, in-4, 1874. Paris. Maisonneuve.
' Ce sont ces signes que H. de Rosny a publiés dans le cahier d'avril ci-dessuB, p. 233.
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DÉCHIFFREMENT DE L'ÉCRITCRE HAïA. 3
manuscrit du temps de Charlemagne d'un autre plus jeune de trois k quatre siècles? Si ces différences suffisent parfois pour causer de l'embarras à un paléographe exercé, que sera-ce, lorsqu'il s'agit de monuments rédigés dans une langue étrangère et dont tous les mots, sans doute, ne nous ont pas été conservés dans les vocabulaires aujourd'hui k notre disposition ?
N'oublions pas, en outre, que jamais, on du moins, aussi haut que remonte la période historique, les peuples qui se servaient de l'écriture calculiforme^ , tout en parlant la même langue, ne paraissent pas avoir vécu sous un régime d'unité politique. Chacun d'eux restait indépendant des tribus voisines, avait ses princes, ses dynasties, sa métropole particulière. Ainsi nous avons vu longtemps la Grèce antique morcelée en une foule de petits états que ne réunissait même point un simple lien fédératif.
Il est tout naturel de penser que cette division politique devait avoir son contre-coup dans le développement de la civilisation de chaque peuplade Yucatèque, et par suite dans la fixation de son système d'écriture. No se passe-t-il pas aujourd'hui encore, sous nos yeux, quelque chose de fort analogue. A coup sûr, la pohiique, certaines considérations de patriotisme local ne sont pas étrangères au maintien de l'écriture golhiqne en Allemagne. Malgré les efforts d'un grand nombre d'écrivains éclairés, les Allemands se sont toujours refusé à revenir à l'emploi des caractères romains dont se servent la plupart des nations voisines, et ils persistent à faire usage de formes graphiques presque entièrement calquées sur celles des manuscrits dn Hoyen-Age.
Ce qui est certain, c'est que le système d'écriture en vigueur à Pdenqué n'était pas absolument le môme que celui des habitants de Copan, bien qu'il lui ressemblât beaucoup. De même, certaines différences graphiques, dont quelques-unes assez importantes, peuvent être signalées entre le codex TVoono' et celui de Paris.
' En forme de cailloux. Cette déDomination d'une josteEse fort contestable désigne l'écriture des peuples du Yucatan.
' Manuscrit Troano ; Eludes sur le système graphique et la langue des Mayas, 2 vol, in-4. Paris, 1860-70. Maisonneuve. Prix, 10 fr.
4 PALÉOGRAPHIE AHÉRIUINE.
En outre, il semble s'être produit pour VécntnrecalcuHforme quelque chose de fort analogue à ce qui se produisit pour celle de l'Egypte. Les hiéroglyphes, en raison même de leur caractère décoratif, réalisaient, pour ainsi dire, le type de l'écriture monumentale. Aussi restèrent-ils toujours en usage, aussi bien à Palmqué que sur les bords du Nil, pour les iuscriptions gravées sur pierre- En revanche, ils étaient d'un emploi fort peu commode pour les usages de la vie courante, aussi les rédacteurs de manuscrits cherchèrent-ils bientôt à la simplifier, et de l'écriture hiéroglyphique des premiers âges, vit-on de bonne heure sortir le système dit hiéraligue.
Quant à l'existence au Yucatan, d'un système analogue au démolique de la vallée du Nil, elle ne nous semble pas clairement établie. Il faut tenir compte de l'inégalité du développement de la civilisation dans chacun de ces deux pays. En Egypte, la connaissance de l'écriture semble être devenue populaire dès les plus anciens temps. L'on a retrouvé dans l'intérieur de la grande pyramide des inscriptions à Yencre rouge qui sans doute furent tracées par les constructeurs, et encore même chez les sujets des Pharaons, le système démotique ne tait-il ([u'une apparition assez tardive. Au contraire, chez les Yucatèques, comme nous l'apprend Landa, il n'y avait guère que les prêtres et les chefs qui sussent hreetécrire, et sans doute, par suite, ils ne recouraient guère à l'art graphique considéré comme sacré, que pour la rédaction d'ouvrages religieux ou tout au plus de calendriers. On ne voit pas trop, dans un tel milieu social, quel rôle aurait pu être dévolu à l'écriture démolique. En tout cas, si elle existait au Yvcalan, elle devait à peine différer du hiératique employé dans les manuscrits.
On voit assez contre quelles difficultés aura à lutter celui qui veut entreprendre le déchiffrement des calcuUformes. Aussi, faut-il reconnaître que le regrettable abbé Brasseur de Bour~ bourg, malgré son immense érudition, n'a pas été très-heureux dans ses tentatives. Le seul point sur lequel il semble être arrivé à un résultat satisfaisant, c'est celui de la détermination des signes numériques.
Le m^me ouvrage, comprenant lout l'ouvrage avec la Grammaire, la Chreslomachie et le Vocabulaire Maya-Francais et Espagnol, sans ' ' '"d. Prix, 40fr.
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