‹ Archéologie américaine: Déchiffrement des écritures calculiformes ou mayas; le bas-relief de laChapitre 1 sur 4 · ALENÇON · texte numérisé non relu

ALENÇON

e;. de broise, imprimeur^ & lithogf^aphe

Place (l'Armes , 5

5a ^^osr-^^'o.S'

Harvard CoUega Llbrary OIft of ^ Archlbaid Cary Coolldge

and

Claranoe Léonard Hay

April 7, 1&09.

ÉTIES DE ÎOMim UÉBICM

DECHIFFRERENT DES ECRITURES OLCULIFORIES

On sait quel service éminent rendit à la science historique le déchiffrement des systèmes graphiques de l'ancienne Egypte, dû à rinitiative de Tillustre Champollion et du savant anglais Young. A une époque plus récente, il en fut de même pour celui des écritures cunéiformes de la Perse, de la Chaldée et de l'Assyrie, dont nous sommes redevables aux Niebuhr^ Grotefendj Rawlimson, et surtout J. OpperL Par ce moyen, il nous était donné de pénétrer^ pour ainsi dire, dans les sanctuaires les plus mystérieux du monde antique, de reconstituer les annales des premières nations civilisées, d'après les monuments indigènes et contemporains et non plus d'après les documents parfois eiTonés que nous avaient transmis les historiens grecs.

Nul doute que l'interprétation des inscriptions dont sont couverts les monuments des peuples Américains et la lecture de ceux de leurs manuscrits qui nous ont été conservés, ne conduise à des résultats extrêmement importants au point de vue de la connaissance de l'histoire, des mœurs, de la religion des antiques races du Nouveau-Monde. Malheureusement, l'étude de cette branche de la paléographie n'en est encore qu'à ses débuts, et il s'écoulera plusieurs années encore, sans doute, avant que l'on ne puisse lire un texte du codex de Dresde ou du bas-relief de la croix de Palenqué, aussi aisément par exemple que l'on déchiffre une page du livre des morts de l'Egypte ou des fastes Sargonides. *

» L'extrait du Livre des morts a été publié par M. Tabbé Vandrival dans annales, t. iv, p. 177 (5« série), et les Annales sargonides ont été publiées par M. Oppert dans Annales, t. vi, p. 43 et 182 (5û série).

2 PALÉOGRAPHIE ÂMÉRIGAmE.

Bien des raisons, d'ailleurs, expliquent la cause de ce long et regrettable retard, d'abord l'espèce de dédain dont les études américaines ont été l'objet ; en second lieu, l'absence d'une clef qui pût rendre aux déchiffreurs le môme service qu'avaient rendu aux égyptologues le monument bilingue de Rosette et aux sémilisants, les inscriptions trilingues de Persépolis ; enfin, la témérité, le défaut de critique des premiers savants qui s'occupèrent de la lecture des écritures calculif ormes.

En effet, la publication faite par le savant et regretté abbé Brasseur de Bourbourg, du précieux ouvrage de Landa^ * nous faisait connaître des éléments ou plutôt quelques-uns des éléments de l'ancienne écriture Yucatèque. Il nous donnait la liste des hiéroglyphes désignant chez les Mayas les 18 mois de l'année et de 20 jours du mois *, plus une vingtaine de signes, soit alphabétiques, soit syllabiques. Néanmoins, ce secours n'était point suffisant pour nous permettre d'aborder sûrement l'étude de textes suivis. D'une part, le nombre des signes graphiques chez les Mayas semble avoir été fort considérable, comme il l'était dans les systèmes d'écritures égyptiens et cunéiformes. Ce n'est pas la valeur d'une soixantaine de signes seulement, mais celle de plusieurs centaines de caractères qu'il eût fallu posséder. En outre, l'écriture calculiforme n'était pas restée partout ni en tout temps absolument identique à ellemême. La civilisation des peuples de l'Amérique centrale avait fourni une assez longue carrière et vécu bien des siècles. Plus d'une fois, sans doute, la forme des caractères avait pu et dû subir, au moins, certaines modifications de détail. Et, sans sortir de notre Europe, ne reconnaît-on pas du premier coup, à certaines variations dans la physionomie de chaque lettre, un

* Relation des choses du Yucatan de Diego de LANDA; texte espagnol et traduction française en regard, comprenant les signes du calendrier et de l'alphabet hiéroglyphique de la langue Maya, accompagné de documents divers historiques et chronologiques, avec une Grammaire et un Vocabulaire abrégés Maya-Francais ; précédé d'un essai sur les sources de l'histoire primitive du Mexique, de l'Amérique centrale, etc., d'après les monuments égyptiens et l'histoire primitive de l'Egypte, d'après les monuments américains, in-4, 1874. Paris. Maisonneuve.

^ Ce sont ces signes que M. de Rosny a pubUés dans le cahier d'avril ci-dessus, p. 233.

manuscrit du temps de Charlemagne d'un autre plus jeune de trois à quatre siècles? Si ces différences suffisent parfois pour causer de l'embarras à un paléographe exercé, que sera-ce, lorsqu'il s'agit de monuments rédigés dans une langue étrangère et dont tous les mots, sans doute, ne nous ont pas été conservés dans les vocabulaires aujourd'hui à notre disposition ?

N'oublions pas, en outre, que jamais, ou du moins, aussi haut que remonte la période historique, les peuples qui se servaient de l'écriture calculiforme ^ , tout en parlant la môme langue, ne paraissent pas avoir vécu sous un régime d'unité politique. Chacun d'eux restait indépendant des tribus voisines, avait ses princes, ses dynasties, sa métropole particulière. Ainsi nous avons vu longtemps la Grèce antique morcelée en une foule de petits états que ne réunissait même point un simple lien fédératif.

Il est tout naturel de penser que cette division politique devait avoir son contre-coup dans le développement de la civilisation de chaque peuplade Yucatèqiie, et par suite dans la fixation de son système d'écriture. Ne se passe-t-il pas aujourd'hui encore, sous nos yeux, quelque chose de fort analogue, A coup sûr, la politique, certaines considérations de patriotisme . local ne sont pas étrangères au maintien de l'écriture gothique en Allemagne. Malgré les efforts d'un grand nombre d'écrivains éclairés, les Allemands se sont toujours refusé à revenir à l'emploi des caractères romains dont se servent la plupart des nations voisines, et ils persistent à faire usage de formes graphiques presque entièrement calquées sur celles des manuscrits du Moyen-Age.

Ce qui est certain, c'est que le système d'écriture en vigueur à Palenqué n'était pas absolument le même que celui des habitants de Copan, bien qu'il lui ressemblât beaucoup. De même, certaines différences graphiques, dont quelques-unes assez importantes, peuvent être signalées entre le codex Troano^ et celui de Paris.

' En forme de cailloux. Cette dénomination d'une justesse fort contestable désigne l'écriture des peuples du Yucatan.

^ Manuscrit Troano ; Etudes sur le système graphique et la langue des Mayas, 2 vol, in-4. Paris, 1860-70. Maisonneuve. Prix, 10 fr.

En outre, il semble s'être produit pour l'écriture calculiforme quelque chose de fort analogue à ce qui se produisit pour celle de l'Egypte. Les hiéroglyphes, en raison même de leur caractère décoratif, réalisaient, pour ainsi dire, le type de l'écriture monumentale. Aussi restèrent-ils toujours en usage, aussi bien à Palenqué que sur les bords du Nily pour les inscriptions gravées sur pierre. En revanche, ils étaient d'un emploi fort peu commode pour les usages de la vie courante, aussi les rédacteurs de manuscrits cherchèrent-ils bientôt à la simplifier, et de l'écriture hiéroglyphique des premiers âges, vit-on de bonne heure sortir le système dit hiératique.

Quant à l'existence au Yucatan, d'un système analogue au démotique de la vallée du Nil, elle ne nous semble pas clairement établie. Il faut tenir compte de l'inégalité du développement de la civilisation dans chacun de ces deux jpays. En Egypte, la connaissance de l'écriture semble être devenue populaire dès les plus anciens temps. L'on a retrouvé dans Tintérieur de la grande pyramide des inscriptions à Vencre rouge qui sans doute furent tracées par les constructeurs, et encore même chez les sujets des Pharaons, le système démotique ne fait-il qu'une apparition assez tardive. Au contraire, chez les Yucatèques, comme nous l'apprend Landa, il n'y avait guère que les prêtres et les chefs qui sussent lire et écrire, et sans doute, par suite, ils ne recouraient guère à l'art graphique considéré comme sacré, que pour la rédaction d'ouvrages religieux ou tout au plus de calendriers. On ne voit pas trop, dans un tel milieu social, quel rôle aurait pu être dévolu à l'écriture démotique. En tout cas, si elle existait au Yuoatan^ elle devait à peine différer du hiératique employé dans les manuscrits.

On voit assez contre quelles difficultés aura à lutter celui qui veut entreprendre le déchiffrement des calculiformes. Aussi, faut-iljeconnaître que le regrettable abbé Brasseur de Bour^ bourg, malgré son immense érudition, n'a pas été très-heureux dans ses tentatives. Le seul point sur lequel il semble être arrivé à un résultat satisfaisant, c'est celui de la détermination des signes numériques.

Le même ouvrage, comprenant tout l'ouvrage avec la Grammaire, la Chrestomachie et le Vocabulaire Maya-Français et Espagnol, sans les planches ; idid. Prix, 40 fr.

DÉCHIFFREMENT DE l'écriture MÂYA. 5

Dans son ouvrage consacré à la reproduction et à l'explication du codex Troano^ il établit clairement que les points figurent les unités et les barres, les quints. Ainsi, les Yucatèqtm figuraient par exemple notre nombre 18 par trois barres horizontales superposées etsurmontéesdetroispomfs. '—^-^ II ne faut pas oublier, en effet, que le système numérique des Mayas, tout aussi bien que celui des Mexicains était, à la fois, quinaire et vigésimal et nous voyons ici une preuve nouvelle de cette influence qu'exerce d'ordinaire la langue d'un peuple sur son écriture. En tout cas, il nous semble bon de rappeler que la signification des hiéroglyphes numéraux du Yucatan, a été publiée pour la première fois par M. l'abbé Brasseur de Bmrbourg dans son travail sur le manuscrit Troano.

Il nous reste maintenant à donner au lecteur le tableau d'ensemble de nos essais de déchiffrement de textes en caractères calculif ormes. Le présent travail sera divisé en trois sections.

Dans la 1^« section, l'on traitera de l'interprétation de quelques-uns des groupes hiéroglyphiques du bas-relief de la Croix. — La 2* section sera consacrée à l'étude de plusieurs fragments du Manuscrit Troano, écrit, comme l'on sait, en hiératique. Enfin, la 3^ section aura pour objet l'arrangement des signes du mois dans certains passages du même manuscrit. Nous nous bornons ici à réunir ce que nous avons déjà publié sur cette question, remettant à une autre fois toute interprétation de signes nouveaux.

Page 1