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Archéologie chrétienne. Les saints de la messe et leurs monuments

alerme et Catane, villes célèbres de Sicile, se disputent l’honneur d’avoir donné naissance à sainte Agathe. C’est dans cette dernière cité qu’elle semble avoir passé les premières années de sa vie et qu’elle consomma son sacrifice par un long et douloureux martyre. Dès son enfance, elle connut le Christ et, dédaignant toute alliance terrestre, elle lui voua dès lors sa virginité.

Quintianus, consulaire de la province de Sicile, ayant ouï parler de sa rare beauté et de ses richesses, la considéra comme un objet propre à satisfaire ses coupables désirs. Profitant d’un édit de persécution, il la fit arrêter et livrer à une vieille femme nommée Apbrodise, vivant avec ses neuf filles, perverties comme elle; il donna l’ordre formel d’employer toutes les séductions pour la perdre.

La vierge demeura inébranlable.

Ni promesses perfides, ni menaces, ni jouissances ne purent l’ébranler dans sa résolution de rester fidèle au Christ, auquel elle avait consacré sa beauté et voué son plus tendre amour.

Un mois s’étant écoulé, Aphrodise, voyant la stérilité de ses efforts, alla trouver Quintianus et lui dit : « Il serait plus aisé d’amollir les rochers et de donner au fer la souplesse du plomb que d’enlever de l’âme de cette jeune fille le sentiment chrétien. Mes filles et moi, nous nous sommes succédé à tour de rôle jour et nuit, sans relâche, et nous n’avons rien pu faire, si ce n’est de contribuer à affermir encore davantage son esprit dans le propos qu’elle a formé. »

t. Cette notice a été colligée par la comtesse Marguerite de Waresquiel, petite-fille de l’auteur. Elle est le résumé des actes qui ne sont pas fort anciens, mais qui contiennent des traits véridiques et qu’il est nécessaire de connaître pour suivre l’histoire du culte de sainte Agathe et comprendre son iconographie.

ARCHÉOL. CHRÉT. IJ.. I

SAINTE AGATHE

Quintianus, transporté de colère, fit amener la vierge à son audience et, assis sur son tribunal, il débuta en ces termes : « Quelle est ta condition ? » La bienheureuse Agathe répondit: « Je suis de condition libre, et même de noble extraction, comme toute ma parenté en fait foi... — - Si tu es d’une famille si noble et si illustre, pourquoi donc manifestes-tu dans ta conduite la bassesse de la condition servile? — Étant servante du Christ, je suis en cela de condition servile. — Si tu étais d’une famille noble et distinguée, voudrais-tu te rabaisser à prendre le titre de servante?... — La souveraine noblesse est d’être engagée au service du Christ. — Quoi donc! Est-ce que nous n’avons point part à la noblesse, nous qui méprisons le service du Christ et qui observons le culte des dieux? — Votre noblesse a dégénéré en une servitude si profonde que, non seulement elle vous rend les esclaves du péché, mais encore vous assujettit au bois et à la pierre.

— Tous les blasphèmes que ta bouche insensée osera proférer recevront le châtiment dû à ton insolence. Dis-nous toutefois, avant d’en venir aux tourments, pourquoi tu méprises le culte des dieux? — Ne les appelle pas desdieux, mais des démons : oui, ceux dont vous fondez l’effigie en airain et dont vous dorez les figures de marbre ou de plâtre ne sont autres que des démons. — Choisis de deux choses l’une, et prends le parti que tu voudras : ou d’encourir avec les malfaiteurs divers genres de supplices, si tu persistes dans ta folie; ou, si tu es sage et vraiment noble, de sacrifier, comme la nature elle-même t’y invite, aux dieux tout-puissants, que leur divinité nous oblige de reconnaître et d’adorer. — Prends garde que ta femme ne devienne semblable à ta déesse Vénus, et toi à ton dieu Jupiter... » A ces mots, Quintianus, saisi de colère, la fit frapper au visage en lui disant : « Ne t’avise pas de laisser ta langue téméraire se répandre en paroles injurieuses envers ton juge. — Tu es de mon avis; dis donc que tes dieux sont si pervers et si impurs que, lorsqu’on veut maudire quelqu’un, on n’a qu’à lui souhaiter d’être tels qu’ils ont été pendant leur exécrable vie! — Qu’ai-je besoin de tout ce flux de paroles ? Sacrifie aux dieux ou je te ferai mourir par divers genres de supplices. — Si tu ordonnes de me livrer aux bêtes, elles s’adouciront au nom seul de Jésus-Christ; si tu emploies le feu, les anges répandront sur moi du haut du ciel une rosée salutaire; si tu me menaces des verges et des coups, j’ai au dedans de moi l’Esprit-Saint, qui me fera mépriser tous tes supplices... »

A ces mots, le tyran, ne pouvant plus maintenir sa fureur, ordonna que l'innocente victime fût jetée dans une ténébreuse prison.

Il prononça cette cruelle sentence en lui disant : « Songe à toi et reviens sur tes pas, si tu veux éviter d’horribles tourments, qui mettront ton corps en lambeaux. — C’est à toi, ministre de Satan, de te repentir, si tu veux éviter les tourments éternels. »

Le lendemain, Agathe parut de nouveau devant le tribunal, toute joyeuse et toute fière d’avoir souffert pour le Christ. « Qu’as-tu déterminé relativement à ton salut ? lui demanda l’impie Quintianus. — Mon salut, c’est le Christ. — Jusques à quand, malheureuse, persisteras-tu dans ta vaine résolution? Renie le Christ et commence à adorer les dieux, considère enfin ta jeunesse et ne te laisse pas consumer par une mort cruelle. — Toi, bien plutôt, renonce à tes dieux qui ne sont que de la pierre et du bois, et adore ton Créateur, le vrai Dieu qui t’a créé. Si tu le méprises, tu seras soumis aux peines les plus rigoureuses et à des flammes éternelles... »

Quintianus, outré de fureur, commanda qu’elle fût attachée sur le chevalet, et, pendant qu’elle y subissait en souriant les plus cruels tourments, il lui répétait : « ... Laisse là ta résolution, afin qu’on puisse aviser à la conservation de ta vie. — J’éprouve, au milieu de ces

NOTICE BIOGRAPHIQUE

tourments, répondait héroïquement la vierge, autant de délices qu'en pourrait ressentir un homme auquel on annonce une heureuse nouvelle ou qui revoit une personne depuis longtemps désirée, ou enfin qui découvre un riche trésor; moi aussi je me délecte au milieu de ces tourments d’un instant. Le froment ne peut être mis au grenier si son épi n’a été fortement battu et réduit en paille, ainsi en est-il de mon âme: elle ne peut entrer dans le paradis du Seigneur, avec la palme du martyre, que tu n’aies auparavant livré mon corps à l’ingénieuse fureur de tes bourreaux. »

Le tyran ordonna avec colère qu’on lui coupât les mamelles, après les avoir déchirées... « Impie, cruel et barbare tyran, dit Agathe, n’as-tu point honte de mutiler dans une femme ce que tu as sucé dans ta mère? »

Elle fut reconduite dans sa prison et demeura étendue, ensanglantée, privée de nourriture, de remèdes, selon l’ordre cruel de son persécuteur. Vers le milieu de la nuit, un vieillard lui apparut, précédé d’un enfant qui portait un flambeau. Il lui dit : « Tu as souffert dans ton corps, par ordre de ce magistrat insensé, des supplices cruels; mais tu lui as fait subir par tes sages réponses des tortures plus cruelles encore. Il a fait tourmenter et mutiler ton sein ; mais il verra son opulence changée en fiel, et son âme plongée éternellement dans l’amertume. Cependant, comme j’étais présent tandis que tu souffrais ces maux, j’ai vu que ta plaie peut encore être guérie. — Sachez, répondit Agathe, que jamais remèdes faits de main d’homme n’approcheront de mon corps. — Et pourquoi, répliqua le vieillard, ne veux-tu pas que je te guérisse? — Parce que j’ai mon sauveur Jésus-Christ qui, de sa parole, guérit tous les maux; une seule parole de sa bouche rétablit toutes choses. C’est lui, s’il le veut bien, qui peut me rendre la santé. — Et c’est lui-même qui m’a envoyé vers toi; car je suis son apôtre... Sache donc que c’est en son nom que tu vas recouvrer la santé. » A peine avait-il achevé ces mots, que soudain il disparut.

Alors Agathe, s’étant prosternée, adressa à Dieu cette prière : « Je vous rends grâce, Seigneur Jésus-Christ, de vous être souvenu de moi et de m’avoir envoyé votre apôtre qui m’a réconfortée et qui a relevé mon courage. » Puis, jetant un regard sur ses blessures, elle reconnut qu’elles étaient parfaitement guéries. Durant toute la nuit, la prison fut remplie d’une si éblouissante lumière, que les gardes, saisis de frayeur, prirent la fuite, laissant les portes ouvertes. En vain, ses compagnons de captivité lui conseillèrent de profiter de la liberté qui s'offrait à elle : « Loin de moi, s’écria Agathe, la pensée d’aller perdre ma couronne et d’être pour les gardiens une cause de tribulation ! Avec l’aide de mon Seigneur Jésus-Christ, je persévérerai dans la confession de Celui qui m’a guérie et consolée... »

Quatre jours après, Quintianus la fit comparaître devant son tribunal. « Jusques à quand, lui dit-il, auras-tu la démence d’aller contre les décrets des infaillibles princes? Sacrifie aux dieux; sinon, sache que tu es réservée à des tourments plus cruels encore que les précédents. » La vierge lui répondit : « Toutes tes paroles sont insensées, vaines et iniques, tes ordres souillent même l’air qui les transmet. C’est pourquoi tu es un misérable dépourvu de sens et d’intelligence. »

Aussitôt il ordonna qu’elle fût dépouillée de ses vêtements et qu’on la roulât sur des tessons de verre cassés et des charbons ardents dont il avait fait parsemer le pavé de la prison.

A peine les bourreaux eurent-ils déposé ce corps virginal sur ce lit de douleurs, que le lieu fut tout à coup ébranlé, un pan de muraille se détacha et vint écraser Sylvain et Falconius, perfides conseillers de Quintianus. Ce tremblement de terre fut considéré par le peuple comme un châtiment de Dieu.

SAINTE AGATHE

Agathe, étant rentrée en prison, étendit les mains vers le ciel et fit cette dernière prière : « Seigneur Jésus-Christ, qui m’avez créée et qui m’avez gardée depuis mon enfance, qui m’avez donné dès la fleur de l’àge une vertu supérieure à mon sexe; qui avez éloigné de mon cœur l’amour du siècle et soustrait mon corps à la corruption; vous qui m’avez rendue victorieuse des tourments du bourreau et fait mépriser le fer, le feu et les chaînes; qui enfin m’avez accordé, au milieu des supplices, le courage et la patience, je vous supplie de recevoir présentement mon âme, car il est temps de me retirer de ce monde, pour m’introduire au sein de votre miséricorde. » Après cette prière, elle poussa un grand cri et rendit doucement l’esprit en présence d’une nombreuse assistance.

Pendant que de pieux fidèles embaumaient le corps de la vierge et le déposaient dans un sarcophage neuf, dit la légende, un jeune homme inconnu entra : il était suivi d’un cortège d’enfants, tous éclatants d’une beauté céleste et revêtus de vêtements magnifiques; il s’avança et plaça cette inscription près de la tête d’Agathe : « Mentent sanctam spontaneum honorent Deo et patriæ liberationem » ( Ame sainte , dévouée , honneur de Dieu , protection de sa patrie)... Puis il disparut. Après sa mort et l’année suivante à la ntênte époque, ajoute la légende, le mont Etna vomit des torrents de laves qui menacèrent de détruire la ville de Catane ; alors ses habitants, quoique païens, eurent recours à elle. Ils étendirent son voile, le torrent s’arrêta devant ce mystérieux et frêle obstacle. Le miracle fut renouvelé plusieurs fois par l’intervention de sainte Agathe, patronne de la ville de Catane.

Santo-Carcere. Façade. Ancien portail du Dôme, d'après deux photographies d’Agatino Castorina, etc.

ITALIE

SICILE

ous commencerons notre exploration des monuments de sainte Agathe par la Sicile, qui fut le berceau de la sainte, le théâtre de son martyre

Catane. — Lieu de sa naissance. — Notre pèlerinage à Catane doit débuter par un chaleureux remerciement envoyé à M. Sciuto Patti, qui nous a communiqué avec une infatigable libéralité la plupart des documents qui nous ont servi dans cette étude. Hâtons-nous de lui exprimer notre affectueuse gratitude en lui laissant tout l’honneur.

La Sicile est remplie du souvenir d’Agathe. Palerme et Catane notamment réclament la gloire de lui avoir donné le jour, et font valoir des titres pour la revendiquer. Ce procès ne fut pas seulement débattu entre ces villes1, mais on porta la cause à Rome devant le pape Clément VIII, à l’époque de la réforme du bréviaire. Avant saint Pie V le bréviaire ne se prononçait pas. Un savant Jésuite du nom de Tucio était pour Palerme. En faveur de Palerme on peut invoquer les monuments, les églises, les reliques, la tradition qui s’attachent au souvenir d’Agathe. Siméon Métaphraste (xc siècle), les ménées grecques se prononcent aussi dans ce sens.

Méthode, patriarche de Constantinople (f 846) saint Pierre le Thaumaturge, évêque d’Argos (xe siècle), une foule d’évêques, de rois, d’écrivains, de témoignages écrits sont, au contraire,

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