Aringhi, I, p
Rocco Pirro, l’historien de l’église de Messine, croit à l’authenticité de cette relique.
2. La difficulté chronologique est encore plus grande que celle-ci. André Foreman passe pour avoir rapporté de Rome le crâne de la sainte, et le bréviaire de Bourges qui forme un document respectable nous dit que la translation de la relique eut lieu sous le règne de Louis XII : « S. martyris caput Roma Dituricen allatum fuisse traditur sub Rege Ludovico duodecimo (fête de sainte Lucie, i3 décembre). » On lit dans l’inventaire de 1667 : « L’ancien inventaire rapporte que ladite relique estoit dans une boîte d’ivoir et que ledit objet a esté apporte de Rome par saint Guillaume, archevêque de Bourges, ledit reliquaire est assis sur un grand pied d’estail de cuivre doré, garni d’esmaux sur argent, représentant la vie et le martyre de ladite sainte... ledit reliquaire a été fait l’an 1 5 1 6. » L’inventaire de 1696 confirme le précédent : « Dans ledit chef est le crasne de sainte Lucie, donné par le pape Sixte à saint Guillaume qui en fit présent à l’église de Bourges. » Voici donc les repères chronologiques que ces documents nous présentent :
S. Guillaume Ier, 1200-1209.
Guillaume III de Bois-Ratier, 1410-1421.
Guillaume IV, 1492-1505.
Sixte IV, 1471-1484.
André Foreman, i5i2-i5i3.
Louis XII, 1 498- 1 5 1 5.
Reliquaire daté de 1 5 16 fait sous le cardinal Bohier(t 1 5 1 9).
Il me semble que, d’après cette comparaison, nous devons écarter saint Guillaume dont l’histoire ne parle d’aucun voyage à Rome et qui, en tout cas, n’était contemporain d’aucun pape du nom de Sixte. La correspondance semble se mieux établir entre Guillaume IV et Sixte IV, dont il a pu recevoir les faveurs avant d’être évêque, et avec Louis XII, dont il fut tout à fait contemporain. Le vieil inventaire dut confondre Guillaume Ier avec Guillaume IV; ce qui est d’autant plus croyable que le reliquaire avait été placé au-dessus de l’autel de Saint-Guillaume, comme il est constaté en 1 537-
J’ajouterai, en ce qui concerne la relique elle-même, qu’on ne saurait supposer la tête entière dont il est question à Metz et dont on n’a jamais signalé l’existence à Rome; il ne peut s’agir ici que d’un fragment et j’en trouve une preuve dans la matière d’ivoire dont on s’était servi pour l’enchâsser et qui suppose un objet de petite dimension. On sait qu’il suffisait d’une parcelle d’un chef pour construire un buste et souvent laisser croire à une relique plus considérable. On peut accepter que Sixte IV dans ses reliquaires eut des fragments d’ossements de Lucie de Syracuse; mais il serait même possible que son présent eût concerné Lucie de Rome; on sait quelles confusions ont eu lieu dans le culte de ces deux saintes.
une capsella d’ivoire, peut-être antique1, est donnée avec des reliques de sainte Lucie à Guillaume IV qui la transmet à son successeur, André Foreman, lequel passe pour l’avoir rapportée directement de Rome, et prépare tout pour l’enchâsser magnifiquement. Pendant son court épiscopat, il n’a pas le temps d’achever l’œuvre qui n’est terminée qu’en 1 5 1 6 sous l’archevêque Bohier (cardinal l’année suivante).
On sait qu’aux xve etxvi6 siècles ces bustesétaient très en vogue, celui-ci excellait par sa magnificence. Il avait des épaules d’argent doré, un soubassement sur lequel se développaient les sujets de la vie de Lucie peints en émail. Sur la tête brillaient une couronne avec une Annonciation en camaïeu et des roses de pierreries. Sur le corps étaient figurés des orfrois tout ruisselants de gemmes précieuses. L’inventaire en désigne plus de deux cents.
Cette magnifique châsse, pendant les saccages des huguenots, put être cachée et leur échapper, mais elle disparut en 1793 2.
Il y avait aussi, dans la Sainte-Chapelle de Bourges, un buste de sainte Lucie que nous décrit l’inventaire de 1405 ; mais il semble qu’il s’agisse d’une des compagnes de sainte Ursule.
Cahors (Lot). — Pontverny (canton de Latronquière) est sous le vocable de Lucie. Cette sainte était très populaire dans le vieux Quercy, comme en témoignent de nombreux noms de baptême. Un proverbe patois, analogue à celui des Picards, rappelle ainsi l’allongement des jours au solstice d’hiver ;
Per sento Lucio D’un pè dé puço3.
Cornus possédait aussi au xvne siècle une église Sainte-Lucie.
Carcassonne (Aude). — Sainte-Lucie. — Il existe dans l’Aude une île nommée Sainte-Lucie où subsistent les ruines d’une église très ancienne. Elle n’a qu’une nef, terminée par une abside circulaire intérieurement, polygone à l’extérieur,
1. L’inventaire la dit environnée d’images, ce qui semble désigner une des pyxides du vie siècle.