Noël, Vie de sainte Lucie , p
stadt, peut-être émanées de la translation messine ; de ce nouveau foyer le culte rayonne jusqu’au nord de l’Allemagne; à Glees, près Coblentz, une église remonte à 980.
Nous avons vu que plusieurs églises luciennes à Rome datent des Carlovingiens. Nous en avons marqué en Italie quelques autres du xie siècle : à Monopoli, Bénévent et Porto ; à Florence, Terzano, Ravenne. Nous avons montré une relique solennellement transférée de Metz à Luitbourg en 1 042.
Le xne siècle a été signalé pour sainte Lucie par de nombreux monuments ; en Sicile, les Normands ont recueilli les traditions antérieures et construit des sanctuaires en son honneur à Syracuse, Aderno, Catane, Cammarate, etc. ; dans le royaume de Naples, à Aquila, dans les dépendances du Mont-Cassin,etc. Nous trouvons encore des églises à Sogni, Cesena, Vérone, Padoue, Venise. En France, à Marvejols, Cabannes, Saint-Laurentdes-Arbres, à l’Ile-Sainte-Lucie, à Arles, etc.
Le nom de Lucie rayonnait déjà en Angleterre au vue siècle dans les vers de saint Adeline; mais son culte prend un plus grand essor à la suite des Normands, qui lui consacrent des églises à Dembleby et à Upton Magna.
L’Espagne dut s’ouvrir de bonne heure à ce culte et nous avons compté un nombre assez considérable d’églises dédiées à sainte Lucie dans la péninsule; quelques-unes remontent à la période romano-byzantine ; celle de Séville, une des plus remarquables, signale le temps de la chute des Maures, elle sert pour ainsi dire de trophée à la victoire de Ferdinand de Castille.
Le xme siècle ne se laisse pas dépasser par ses devanciers. Nous voyons, selon Dandolo, les reliques arriver à Venise ; Bologne, Ancône, Ferrare, Florence lui élèvent des églises ; Dante la prend pour messagère et consolatrice dans ses merveilleuses pérégrinations.
En France, des bréviaires, des églises, des reliquaires en son honneur proclament la confiance qu’elle inspire.
Au xive siècle, les peintres italiens rivalisent d’efforts pour la représenter, depuis les fresques d’Empoli jusqu’aux gracieuses peintures de San- Gimignano.
A la fin du xive siècle et au xve, sainte Lucie fait la conquête de la Hollande ; sa virginale influence s’étend jusqu’à la mer du Nord et fait surgir à Amsterdam un monastère sous son vocable.
L’iconographie de sainte Lucie nous présente à peu près les mêmes traits que pour les autres saintes : elle nous la montre d’abord, comme la mosaïque de Ravenne, dans la gloire, sous un costume impérial, couverte d’or et de pierreries et portant sa couronne votive au Sauveur. Ce n’est qu’au xe siècle, dans une miniature du ménologe grec, que nous la voyons au milieu de ses souffrances et décapitée. Bientôt la scène se complique et se diversifie dans ses détails ; au xn° siècle, dans le manuscrit de Wallerstein, nous voyons la légende des jeunes gens, les bœufs, les flammes, enfin le corps de la sainte coupé en deux parties; Giotto à Empoli nous répète ces détails resserrés dans un cadre étroit. L’auteur des charmantes fresques de Padoue les développe davantage. Les miniatures de nos martyrologes du Nord servent d’échos à ces traditions : nous y observons surtout les attelages de bœufs, scène qui séduisait l’imagination de nos pères, nous y voyons aussi la communion de la vierge.
La caractéristique des yeux portés sur la coupe n’apparaît pas de bonne heure, je ne pense pas qu’elle se soit vulgarisée avant le xivc siècle ; alors et au xv° siècle les peintres, chargés de peindre sainte Lucie, lui mettent une palme dans une main, la coupe dans l’autre et lui supposent la gorge traversée par le glaive.
SAINTE ANASTASIE
NOTICE BIOGRAPHIQUE
e n’est pas notre intention d’intervenir dans les discussions qu’ont soulevées les légendes de sainte Anastasie; la petite notice dont nous faisons précéder la vie monumentale de nos saints est seulement destinée à l’éclairer et à faire comprendre les images et les sanctuaires dont nous avons entrepris la recherche. Nous choisirons ici parmi les opinions celle qui nous paraît la plus probable et qui se rapporte le mieux aux monuments.
Tillemont ne donne aucune raison sérieuse contre ces légendes
Bibl. nat., Latin, ii63i, p. 253,
ix8 siècle. qui doivent contenir beaucoup de vrai et dont l’antiquité est véné-
rable. Selon l’abbé Duchesne1, le nom d’Anastasie intervient dès le ve siècle dans le canon de la Messe; au vu0, saint Adelme se faisait l’écho des récits de sa charité envers les confesseurs. En Orient, au commencement du vT siècle, Théodore le Lecteur raconte que, sous l’empereur Léon (457-474), les reliques de sainte Anastasie furent apportées de Sirmium à Constantinople et mises dans son église 2 3. Les martyrologes dits de saint Jérôme marquent le 25 décembre comme l’époque de la fête à Sirmium; enfin Bède (f 735), parlant de Pile de Palmarole, répète ce que tout le monde croyait au vme siècle.
Les Bollandistes:i distinguent l’Anastasie du canon, surnommée la Jeune, d’une autre Anastasie qui souffrit à Rome et dont nous n’avons pas à nous occuper.
Notre sainte Anastasie naquit à Rome de parents qui s’appelaient Pretextatus et Fausta; elle fut de bonne heure faite chrétienne par sa mère, et, lorsqu’elle la perdit, elle fut entretenue