Morigi, Santuario
SAINTE ANASTASIE
celle de Vérone, qui remonte à une époque très reculée. Elle est déjà mentionnée dans un diplôme de Bérenger Ier en faveur de Robert, vassal du comte Adelgise, sous la date du 20 octobre 8go : « Actum Verona ad ecclesiam S. Anastasiæ1 ».
Les documents font défaut ensuite pendant deux siècles, puis il est question au xie siècle du transfert des reliques qui vinrent d’Aquilée à Vérone. Nous rapporterons ces légendes qui peuvent avoir quelque chose de véritable; néanmoins, l’existence préalable d’une église sous le vocable de notre sainte, existence certaine depuis le xe siècle, semble impliquer la présence aussi de ses reliques dans le sanctuaire.
L’auteur de la chronique de Buren commence par raconter la passion d’Anastasie dans l’île de Palmarola, la piété d’Apollonie qui recueille ses restes, les dépose dans son jardin et les abrite sous un petit oratoire qui ne tarde pas à devenir l’objet d’une grande vénération. De longues discussions ont eu lieu sur ce théâtre des souffrances de notre sainte ; mais il est clair qu’ici, pour suivre le chroniqueur, nous ne pouvons les supposer, comme on fait souvent, dans la mer Tyrrhénienne, près de l’embouchure du Tibre; il convient mieux de supposer le voisinage d’Aquilée.
Une guerre éclata, selon ce récit, entre les gens d’Aquilée et ceux de Palmarola ; elle fut défavorable aux premiers, qui voient leur ville cernée, forcée et livrée à leurs ennemis qui en dérobent les plus précieux trésors, notamment le tombeau de leur saint évêque Hermagoras auquel ils étaient si attachés. Une telle perte les laissa longtemps inconsolables. Enfin, en 1017, Poppo2 monta sur le siège épiscopal et leur suggéra une feinte qui réussit à leur faire restituer ce qu’ils avaient perdu.
Ils rapportèrent chez eux les reliques de sainte Anastasie, celles que Poppo donna au monastère de Vérone dont il aimait beaucoup le supérieur. On verra qu’elles n’y restèrent pas longtemps.
A cette époque, un certain Gothescalc, Bénédictin du monastère de Buren, vint à Vérone, au monastère de Santa-Maria-in-Organo. Il entendit
1. Cipolla, Ricerche intorno alla chiesa di S. Anastasia. Archivio veneto, XVIII, 187g, p. 275. La suite au tome XIX. Cette étude très consciencieuse, et à laquelle nous renvoyons tous les lecteurs pour les détails, a été faite à l’occasion de la restauration de 1879.
2. Poppo Wolfgangus (1017-1042) dédia la cathédrale en 1 02g.
parler des reliques de sainte Anastasie et de saint Chrysogone qu’on y gardait et qui excitèrent sa convoitise. Il se fit soigneusement renseigner des lieux et profita du moment où les religieux prenaient leur repos pour pénétrer dans la crypte ou les corps se trouvaient. Là, il alla au sarcophage de sainte Anastasie qu’il trouva plein de ses reliques et il en ouvrit la porte pour les saisir. L’aurore commençait à l’éclairer, de sorte qu’il put consommer son larcin dans des conditions favorables ; il remplit sa cuculle du plus grand nombre d’os qu’il put de la vierge sacrée, et les porta à Turing, son frère, qui habitait l’hospice et lui recommanda de les garder soigneusement. Son avidité n’était pas satisfaite et pour compléter son trésor il voulut faire une seconde exploration du sarcophage; il y retourna et cette fois, sauf la poussière, il prit tout ce qu’il y trouva. Il fut moins heureux dans cette dernière tentative, car, en sortant de la crypte, il rencontra le gardien Florianus qui l’arrêta, sans faire attention à ses supplications, dans la cour qui précède l’église (in curte quæ est ante ecclesiam). Dans sa colère il voulait lui crever les yeux ; Gothescalc parvint à l’adoucir et lui offrit de l’argent. Alors le gardien le conduisit dans le verger (pomérium), situé près de l’église et fermé d’un côté par une muraille, de l’autre par la rive de l’Adige; il l’enferma dans ce jardin, pendant qu’il allait voir dans la crypte s’il ne restait pas au moins quelques reliques. Gothescalc désespéré conçut un instant l’idée de se jeter dans le fleuve; il eut recours à la prière et, quand Florianus revint, il finit à force de supplications par le calmer et par obtenir sa liberté.
Gothescalc, heureux de l’issue de son entreprise, s’éloigna de Vérone avec les reliques qui répandaient une suave odeur sur le chemin et qui, durant le voyage, furent l’occasion de plusieurs miracles; au monastère de Buren1, on leur fit un accueil triomphal et on les exposa sur l’autel de Saint-Benoit. L’abbé Gotehalm décida en conseil qu’on les déposerait derrière cet autel jusqu’à ce que l’église Saint-Benoît fût construite; il les fit mettre dans une petite châsse de bois, sauf la tête qui ne put
1. Ce monastère se trouvait un peu au sud de Munich, près du Loisach et non loin de Kochel. Voy. Pertz, IX, p. 210. Pour la translation des reliques, voy. Pertz, Script., IX, p. 224.
Le Chronicon Benedicto-Buranum fut composé entre 1 148 et 1 1 55.
LOMBARDIE
entrer et qu’on enferma dans un petit sarcophage sur l’autel de Saint-Georges.
Cette translation eut lieu sous le règne de l’empereur Henri II, en io53, le troisième jour des nones de juillet.
D’après ce récit, Sainte-Anastasie de Vérone aurait été dépouillée de bonne heure de ses reliques; elle n’était d’abord qu’une petite église dont le presbyterium est devenu, dans la nouvelle église, une chapelle voisine de la porte qui donne j sur la rue Sottoriva*. Pour ce motif, cette chapelle et son autel conservèrent longtemps le nom de Sainte-Anastasie.
L’église servait de paroisse en 1082 et avait pour recteur un archiprêtre, nommé Anastasius. En 1107, c’était Obizzone; de 1118 à 1159, Bonsignore. Du temps d’Alexandre III, elle avait le titre de collégiale, comme on le voit par une bulle de ce pape qui donne le titre d’archiprëtre à Théobaldo 1 2.
Près de l’église il y avait la domus sanctœ Anastasiœ , pourvue d’une salle à feu (caminata), d’un portique (porticello), d’une cour, en 1214 (in curte sacerdotum ecclesie S. Anastasie).
A côté s’élevait une autre église, dite S. Remigio, plus près de l’Adige et dans l’emplacement du chœur actuel; les paroisses furent, en 1260, reportées à S. Felicità et S. Maria-alla-Chiavica et tous les édifices, les maisons et jardins qui en dépendaient, donnés aux Pères dominicains.
Ces religieux étaient déjà depuis longtemps à Vérone ou saint Dominique les avait envoyés en 1220 et où ils avaient fondé un monastère de leur ordre à S. Maria-Mater-Domini. Aussitôt qu’ils eurent obtenu cette concession des églises S. Anastasia et Saint-Remy, ils se mirent, assistés par d’abondantes aumônes, à construire leur nouveau monastère et la belle église que nous étudions en ce moment et à laquelle ils conservèrent le vocable de sainte Anastasie. De i26o3à 1278, ils dépensèrent 2 3q3 livres pour l’acquisition de plusieurs petites maisons voisines nécessaires à
1. 11 ne paraît pas, dit M. Cipolla, que la chapelle de Sainte-Anastasie ait été refaite; deux de ses murailles appartiennent à la construction qu’on peut considérer comme la plus ancienne.