Lettre du i5 décembre 188g
ARCHÉOL. CHRÉT. II
— (1622-1822) Reconnaissance des reliques. Nouveaux autels.
La légende de sainte Anastasie rapporte que ses reliques avaient été transportées de Sirmium à Constantinople. L’évêque saint Donat, qu’on surnomma l’Ambroise de Zara, accompagné de Bennato, doge de Venise, fut envoyé en 804 à l’empereur Nicéphore au sujet de dissentiments qui s’étaient élevés après la conquête de la Dalmatie
1. On a vu dans notre notice biographique que, parmi les données confuses de son histoire, la femme de Publius, la martyre ensevelie à Sirmium, était bien celle de la Messe.
2. Grimaldi, Santuario di Genova , 29 octobre : Natalis S. Anastasiæ martyris enim corpus Bonifacio pp. VIII, Constantinopolitani Genuam delatum in æde S. Mathæi.
SAINTE ANASTASIE
parles Francs1. Nicéphore l’accueillit avec beaucoup d’amitié et parmi ses faveurs lui donna le corps de sainte Anastasie pour sa ville épiscopale. Les Vénitiens, qui étendaient leur avidité à la possession des reliques, revendiquèrent celles-ci pour leur ville, les firent charger sur un de leurs navires qui mit à la voile et qui fut forcé par la tempête de rentrer dans le port; cette tempête fut considérée comme un avertissement miraculeux et Zara reprit possession du pieux trésor.
Les traités de 810 et de 812 entre Charlemagne et Nicéphore firent de la Dalmatie une province byzantine dont Zara devint la capitale, ce qui permit à son évêque de satisfaire son zèle pour la construction de nouvelles églises. On lui attribue la fondation de la Sainte-Trinité, depuis S. Donato, dont il rapporta peut-être l’inspiration et le plan de son voyage à Aix-la-Chapelle. Cet édifice, qui rappelle en effet le Dôme de la métropole carlovingienne, devait être près de la cathédrale, car dans le voisinage le baptistère porte un caractère incontestablement antique.
Quoi qu’il en soit, c’est là qu’il voulut déposer la précieuse châsse de sainte Anastasie, dans l’église qui sert de cathédrale 2 et porte le vocable de la sainte. M. Jackson estime que certaines parties remontent à cette époque: l’abside, la crypte sous le chœur et quelques colonnes de cipolin ou de marbre blanc, des fragments de mosaïques dans le pavage, des sculptures d’entrelacs dans la crypte lui paraissent des épaves de cette vieille construction3.
En 1622, l’archevêque Luca Stella fit une solennelle reconnaissance des reliques qui nous apprend la façon dont saint Donat les avait honorées. L’arche de sainte Anastasie était celle en marbre grec où on l’avait déposée au ix° siècle, elle ne contenait plus que des cendres et des ossements avec des traces évidentes de combustion; sur la