‹ Archéologie chrétienne. Les saints de la messe et leurs monuments (volume 2)Chapitre 303 sur 419 · Document fourni par M. Taussenat · texte numérisé non relu

Document fourni par M. Taussenat

VIERZON. t 83

Au milieu du xvu8 siècle, les Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur songèrent à s’établir à Vierzon; ils trouvèrent tout en ruine : « Omnia , nous dit D. Germain, prope modum direpta , collapsave repererunt. » Il fallut songer à d’importantes réparations, ce qui nous a valu le plan des Archives fait à cette occasion et qui nous conserve un précieux souvenir de l’abbaye. Ce plan n’apportait pas réellement un nouveau tracé, et M. Gauchery a retrouvé, sous presque toutes les murailles crépites et surélevées, des fondations ogivales. Tous les travaux étaient achevés en 1 689 ; on ht une bénédiction solennelle, et les savants habitants s’installèrent dans cette demeure qui

devait être pour eux longtemps paisible (D. Germain, p. 6o3) (pl. IV).

Sainte Perpétue est naturellement la patronne des jeunes mères, et les soins qu’elle donna à son enfant au milieu des douleurs de la prison devaient perpétuer son culte dans leur cœur. En 1739, la reine de France, Marie Leczinska, voulut posséder quelques reliques de l’abbaye. L’archevêque de Bourges se transporta à Vierzon et tira lui-même des châsses une partie des reliques de sainte Perpétue, de sainte Félicité; le fait est constaté par un procès-verbal dressé en présence des religieux, du clergé, des officiers du bailliage et de ceux de la municipalité. Le Père Terrasse, alors prieur, les porta à Versailles. M. Taussenat, à qui nous devons ces détails curieux, les a trouvés dans le manuscrit de Béchereau (1748) qui en fut témoin.

En 1744, il y eut une reconnaissance des reliques sous le pontificat de M9r de la Rochefoucauld; une

SAINTE PERPETUE.

partie du crâne fut donnée aux Bénédictins de Saint- Laurent de Bourges; elle a été restituée dernièrement à Vierzon1.

La gravure de D. Germain n’est pas le seul monument figuré que nous ayons conservé de l’ancienne abbaye; il existe à Vierzon une vue à l’aquarelle exécutée sur parchemin, qui appartient à M. Maquain et qui nous la montre des bords de Plèvre. Ce dessin, d’après son style, doit être fort peu antérieur à la Révolution; il fut fait par Petit, arpenteur à Blois. On y constate peu de changements depuis D. Germain; cependant la flèche au-dessus du sanctuaire n’existe plus. J’ai eu entre les mains ce précieux manuscrit, que nous reproduisons ci-avant (p. 1 83).

La Révolution, avec sa folie destructive, entra dans ces murs qui abritaient depuis tant de siècles les reliques de sainte Perpétue. L’abbaye fut saccagée, les reliques de la sainte dispersées et son buste enlevé. La population, indignée de ce sacrilège, tenta de se révolter; on voulut appeler au secours en sonnant le tocsin; la corde de la tour, par une précaution des révolutionnaires, avait été coupée. Dans son enthousiasme, une femme s’offrit de monter à la tour; plusieurs personnes lui servirent d’échelle ; elle put se hisser jusqu’aux cloches et les faire retentir; elle provoqua une émeute qui, malheureusement, fut réprimée. Cependant les personnes arrêtées échappèrent à la condamnation, ce qui fut attribué à l’intercession de sainte Perpétue2.

Le fanatisme impie n’a pu étouffer la dévotion des gens de Vierzon envers leur patronne, et, aussitôt qu’elle fut libre, elle reprit tout son essor. « Au commencement de ce siècle, nous écrit M. Taussenat, en plein mois de janvier, au moment de la débâcle des glaces, après un hiver rigoureux, des masses compactes de glaces s’étaient accumulées en amont des ponts du Cher et menaçaient de les rompre ou de faire déborder la rivière sur la chaussée et de noyer tout un quartier. Cependant la châsse ne pouvait sortir qu’en vertu d’une permission de l’archevêque. On envoie en toute hâte un exprès qui n’est de retour qu’à huit heures du soir. Immédiatement on sort les reliques en grande pompe et, au moment où la

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