‹ Archéologie chrétienne. Les saints de la messe et leurs monuments (volume 2)Chapitre 323 sur 419 · Deloche, Cartulaire, p · texte numérisé non relu

Deloche, Cartulaire, p

SAINTE FELICITE

qu’il voulait qu’on exécutât, désignant les scènes de l’Annonciation, de la Visitation, de Noël; l’Enfant Jésus nourri, présenté au Temple, adoré par les Mages. Ces données intéressent trop l’histoire de l’art et celle de notre abbaye pour ne pas être citées textuellement : « Voluit in eodem monasterio depingere qualiter Dei Filius pro nostra redemptione se humilians est ab Angelo nunciatus; quomodo jam dicta ejus Genitrix, eum in hutero gestans, salutavit Elisabeth; quomodo natus; qualiter nutritus; quomodo a venerabili sene in templo est presentatus; quomodo a Magis adoratus. »

L’abbaye carlovingienne de Beaulieu a complètement disparu; la seule partie de l’église que nous possédions encore date du xne siècle. M. Deloche présumé que, dès l’année 1097, l’abside était en reconstruction. L’abside, le transept, le dôme ont, selon lui, des analogues dans l’église de Tulle ( 1 1 o 5 ), d’Aubazine (1 i5o); le portail méridional est franchement roman; les nefs, un peu postérieures, de la fin du xue siècle, sont déjà ogivales. Nous en ferons tout à l’heure la description.

Lorsque la nouvelle église fut élevée, on s’empressa de lui rendre son plus précieux trésor, les reliques de sainte Félicité, qui furent placées à l’endroit le plus honorable, au-dessus du maîtreautel, et couvertes par une magnifique châsse de vermeil. Voici la description que nous en a laissée l’inventaire du. 27 mars 1 q3 2 : « Item super dictum altare ad pedem magni crucifixi est griba magna satis, de fuste, desuper cooperta de argento et super deaurata, in qua dicitur inesse corpus vel ossa sanctæ Felicitatis... »

La position de cette châsse au-dessus de l’autel indique peut-être qu’elle était contemporaine du renouvellement de l’église ; au xue siècle, les corps saints, au lieu de reposer sous l’autel, dans un caveau nommé confession, furent élevés au-dessus de la table sacrée et, dans cette position en vue, entourés des plus magnifiques ornements. Le mot griba signifie précisément châsse et même châsse portative, comme le prouve ce passage cité par du Gange et qui concerne les usages de cette partie de la France au moyen âge. On lisait, dans un manuscrit des coutumes de Saint-Augustin de Limoges : « Monachi S. Martini debent ireprimi, et postea nos et postea canoniçi cum clerieis et

debent portare gribam cum reliquiis s. Justi in primo capite processionis. »

Beaulieu, richement doté dès l’origine, pouvait ainsi montrer sa prospérité dans la beauté des pièces de son trésor, mais il fut exposé de bonne heure à des spoliations qui ne devaient se terminer qu’à sa ruine. Les comtes de Toulouse, qui avaient dépouillé les neveux de saint Rodolphe du comté de Quercy, s’emparèrent de l’abbaye de Beaulieu et la donnèrent en bénéfice au comte de Périgord, ensuite au vicomte de Comborn; ce qui résulte des plaintes déposées par les religieux devant le concile de Limoges en io3i.

« Mais ce qui a causé la ruine quasi totale du monastère de Beaulieu, tant pour le spirituel que pour le temporel, c’est l’armée des calvinistes ou huguenots... Ils en voulaient aux églises pour contenter leur avarice et leur cupidité, en pillant les beaux reliquaires et autres richesses dont la dévotion des fidèles les avait enrichies... Le monastère de Beaulieu ne fut pas plus exempt de leur fureur que les autres. On le voit par le verbal et attestation du ravage que le monastère et les moines souffrirent; il fut fait le mercredi 14 décembre 1569. Il y est dit que les gens du camp des princes et de l’amiral de Coligny vinrent à Beaulieu et, croyant trouver un riche butin dans le monastère, se jetèrent dedans, tuèrent le pitancier et trois autres prêtres séculiers, firent brûler le chœur qui était bien travaillé, dépouillèrent les autels, brûlèrent les tableaux, brûlèrent aussi les papiers et titres, emportèrent la moitié des cloches, brisèrent les vitres dont ils emportèrent le fer et le plomb, emportèrent les reliquaires, et il y en avait de très beaux, ruinèrent les habitations des religieux, n’y laissant que des murailles presque inhabitables... Les habitants, s’étant joints aux soldats, délibérèrent et conclurent qu’il fallait abattre et détruire l’église du monastère, et ils commençaient déjà à saper le dernier pilier près de la porte, du côté de l’évangile; mais un huguenot leur ayant représenté que si l’on abattait cette église qui est au milieu de la ville, ce serait un réceptacle de crapauds et de serpents, que d’ailleurs cette église leur servirait de prêche et de local à faire leur cène, ces misérables se rendirent à ces raisons et se désistèrent de leur malheureuse entreprise (1569).

a Les calvinistes assiégèrent et prirent la ville de Beaulieu en l’année 1574. Ils pillèrent derechef

ABBAYE DE BEAULIEU

l’église et les habitations des religieux et de l’abbé. »

N’ayant pas détruit l’église, les calvinistes voulurent au moins la déshonorer et en cacher la porte méridionale qui est la partie la plus riche et un des monuments les plus brillants de l’époque romane; ils imaginèrent dans cette intention de construire tout auprès la halle, c’est-à-dire un misérable hangar qui la masquait complètement et qui la fit fermer jusqu’en 1724.

Les ruines matérielles étaient peu de chose en comparaison des désordres qui en furent la conséquence pour les religieux.

Enfin l’administration de l’abbaye tomba entre les mains de M"r de la Tour-d’Auvergne, cardinal de Bouillon (1659), dont la main plus ferme devait réaliser une réforme depuis longtemps attendue; il appela des moines de la congrégation de Saint- Maur, aussi remarquables par la science que par leurs vertus, et passa un concordat, le 21 juillet 1661, avec Dont Benoît Brachet, assistant du supérieur général de la congrégation, et, le 11 mars 1 663, il remit l’abbaye à Dont Claude Lieutaud.

La tâche qu’acceptait ce nouveau prieur était considérable; il dut d’abord s’occuper de relever les ruines1. Dans l’église il y avait à peine trois autels où l’on pût dire la sainte messe; il fallait en dépouiller un pour garnir l’autre. La sacristie était derrière le grand autel, auquel on montait par huit marches, ce qui a duré jusqu’en 1692. Pour les lieux réguliers, ils ressemblaient à des masures; il n’y avait en état que les loges du cellerier, du sacristain, de l’infirmier et du chambrier. Dans le cloître, la plupart des pilastres et arcades étaient sur pied, mais en mauvais état, et tous les toits enlevés. La chapelle de Notre-Dame n’avait plus d’autel et était devenue un réceptacle d’ordures. En certaines parties du logement de l’abbé il ne restait que les murailles ; on ne pouvait même retrouver l’emplacement de la cuisine.

Dom Lieutaud s’appliqua à recueillir des fonds pour subvenir aux dépenses les plus urgentes et fit faire le plan de l’abbaye que nous avons encore dans les collections des Archives nationales. Il ne

1. Cet état se connaît par le procès-verbal qu’en fit faire le cardinal de Bouillon et par le plan des Archives que nous avons copié.

Bull, de la Corrèze, p. 149.

perdit pas de temps, puisqu’il fut nommé le 1 1 mars 1 663 et que notre plan est daté du 2 mai de la même année1. Ce plan n’est pas seulement un relevé, mais un projet de restauration; il est double et porte des variantes parmi lesquelles il est assez difficile de distinguer ce qui existait de ce qui était projeté; nous avons indiqué par un ponctué le double dans notre gravure. Il ne paraît pas toutefois que les réparations fussent promptement entreprises ou du moins achevées; ce ne fut qu’en 1670 que le chapitre fut nettoyé et pavé, et le cloître couvert, lambrissé et pavé.

Cette lenteur provenait du manque de ressources des nouveaux religieux. Le prieur Dom Sixte Mounier, qui succéda à Lieutaud en 1672, ne put faire aucune réparation. Son successeur, Claude de Benaud, eut le moyen d’exécuter le retable de l’autel des Saints-Prime-et-Félicien (1676).

Dom Poirier, prieur en 1678, répara l’église et y fit faire un retable pour la chapelle de Notre- Dame.

Dom Dupont prit la direction du monastère en 1680. C’est précisément la date d’un plan des Archives qui dut être fait sur sa demande et qui accuse certaines différences : une cour est figurée à la place de la chapelle de Notre-Dame. Le réfectoire est indiqué en ruine ; les bâtisses devant le portail occidental ont disparu, des stalles sont dessinées dans le chœur.

Dom Dupont dota le campanile d’une seconde cloche et commença aussi sur forfait (1682) un nouveau bâtiment pour loger les religieux, bâtiment qui ne devait pas avoir moins de deux cent quarante pieds; il est question de la couverture en 1684.

En 1691, on travailla au chœur de l’église, on en éloigna la sacristie, on rouvrit les fenêtres qui étaient fermées, on répara les piliers, etc.

En 1705, on construisit une galerie au-dessus du pressoir, on commença un grand escalier qui monte au dortoir et qui fut achevé en 1709.

Dom Joseph Malevergne, ayant été nommé prieur, disposa trois chambres de l’hôtellerie où était l’ancien dortoir touchant à l’église sur le chapitre; il fit entourer de murailles la basse-cour, fit faire la porte d’entrée, acheta les boutiques et les maisons qui étaient bâties devant la grande

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