‹ Archéologie chrétienne. Les saints de la messe et leurs monuments (volume 2)Chapitre 367 sur 419 · M,jr Barbier de Montault, Les églises, p · texte numérisé non relu

M,jr Barbier de Montault, Les églises, p

ROME

Description. — Malgré ses longues vicissitudes et les effets successifs de tant de restaurations, la basilique a conservé ses éléments les plus importants qui nous permettent de la retrouver dans sa noblesse primitive (pl. I, II et III).

En arrivant devant la façade, on a à droite le majestueux campanile, assis sur de robustes bossages antiques, coupé par sept étages de doubles arcatures plus élancées à mesure qu’elles se rapprochent du sommet. Au-dessus du deuxième cordon, un petit tabernacle abritait une image qui a disparu.

On a devant soi la façade même de l’église, composée du portique de Jean de Sutri,avec l’inscription métrique qui rappelle la mémoire de ce cardinal, une surélévation moderne qui masque les arcades antiques du pignon; dans le haut de ce pignon, avant les derniers enduits, mon grandpère a vu distinctement les oculi de briques que nous retrouverons sur la face latérale. Nous avons sur notre restauration supprimé l’étage moderne et rétabli les arcades et les oculi.

Devant cette façade se pose le problème de l’atrium. On sait qu’à Rome les grandes basiliques étaient généralement précédées de cette cour carrée à portiques et qu’on doit à priori supposer son existence. De plus, le P. Germano qui l’a rétabli sur son plan nous écrit qu’il l’a fait d’après des preuves certaines. Ici, cependant, devant le portique qui est complet par lui-même, dont l’architrave ne conserve aucun arrachement des portiques adjacents, il faut convenir que cet atrium n’a pas dù exister depuis le xme siècle; il faut accepter aussi que son plan, nécessairement soumis à la direction des murs antiques vers le nord, lui aurait présenté une forme irrégulière. Quoi qu’il en soit, le portique actuel offre à l’église un accès convenable; il le lui fournissait surtout avant sa surélévation, avant la fermeture des entre-colonnements aux extrémités et les grilles d’un mauvais effet qu’on a placées devant les trois travées laissées libres.

Les colonnes, dont deux en beau marbre vert, sont surmontées, les six centrales de chapiteaux ioniques, les deux extrêmes de chapiteaux corinthiens, d’un bel antique. Les bases paraissent antiques aussi, mais sont incomplètes; je crois que le sol extérieur a été surélevé. Au-dessus de l’architrave, de l’inscription, est une haute frise, sans doute autrefois décorée de mosaïques comme

le portique de Saint-Laurent-hors-les-Murs. La corniche, pourvue de modillons et de denticules, est peu élevée.

Avant d’entrer dans la basilique, descendons le long du clivus Scauri pour examiner la façade latérale, une des mieux conservées que l’antiquité chrétienne nous ait laissées à Rome. En la dépouil-

Rome. — Campanile de SS. Giovanni e Paolo (dessin de iSÔç).

lant des fenêtres modernes qui ont, du reste, les mêmes axes que les anciennes, des éperons, des arcades qu’il a fallu multiplier pour la soutenir, nous retrouverons la belle et austère architecture des basiliques primitives avec ses nombreuses arcatures et oculi.

Nous avons donné (pl. II) un détail de la construction en briques de ces baies appareillées avec les grandes briques romaines qui dessinent large-

SAINTS JEAN ET PAUL

ment les cintres. La multiplicité de ces baies, qui auraient inondé d’une lumière excessive l’enceinte intérieure en la livrant sans défense à toutes les intempéries, suffit à prouver qu’elles étaient fermées par des clôtures de marbre comme nous l’avons marqué.

L’abside a été retouchée au xn* siècle et la zone d’arcades avec colonnettes de marbre qui l’entourent dans le haut est du même style que le campanile et le portique antérieur. Ce genre d’ornement, si fréquent en Toscane, paraît rare dans le Latium; c’est du moins le seul exemple que nous puissions citer à Rome. Elle forme aujourd’hui un des points de vue les plus pittoresques de la ville et elle tente la plupart des artistes qui cherchent à bien garnir leur album.

L’intérieur de la basilique a peut-être plus souffert que les murs extérieurs des restaurations; nous sommes donc heureux d’emprunter à Ugonio, un témoin oculaire, la description qu’il nous a laissée :

« Sous le portique, dit-il, est une seule porte1, mais grande et tout encadrée de marbre, avec un ruban de mosaïque au milieu des moulures. Au sommet s’avance un aigle de marbre, à la base à droite et à gauche deux lions semblent garder l’entrée, à la façon des lions antiques qu’on mettait devant les temples, et comme on en voit à la vieille porte de Saint-Jean-de-Latran, à Saint-Laurenthors-les-Murs et à beaucoup d’autres églises.

« L’église SS. Giovanni e Paolo peut compter parmi les grandes. Elle est partagée, selon l’antique usage, en trois nefs par vingt colonnes2 et quatre pilastres. Deux autres magnifiques colonnes s’élèvent à l’entrée du chœur, ouvrage de l’illustre cardinal Nicolas Pelve, évêque de Sens, qui avait le titre. Le sol était couvert de dessins, charmantes mosaïques à mille couleurs, qui subsistent en grande partie dans la nef principale. Dans cette nef sont deux autels, placés en vis-à-vis par le cardinal de Sens, et ornés de belles pierres et de précieuses colonnes. Un peu au delà on trouve une enceinte de marbre, fermée, garnie tout autour de sièges qui s’appuient le long des colonnes de l’église. Cette enceinte servait pour la sclwla can-

1. Nous en avons encore trois, suivant le P. Germano ; il est probable qu’elles existaient primitivement.

2. Le véritable nombre est de vingt-quatre ; mais Ugonio ne comptait pas celles comprises dans les piliers.

torum, ce que nous appelons maintenant la cappella. A cette enceinte on avait coutume de rattacher les ambons pour chanter l’évangile et l’épître, lesquels ici, comme dans beaucoup d’autres endroits, ont été enlevés.

« On monte au maître-autel par quelques marches; il est tout garni de vert de Lacédémone. Il surmonte la confession, et il est abrité par un tabernacle (ciborium), soutenuparquatre colonnes blanches en avant de la tribune. Le soubassement de la tribune est incrusté de tables de marbre, séparées par des bandes de diverses couleurs; il est couronné par une corniche de marbre qui fait tout le demi-cercle et supporte une ordonnance de petites colonnes de marbre qui fait aussi le pourtour. Tout cela remonte aux temps les plus reculés. Tout le reste de la tribune jusqu'à la présente année 1587 est resté sans ornement et simplement blanchi. »

Ce petit ordre peut être rapproché de celui de S. Giorgio in Velabro qui est aussi d’une époque très ancienne.

Eglise et monastère au Vatican. — Une église et un monastère furent élevés en l’honneur de nos saints au nord-ouest de la basilique vaticane. Le livre pontifical signale cette fondation (vers 440)

Rome. — Saint-Pierre. — d , église et monastère des Saints-Jean-et-Paul, près de l’ancienne basilique (d’après Alfarani).

dans la vie de saint Léon le Grand : « Hic construit monasterium apud Petrum apostolum quod nuncupatur SS. Iohannis et Pauli. »

L’église1 se trouvait précisément à la place du

1. Il serait difficile de la reconnaître dans les vues de Hemsterck prises pendant les travaux du nouveau Saint- Pierre.

ETATS PONTIFICAUX

CASAMARI.

gros pilier et du tombeau de Clément XIII. Là était jadis la canonica de la basilique. Cette petite église avait la forme d’un rectangle allongé, terminé vers le nord par une abside demi-circulaire et ouverte par trois portes sur les autres côtés.

En i5~o, lorsqu’on creusait les fondations de la nouvelle basilique, ce plan et quelques fragments de murailles derrière l’abside revinrent au jour. On découvrit une voûte ornée d’images de saints en mosaïques et un sarcophage qui fut ouvert en présence de saint Pie V. On trouva aussi deux magnifiques colonnes que Paul V porta à Sainte- Marie-Majeure pour orner la chapelle1 2.

Les papes au ixe siècle enrichirent ce sanctuaire; Léon III et Léon IV lui firent de magnifiques présents3 4.

Ce monastère fut longtemps sous la juridiction de l’évêque de Silva-Candida, qui avait presque toute la cité léonine. Du temps de Nicolas Ier, l’abbé fut Savone, que le pape envoya comme légat en Sardaigne. Au xivc siècle, l’église figure dans le catalogue de Turin parmi celles de la première partie; elle était desservie par un prêtre3.

S aints-Jean-et-P aul au Janicule. — Nos saints martyrs eurent aussi un sanctuaire sur le sommet du Janicule, mais on ne sait rien de son histoire et de sa situation1.

Les basiliques n’étaient pas les seuls monuments de nos martyrs. La liturgie romaine fait mention de leurs mémoires à l’oraison, au graduel, à l’offertoire et dans plusieurs autres endroits. On les retrouve dans l’antiphonaire de saint Grégoire. Le sacramentaire grégorien leur consacre ces paroles : « Pro cuius amore gloriosi martyres Johannes et Paulus, martyrium non sunt cunctali subire : quos in nascendi lege junxit germanitas, in gremio matris Ecclesiæ fidei unitas, in passionis acerbitate ferenda unius fidei societas. »

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