FRANCE. — BESANCON
Appuyé sur ces documents, dessins et descriptions, nous avons tenté une restauration de l’église qu’on trouvera gravée dans notre planche XVIII.
En arrivant à Crépy du côté nord, on voyait, au moyen âge, sa silhouette se dessiner sur une hauteur, ses murailles urbaines resserrant les maisons, percées d’une porte dans une tour, et aux deux extrémités les deux flèches des églises Saint-Thomas1 et Sainte-Agathe. On avait, à gauche, Sainte-Agathe et le faubourg du même nom dont les maisons l’environnaient, puis, sur la pente du coteau, le cimetière et sa chapelle. Une rampe, dite de Sainte- Agathe, donnait accès à ce cimetière et un peu au delà à notre église.
L’église se composait de trois nefs séparées entre elles par des colonnes, ce qui accuse une construction fort ancienne; les deux latérales, au moins dans les derniers temps, car les contreforts laissent supposer des voûtes primitives, n’étaient couvertes que par un toit rampant.
Au delà des nefs, le transept débordait transversalement au nord et au midi et portait au centre, sur des pendentifs, une belle tour romane, d’abord carrée, puis octogone. La flèche était en pierres taillées en écailles selon la mode romane, percée de petites fenêtres oblongues sur chaque face; octogone, elle s’appuyait sur la plateforme carrée du sommet de la tour, étant accompagnée aux angles de quatre pyramidions.
Au transept se rattachaient le chœur, assez étroit, selon Carlier, et deux salles qui servaient peut-être de sacristies; le chœur regardait l’orient. Les vieillards du pays, dont l’un fut chargé de démolir l’édifice en sa qualité de maçon, ne se rappellent qu’une entrée de l’église, vers le midi2 (pl. XVIII).
Le Père Joseph, bénédictin de Bethisy-Saint- Pierre, a acheté pour nous un formulaire de
nous présente cinq arcades ogivales du xme siècle, isolées maintenant au milieu d’un jardin particulier; à l'extrémité occidentale de cette rangée d’arcades se trouvent quatre contreforts engagés dans des murs modernes de clôture qui peuvent avoir appartenu à la base de la tour et aux constructions basses qui l'accompagnent; mais ces contreforts tronqués et retouchés, sans caractère, ne paraissent pas par leur situation se prêter au pian de la tour.
1. Nous avons dessiné à la Topographie le plan et les ruines de cette église, consacrée en 1 1 83 en l’honneur de Thomas de Cantorbery (Comité arch. de Senlis, 1868).
2. Nous devons particulièrement remercier M. le curé de Crépy et M. le marquis de Fleury des renseignements précieux et du concours qu’ils ont bien voulu nous prêter.
ARCHÉOL. CHRÉT. II
prières, imprimé au xviii0 siècle en l’honneur de sainte Agathe, spécialement composé pour la confrérie formée à Crépy pour cette vierge.
On y trouve Ahistorique des reliques de Crépy :
« Nous avons à Crépy, capitale du Valois, une ancienne église paroissiale sous l’invocation de sainte Agathe. Cette église ne possédait aucune partie de ses reliques; mais, en 1717, elle reçut de Rome un petit ossement qui fut visité par François Firmin, évêque de Senlis. Ce prélat permit de l’exposer publiquement à la vénération des fidèles et de faire la fête de la translation le premier dimanche de septembre. En même temps il y établit une confrérie de Sainte-Agathe que le pape Clément XI approuva et à laquelle il accorda plusieurs grands privilèges par un bref donné à Rome le i5 avril 1720. Au commencement de chaque mois il se célèbre dans l’église Sainte- Agathe une messe votive de la même sainte pour tous les membres vivants et morts de la même confrérie. »
Besançon (Doubs). — Déservillers (près Amancey). — En parcourant l’est de la France à la recherche des monuments de sainte Agathe, nous devons nous arrêter à Déservillers, qui possède encore une de ses anciennes églises.
Déservillers est mentionnée dans les chartes dès le xiiic siècle ( 1 278) 1 ; mais son église est d’une construction antérieure; elle fut remaniée au xve siècle dans quelques parties, presque rebâtie en 1743; enfin, en 1819, on démolit l’ancienne flèche et une partie de la tour qui menaçait ruine et qui fut reconstruite avec des matériaux différents.
On entre du côté de l’ouest par une grande porte en plein cintre du xie ou xne siècle; l’archivolte conserve bien le caractère de cette époque; son extrados fort mutilé laisse encore distinguer certains sujets qu’on y avait sculptés, des animaux et, à la base, deux guerriers avec leur armure qui combattent. Si ce n’était l’état si fruste de ces sculptures qui les rend incertaines, j’y reconnaîtrais les signes du zodiaque alors très en usage sur les façades des églises. L’intrados était probablement composé à l’origine d’un tore circulaire porté par
1. Gauthier, Collection des inventaires sommaires des I Archives du département du Doubs, p. 188.
SAINTE AGATHE
une colonnette accolée au piédroit de l’arc, mais le xvc siècle est intervenu d’une façon malheureuse pour y tailler une suite de cavets qui se retournent à la base en maigres moulures.
Le plan de l’église appartient encore au moyen âge; il est formé de deux travées, d’une travée plus large pour le transept, d’une autre pour le sanctuaire, derrière lequel s’ouvre la sacristie; le xvme siècle s’est servi des anciens fondements qu’il a respectés, mais il a tout moderné en relevant les murailles. L’autel est entouré des ornements rococo les moins dignes de la dignité liturgique. Deux statues de bois ornent les niches de côté, elles figurent sainte Agathe et sainte Barbe. Le tableau du maître autel rappelle l’arrivée au ciel de la patronne.
Devant la chaire un panneau porte aussi un basrelief qui représente sainte Agathe tenant l’instrument de son martyre.
Une petite fenêtre ogivale subsiste dans la chapelle de droite1 (pl. XIX).
Fretigney. — Une chapelle fut fondée au xviic siècle, dans l’église de Fretigney (1628-1783), sous l’invocation de sainte Agathe, et dotée de terres3.
Carcassonne. — Saint-Benoît-de-Chalabre (Aude). — Cette église ogivale, de la fin du xme siècle, fut bâtie par les Bénédictins qui y tenaient un prieuré, mais elle fut remaniée au xve siècle, puis au xvne, et subit alors une restauration tellement importante qu’on dut la consacrer de nouveau en 1 65 5 .
Ces différentes époques sont marquées distinctement sur les pierres. La voûte sous le clocher a dû être refaite, mais les sommiers et culs-delampe des arcs paraissent du xm° siècle ; cette tour est carrée et accompagnée d’une seconde tour ronde dans laquelle est pratiqué l’escalier. Le plan, dans sa disposition générale, semble de l’origine malgré les réfections que nous avons signalées et quoique les meneaux et trèfles de la fenêtre qui subsiste dans le chœur soient du xve siècle. Le plan affectait d’abord la forme d’une
1. Nous devons tous nos documents sur cette église à l’obligeance de M. l’abbé J eannjn, qui en est curé, mai 1 889.