ALBI
voulu nous en faire le relevé. Le plus important, situé aujourd’hui dans le jardin de M. Laurent, se compose d’un faisceau de colonnes de im,3o de hauteur, qui nous rappelle tout le plan de l’église. Ces colonnes sont engagées dans un mur auquel, vers le midi, était adossé le cloître; elles forment donc la limite de l’église de ce côté; elles nous apprennent, de plus, que chaque travée était partagée par une colonne assez forte, accompagnée de deux autres de moindres dimensions, sur lesquelles s’épanouissaient dans la voûte des nervures correspondantes1.
Nous avons encore du côté du nord, tout près du château, un des groupes de colonnettes qui paraissent avoir encadré2 le portail nord de l’église, et qui appartiennent au même style que les précédentes. Nous avions déterminé la muraille méridionale, celle du nord semble signalée par ce point de repère et la largeur totale de l’église, soit environ 18 mètres, établie. Nous croyons cet espace occupé par une seule nef; le partage en trois nefs offrirait des dimensions d’une petitesse ridicule et de plus, en acceptant la nef unique, nous y retrouvons la largeur adoptée par les constructeurs de la nouvelle cathédrale (i8m,go) (pl. XXXII).
Il y a quelques années, lorsque M. du Mège s’occupa de la restauration de cette église, on voyait encore des ruines qui ont disparu aujourd’hui. Un manuscrit de cet archéologue, que l’on conserve dans les archives d’Albi et que M. Jolibois, à la demande de M. de Rivières, a bien voulu nous communiquer, nous en instruit: «Tout le rond-point de l’église (la partie absidale) est encore debout jusqu’à la hauteur d’environ plusieurs mètres; l’édifice abattu depuis des siècles avait environ 59 mètres de longueur. »
1. Cette disposition appartient à la fin du xn° siècle ; voyez, par exemple, dans Viollet-le-Duc, Saint-Ived de Braisne.
2. Contre l’attribution de ce fragment à la porte de l’église, le F. Siméon oppose la grande hauteur de ce faisceau de colonnes au-dessus du sol. Mais le sol n’est plus celui de l’église qui, sur la déclivité, devait être soutenu par des substructions, dont on retrouve des traces chez les Frères. De plus, ce groupement de colonnettes, au xin° siècle, me semble appartenir spécialement aux portails. Voici quelques mesures relatives à ces colonnettes : hauteur du sol en pente au-dessous des colonnettes, 7™, 10; hauteur des colonnettes, 1 "*,64 ; hauteur de leur chapiteau, om, 1 3 ; hauteur jusqu’au cintre au-dessus, om,8oarcade gothique à gauche: hauteur, 2m,4o; largeur, im,io; largeur à l’ébrasement, im,3o.
Derrière le premier groupe de colonnes dont nous- avons parlé, on retrouve encore des ogives qui se présentent en biais par rapport au plan général et qui faisaient partie des bâtiments claustraux. M. du Mège a vu aussi des inscriptions sépulcrales qui figuraient peut-être dans la basilique. Il est à croire que ces fragments n’occupent plus leur place primitive et ils ne peuvent aucunement nous diriger.
L’embrasure de la porte septentrionale, que nous avons signalée, semblerait indiquer que l’église, comme celle d’aujourd’hui, n’avait pas d’entrée vers le couchant, ou du moins d’entrée monumentale; de ce côté, la colline qui descend vers le Tarn était fort rapide et, dans les bâtiments de l’école des frères, nous observons des restes d’anciennes murailles qui donnent à croire que des édifices étaient adossés à cette façade et lui ôtaient le caractère monumental.
Cette cathédrale, qui ne servit comme sanctuaire épiscopal que pendant un siècle, subsista après l’érection de la nouvelle; on dut y officier durant une grande partie du xive siècle. M. d’Auriac a trouyé des documents qui montrent qu’elle n’était pas encore abandonnée en i3yo.
Elle vit les terribles vicissitudes de la guerre albigeoise et l’excommunication momentanée que l’inquisiteur y prononça, en i23q, contre la ville d’Albi1.
Quoiqu’elle fût encore utilisée pour le culte, elle njétait plus recherchée pour les sépultures épiscopales. En 1 3 3 7, Bernard de Camiet, évêque d’Albi, fut enseveli dans le chœur de la nouvelle cathédrale; la pierre tombale portant son effigie existait encore en 1828 ou i83o, avant le renouvellement du dallage en carreaux blancs et noirs2.
Nous avons dessiné à l’exposition duTrocadéro, en 1889, un coffre de bois peint qui doit dater à peu près de cette époque. On y voit, sur le couvercle, la Madone, entre saint André à sa gauche et sainte Cécile à sa droite; on lit audessous de celle-ci : S. Cecilia. Cette figure est presque détruite; mais, d’après les parties de peinture qui subsistent et qui la rapprochent