‹ Archéologie chrétienne. Les saints de la messe et leurs monuments (volume 3)Chapitre 18 sur 343 · Rohault de Fleury, Le Latran, p. 180, pl. XIV · texte numérisé non relu

Rohault de Fleury, Le Latran, p. 180, pl. XIV

SAINTE-MARIE-MAJEURE

reconnaître parmi les chapelles du flanc septentrional de l’église, dans celle consacrée à saint Michel, une abside à pans du même style que la grande tribune. Les roses de la grande façade appartiennent comme sa mosaïque à cette époque.

Ugonio a encore pu lire près de la porte à main droite de la tribune une inscription qui donnait une grande idée des travaux de Nicolas IV à Sainte-Marie-Majeure, et qu’il rapporte ainsi :

QUARTUS PAPA FUIT NICOLAUS VIRGINIS ÆDEM HANC I.APSAM REFICIT, FITQUE VETUSTA NOVA PATER APOSTOLICUM SERVET FRANCISCUS ALUMNUM PROTEGAT OMNIPOTENS MATRE VOLENTE BEET.

Les mosaïques qui nous sont restées de cette époque nous en laissent surtout un grand souvenir. Celle de la tribune est d’une beauté incomparable. Au centre, dans un médaillon, elle nous montre, en stature colossale, le Sauveur qui vient de faire asseoir Marie sur son trône et qui lui pose la couronne sur le front. Au bas du médaillon se pressent les troupes angéliques et se déroule cette inscription qui célèbre le triomphe de la virginité : « Maria virgo assumpta est ad etherum thalamum in quo Rex regum stellato sedet solio. Exaltata est sancta Dei Genitrix saper choros angelorum ad cœlestia régna. »

Derrière les anges sont agenouillés d’un côté le pieux Nicolas IV et de l’autre le cardinal Colonna, les deux ordonnateurs de l’ouvrage; figurés d’une dimension supérieure, viennent ensuite, pour assister à la fête céleste, saint Pierre, saint Paul, saint François, puis les deux saints Jean et saint Antoine. Des enroulements, dans le genre de ceux de Saint-Clément, se développent au-dessus de leurs têtes. Une sorte de parasol surmonte toute la composition, comme dans le couronnement de Sainte-Marie-in-Transtevere.

Enfin dans le bas s’étend une longue rivière à laquelle deux personnages allégoriques fournissent les eaux en y versant des urnes. Des barques, des cygnes en sillonnent le cours et des personnages nus s’y livrent à la pêche ou à des exercices nautiques; au centre s’élève la cité bienheureuse avec les élus et le chérubin. Des scènes du même genre ornent le bas de la mosaïque du Latran et doivent avoir, sinon dans leur exé-

cution, du moins dans leur inspiration, une source antique. Elles se retrouvaient dans la coupole de Sainte-Constance 1 et rappelaient peut-être les travaux apostoliques comparés à des pêches mystiques. Les allégories du fleuve, les personnages nus n’appartiennent pas au moyen âge, qui a dû les respecter sur la tribune primitive que M. Müntz ne croit pas avoir été démolie2. Jean Diacre, au xue siècle, les mentionne déjà.

Au-dessous de cette bande, dans les intervalles des fenêtres ogivales, de petits tableaux représentent des sujets de la vie de la sainte Vierge, l’Annonciation, la Nativité, les Mages, la Purification, et au centre, plus large que les autres, l’image de la Dormition, d’après la donnée byzantine3.

C’est le moment aussi de rappeler la belle mosaïque qui orne la façade de l’église et qui se trouve à demi cachée sous l’ombre de la loggia moderne.

Cette mosaïque s’étend sur la voussure, la guglia comme on l’appelait au moyen âge, et sur la surface où s’ouvrent les oculi.

Dans la voussure, le Christ est assis au centre dans une auréole, entouré de quatre anges adorateurs; il bénit et tient un livre avec cette légende : « Ego sum lux mundi ; » à sa gauche s’avancent saint Jean-Baptiste, saint Pierre, saint André ; à sa droite, la sainte Vierge, saint Paul, saint Jacques et un saint dont le nom a disparu sous la construction moderne.

Sous les pieds du Sauveur on lit cette épigraphe :

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