Beehr, Rerurn mecleb
une commission de « visiteurs », comme on les appelait, qui avaient mission de luthérianiser le pays; ils pénétraient dans les églises, dans les couvents, se faisaient remettre les titres et l’argent, puis expulsaient les prêtres qui ne s’inclinaient pas devant la Réforme. A Güstrow ils s’adressèrent ainsi aux chanoines, leur ordonnant d’adopter le nouvel ordre ecclésiastique, mais ils essuyèrent un refus courageux. Ces vieux prêtres préférèrent l’exil à l’apostasie et durent s’éloigner non seulement de l’église, mais même de la ville et du territoire.
Beehr et Thomas avouent qu’après leur départ le temple dont on prétendait éloigner les objets profanes fut abandonné aux usages les plus indignes : on en fit un magasin, on y entassa des charrettes et des voitures1 ; bientôt, faute de réparations, on vit la pluie pénétrer les voûtes et l’édifice tomber dans un état de délabrement qui annonçait une ruine totale et prochaine2. On eut honte enfin de ce scandale et l’on songea à une restauration, qui s’accomplit de 1 5 6 5 à 1 5 68. De ce temps datent les fonts baptismaux, la chaire ornée de bas-reliefs que soutiennent quatre figures formant chapiteau.
Le sanctuaire s’enrichit en 1 5 86, grâce au duc Ulrich IV, des beaux mausolés de marbre qui sont appliqués à la muraille septentrionale3. On écrivit aussi sur une table de marbre la généalogie des ducs de Mecklembourg.
Un plan du xvne siècle, que j’ai copié à la bibliothèque des estampes, nous montre l’état de l’église à cette époque ; il est probable que la flèche que l’on voit figurer à la croisée des nefs venait d’être renouvelée ; par derrière s’étend un vaste enclos qui devait être le cimetière. Un autre plan perspectif que je crois un peu postérieur, attaché à l’ouvrage de Thomas (1606), est pris à un autre point de vue; il présente la cathédrale toute voisine des remparts dont l’eau du fossé est alimentée par la Nebel au nord. La cathédrale dans
1. Ecclesia... reponendis nempe et asservandis in ilia carpentis ac rhedis destinata paulatim ruinam cœpit minari (Beehr, p. 757).