Le Tarouilly, p. 612, pl. CCCIV
SAINTE-MARIE-MAJEURE
tribune et rappelant, chose singulière, sans que l’auteur en eût la pensée, le déambulatoire antique.
En 1725, restauration d’une partie du palais pontifical.
Vers 1740, le cardinal Francesco Negroni commença la façade orientale, le bâtiment projeté par Paul V, et qui devait répéter celui de la sacristie.
Benoît XIV (1743) entreprit une restauration complète de la basilique; malheureusement ce
grand pape n’avait pas, dans les artistes de son temps, des instruments dignes de sa munificence, et les dépenses qui furent faites alors eurent, au point de vue du bon goût, les plus déplorables résultats. Il abaissa le presbytère, renouvela l’autel, le ciborium, fit installer les orgues. Dans les nefs il découvrit et répara le beau pavé de mosaïque qu’on avait recouvert d’un dallage grossier. Il renouvela les bases et les chapiteaux des colonnes qui reposent sur des socles; des pilastres de marbre furent ajoutés sur le mur des bas côtés. Il refit la toiture de la grande nef, les stucs, peintures, dorures.
A l’extérieur, et c’est là que son architecte Ferdinando Fuga fut le plus mal inspiré, on démolit le portique d’Eugène III et de GrégoireXIII pour
construire celui qu’on voit maintenant, sans unité, sans grandeur, et la loge au-dessus qui, sous un masque d’architecture théâtrale, cache la vénérable façade du moyen âge et ses mosaïques.
Les successeurs de Benoît XIV n’apportèrent à la basilique aucune innovation importante.
En 1825, Léon XII transforma en baptistère une chapelle consacrée à l’Assomption et qui servait aux chanoines de chœur d’hiver. Il restaura aussi la mosaïque de la façade.
Enfin, en 1874, lorsque le nouveau quartier fut construit dans les environs, on ht des démolitions aux abords et la rue delle Quattro Fontane eut sa pente très adoucie.
Pour résumer cette longue nomenclature de dates par les noms des principaux bienfaiteurs, nous pouvons dire que l’histoire de Sainte-Marie- Majeure a ses grandes époques marquées par le souvenir de Libère, Sixte III, Adrien Ier, Pascal Ier, Eugène III, Nicolas IV, d’Estouteville, Grégoire XIII, Sixte V, Paul V et Benoît XIV. A ces mémoires se rattachent les siècles antiques, moyens et modernes qui ont dépensé tant de trésors en son honneur h
DESCRIPTION
Les données historiques qu’on vient de lire, quoiqu’elles renferment souvent en elles-mêmes la description des états successifs de la basilique, doivent être accompagnées d’une explication des planches qui la complétera; ce supplément est d’autant plus nécessaire que, dans les restaurations que nous avons essayées, certaines choses pourront étonner et ont besoin d’être justifiées.
Planches I et IL — Perspective et plan restauré
DE LA BASILIQUE ET DES ENVIRONS. — Oit tTOUVera
dans notre perspective l’auguste basilique dont les attiques primitifs existent encore avec leurs arcs antiques et qui, d’après cela, est encore aujourd’hui
1. Pour l’histoire de Sainte-Marie-Majeure, M. Stevenson m’indique les manuscrits de Bianchini, Schede ms. délia biblioteca V allicellana ; cardinal Sirleto, Storia délia basilica, bibl. Chigi; et une troisième histoire anonyme et manuscrite.
DESCRIPTION
ce qu’elle était au ive ou au ve siècle. M. Hubsch a constaté dans ces murs l’emploi de briques très soignées, cunéiformes, longues, régulières, aux grands arcs qui accusent selon lui une construction libérienne.
Il était difficile dans notre vue d’ensemble de ne commettre aucun anachronisme. Nous avons ainsi réuni, dans le même tableau, le quadriporticus dont il est question au ixe siècle et qui dut subsister jusqu’au xne, avec l’abside de Nicolas IV où ne parait plus le déambulatoire antique.
Celles du flanc nord avaient déjà été presque toutes renouvelées à l’époque du plan de l’abbé de Angelis. D’après les chapelles que ce plan nous signale, il y avait de ce côté Saint-Paul, Saint-Pierre-ès-Liens, la Sainte-Crèche, Saints- Philippe-et-Jacques que Sixte V démolit pour sa chapelle, la chapelle du Gonfalon, qui avait été refaite en i32b, — Saint-Michel dont le plan porte le caractère du xive siècle, etc.; à l’extrémité de ce côté, le campanile, œuvre peut-être d’Eugène III, plonge dans les vieilles nefs de la basilique et relève plus haut que toutes les autres tours romaines ses murailles brillantes de faïences vertes, de marbres blancs sur le fond pourpré de la brique.
Les constructions attachées au flanc méridional de la basilique étaient beaucoup plus considérables, mais ne sont pas moins incertaines. Le plan de Bufalini marque à cet endroit de vastes bâtiments — reliés entre eux — et accompagnés de cours. Dans l’exemplaire que j’ai calqué à la bibliothèque Barberina, on remarque des portiques dans la cour centrale. J’observerai à cette occasion que cet exemplaire paraît plus authentique que celui publié depuis peu à Rome et dans lequel ce détail intéressant ne figure pas.
On peut encore avoir idée de l’importance de ces constructions d’après
Nous avons donné à ce quadriporticus ou atrium I la fresque de la Bibliothèque vaticane, qui nous
la largeur du portique actuel, nous avons supposé que, le narthex de l’église formant un de ses côtés, chaque galerie avait précisément le même nombre de colonnes que sous Eugène 111.
Le secretarium devait se trouver comme à Saint-Pierre et à Saint-Jean-de-Latran à gauche en entrant dans le narthex. Nous ne croyons pas que les bâtiments entourant l’atrium fussent ni étendus, ni élevés; il n’y avait à ces abords que la porterie ou des parloirs.
Le corps de l’église, son chevet, son accès se peuvent ainsi restituer aisément. Les constructions latérales sont plus incertaines et se confondent dans les variations séculaires qu’elles ont subies.
fournit une vue absidale de la basilique et du palais pendant les grandes démolitions de Sixte V. On y observe entre l’église et le palais des murailles immenses démantelées, des arcades, etc. On verra de quelle façon nous avons interprété ces documents, et le plan que nous supposons. Nous avons restitué la cour intérieure en ajoutant un autre portique, perpendiculaire au premier, et qui la sépare en deux parties.
Les abords de l’église pendant le xvn® et le xvme siècle ne furent garnis que de bâtiments misérables qui n’étaient sans doute plus ceux du moyen âge. Dans les vues nombreuses que ces époques nous ont laissées nous pouvons à peine y
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distinguer quelque trace d’une architecture ancienne comme étaient les arconcelles, les portiques, les doubles fenêtres. Il n’y a rien que de pauvre, de récent et d’indigne de la basilique.
Le plan de Bufalini, les anciennes vues sont plus explicites en ce qui concerne le palais pontifical. Sur le plan de Pirro Ligorio on distingue bien les grandes arcatures qui ornaient la cour, on les retrouve aussi sur la fresque de Sixte V avec la loggia supérieure que nous avons restituée sur
État actuel du lieu où s’élevait le palais pontifical.
notre perspective, bien qu’elle soit d’une époque inférieure à celle ou nous nous plaçons.
Pour ce palais, nous avons mieux que des images et les murs nous ont conservé des restes qui nous ont prêté des points de repère intéressants dans notre restauration. Nous nous sommes trouvé à Rome pendant les travaux qu’on y exécutait en 1874 et qui ont facilité ces observations; nous transcrivons ici ces observations, d’après les notes prises alors et qui ont servi de base à notre tracé : « J’ai commencé mon exploration à la via Paolina; on y fait des déblais considérables; un ouvrier travaillait au point E à côté d’un mur qui traverse la rue et qui se trouve à 16 mètres de l’angle de la place. De là, pourtournant les bâtiments actuels, je me suis avancé vers le midi jusqu’en A. Là se dressent de robustes
piliers octogones, soutenant plus de trois arcades; je retrouvai dans les fouilles un fragment de leur chapiteau (pl. VI). Il y avait aussi plusieurs tronçons de colonnes de marbre uni de 60 centimètres de diamètre, un chapiteau dorique grec qui paraît correspondre à cette mesure, un fragment de petite colonne cannelée, etc. Les murs qu’on a mis à nu sous les arcades paraissent antiques, mais ne concordent pas avec leur plan et devaient être enterrés au moyen âge.
« J’ai ensuite fait le tour en reprenant la via Paolina et longeant le mur de soutènement de la cour de la caserne où je n’ai rien vu d’ancien ; mais en arrivant au point D, on distingue facilement une arcade dessinée par une craquelure qui paraît de la largeur des premières arcades et dont l’imposte règne avec la leur.
« Au delà, toutes les maisons sont chétives, basses, ne m’ont paru rien offrir d’ancien ; leur mesquinerie contraste avec le mur mitoyen de la caserne qui s’élève à une grande hauteur et marque ainsi la noblesse de son origine.
J’ai poursuivi mon .exploration par la via dell’Olmo, puis pénétré dans la cour de la caserne. Je n’y ai d’abord vu du côté de l’ouest que l’arcade qui s’y dessine ; mais, en longeant le mur, j’ai aperçu au point C un débris de moulure, oublié dans la maçonnerie, ou j’ai cru reconnaître la cymaise des chapiteaux des grands piliers ; quelques pas plus loin, j’ai acquis la conviction en retrouvant un fragment de cette même moulure beaucoup plus complète et servant de support à une inscription de 1725 qui rappelle la restauration du palais (B) : « Anno jubilei MDCCXXV tota hæc superior occidentalis pars domus in fundamentis accurate recognita et restaurata fuit. » Je ne pouvais plus douter que le portique dont j’avais constaté la position des premières arcades à l’autre extrémité de la cour ne s’étendît jusqu’ici. C’était donc l’existence de douze arcades qui m’était révélée, arcades qui s’adaptaient parfaitement aux mesures de la cour; l’une d’elles, chose notable,
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correspondait avec Taxe même de l’entrée actuelle de la caserne. Ces portiques se retournaient vers la rue Paolina, comme l’indique le cintre qu’y retrace une craquelure de la maçonnerie.
« Il résulte de ces observations que nous sommes ici en présence d’un portique de 7 5 mètres de longueur et d’un édifice grandiose auquel on ne peut supposer une destination privée, mais dans lequel on est obligé de reconnaître le vieux palais pontifical de Sainte-Marie-Majeure.
« Son plan, ses trois portiques sont indiqués dans Bufalini, qui, par erreur, a placé à l’est celui que nous venons de retrouver. »
C’est d’après ces observations que nous avons tracé notre plan et notre perspective, où nous avons rendu, au sommet des murs, les créneaux et l’appareil militaire presque inséparables des édifices du moyen âge.
Devant ce palais passe la via dell’Olmo dont le nom doit rappeler un arbre séculaire, comme celui dont il est souvent question dans l’histoire du Latran. Elle le sépare du cloître de Sainte- Praxède et de la maison voisine du cardinal titulaire i.
Sainte-Praxède était autrefois pour Sainte- Marie-Majeure un des monastères que l’on groupait,autour des principales basiliques comme une marque d’honneur. On croit qu’elle fut fondée dès le vc siècle, mais elle fut reconstruite sur un plan et même sur un emplacement différents par saint Pascal. Nous l’avons figurée dans notre plan avec son abside encore tapissée intérieurement des mosaïques du ix° siècle, son campanile ou l’on voit des peintures de martyres 2, et la curieuse clôture des fenêtres, enfin son cloître tangent à l’abside. Les galeries de ce cloître ont été refaites, sauf les deux faces qui regardent la place de Sainte- Marie-Majeure 3.
Un document de 998 mentionne ce monastère sous le vocable des saints Laurent. Adrien, Praxède
1. Instrument de 1225 : « Giusta la porta del reclaustro del monastero di S. Prassede quando entri nel palazzo del Cardinale. »