Le basiliche cristiane, p. 5g
SAINTE-MARIE-MAJEURE
ve siècle. En étudiant en Italie les variations de la structure des églises, on constate que souvent les attiques, les parties supérieures des murailles sont plus anciennes que les soubassements, et l’on écarte par cela même la difficulté qui s’offre à Sainte-Marie-Majeure.
Dans un de nos voyages à Ravenne, M. l’abbé Guardigli attira notre attention sur une reprise de ce genre à Saint-Apollinaire-le-Neuf et il nous montra que, pour remettre le sol de l’église au niveau de la voie publique, on supprima une zone de la muraille en laissant en l’air, pendant le travail, les mosaïques du vie siècle, et en relelevant à la hauteur voulue les arcades des nefs. Je m’expliquai par cette judicieuse observation la présence, sous les vieilles mosaïques, d’une corniche du xve siècle qui rappelle et date cette reprise en sous-œuvre. J’ai eu dans la même ville occasion de discerner le même fait à Saint-Jeanl’ Evangéliste, dont l’attique conserve des arcs antiques et dont le rez-de-chaussée a été totalement reconstruit.
A Rome même on pourrait multiplier les exemples de ces reconstructions audacieuses, dont une des plus notables est celle dont nous nous occuperons à propos de Sainte-Anastasie ; l’histoire nous montre, pendant une des restaurations de cette église, toute sa partie supérieure soutenue par des étais pendant qu’on refaisait le bas, et elle est confirmée par l’état actuel des attiques où les v®, xiii° et xvne siècles ont successivement taillé des fenêtres pour les besoins des plans de l’église renouvelée.
Si la restauration des arcs de Sainte-Marie- Majeure n’était pas suffisamment justifiée par les textes de la vie des papes et par l’étonnante habileté des constructeurs romains, nous pourrions comme documents apporter des observations sur les autres basiliques qui nous montreraient le même changement pour la plupart de celles architravées.
Dans les basiliques où les colonnes sont surmontées d’architraves, on remarquera que les moulures des entablements sont presque toujours modernes; telles sont celles de Saint-Martindu-Mont l, de Saint-Laurent-hors-les-Murs, de
i. Sergius II donne « vêla de fundato ornata in circuitu de blatthin quae pendent in areu (arcubus) ipsius basilicæ
Saint-Chrysogone, etc. Dans l’ancien Saint-Pierre nous n’avons guère, pour cette étude, que les dessins assez grossiers publiés par Giampini, qui nous montrent une frise peut-être ancienne où l’on voit des portraits des papes et des entrelacs. Il est possible que ces portraits aient été rapportés, et je le croirais d’après la remarquable ressemblance de l’ordonnance avec celle des nefs de Saint- Paul; si nous les supposons anciennes, il n’en reste pas moins certain que les portiques intérieurs de Saint-Pierre étaient formés d’arcatures et que ces arcatures étaient plus basses ; cela ressort de plusieurs textes du livre pontifical. Nous voyons Adrien donner à la basilique du prince des apôtres « per diversos arcus vêla sexaginta quinque » (p. 25 i); Léon III offrir « in arcubus majora quadraginta et octo » (p. 286); Léon IV, « vêla linea quæ pendent in arcubus ornata in circuitu de fundato quadraginta octo » (p. 37g).
Les entre-colonnements étaient au nombre de quarante-six, mais une paire de voiles peut être comprise ici pour le grand arc.
Nous voyons donc ici que le changement d’arcs en architraves, que nous signalons à Sainte-Marie- Majeure, n’est pas un fait isolé dans l’histoire des basiliques romaines, mais qu’il s’est renouvelé souvent.
Il nous reste à chercher l’époque de la transformation des arcades en architraves. Les deux données qui s’offrent à nous comme les deux limites entre lesquelles ont été remuées les colonnes, sont le dallage et l’entablement.
Le dallage remonte à la fin du xne siècle; il est probable qu’il accuse encore le niveau du dallage du ix° siècle, caries églises situées, comme Sainte- Marie-Majeure, sur une colline qu’on a toujours déblayée, sont moins exposées que d’autres à être enterrées par le sol extérieur.
L’entablement semble contemporain du plafond, c’est-à-dire de Galixte III (1455-1458). Son profilage et ses ornements se rapportent à cette date. De plus, il est visiblement coupé par les grandes arcades pratiquées dans la nef par les architectes de Sixte V ou de Paul V; il leur est par cela même antérieur.
viginti quatuor » (p. 356). Il y a vingt-six entre-colonnements à l’église, mais il est possible qu’une paire de ces voiles fût réservée au grand arc.
DESCRIPTION
J’écarte l’hypothèse de la suppression des arcs entre le ixe et le xn° siècle, parce que les constructeurs du nouveau dallage eussent enterré les bases des colonnes, et qu’il faudrait admettre deux remaniements.
Si par suite de l’exhaussement du sol les constructeurs du xiie siècle ont été amenés à l’érection des architraves, il faut admettre que leur œuvre fut de nouveau bouleversée trois siècles plus tard, et l’architrave romane remplacée par l’architrave de la Renaissance.
Le mieux est donc d’attribuer le remaniement à l’époque de l’entablement actuel où les chapiteaux ioniques furent refaits, les bases pendant le déplacement des colonnes posées sur les socles, etc.1.
Du temps de Benoît XIV, le beau dallage était enfoui sous une mauvaise chape que le pape fit disparaître pour remettre ce dallage à jour. On lui attribue les socles, mais il est probable qu’il ne fit que les déchausser, réparer, et qu’il ne changea pas l’assiette des colonnes.
D’après ces considérations, nous croyons, sans affirmer, que le remaniement date du xve siècle, et nous avons établi notre restauration sur cette donnée. Nous restaurons les vieilles arcades entre les mosaïques du ve siècle et le dallage du xne siècle; en supprimant le socle des colonnes et l’entablement, nous avons constaté graphiquement que ces arcades retrouvaient ainsi aisément leur place.
Au-dessus des arcades, nous avons rétabli les fenêtres de l’attique qui existent encore à l’extérieur et que les modernes ont conservé en en aveuglant la moitié et en rétrécissant de deux largeurs de brique celles qu’ils laissaient ouvertes.
Planche V. • — Détails des arcades restaurées. — Pour compléter la justification, nous avons, les mesures en main, voulu tracer les arcades restituées en conservant les attiques2, les mosaïques bibliques et même le dallage ; on verra qu’entre ces limites nos arcades trouvent aisément leur place.
1. Je dois dire que les colonnes ont peut-être été raccourcies, car je ne vois aucun listel à leur partie inférieure.