Le Tarouilly, III, p. 618, pl. CCCV
à Rome des exemples à Saint-Laurent-hors-les- Murs, au Latran, au Vélabre et ailleurs. Un toit de tuiles s’inclinait au-dessus de cet entablement. A son sommet brillait la riche façade de Colonna, tapissée des mosaïques de Rosuti et de Taddeo Gaddi, dont on a déjà parlé, mosaïques qui se recourbaient en voussure dans le haut, selon la mode que les architectes du xme siècle avaient empruntée pour leurs églises aux temples égyptiens. Nous trouvons ces voussures dans plusieurs façades, notamment au Latran, à Sainte-Mariein-Transtevere, à Saint-Sixte, etc. L’ombre qu’elles projettent sur les peintures supérieures était d’un bel effet.
Cette voussure est coupée maintenant par les nouvelles constructions entre lesquelles elle se trouve resserrée, mais elle se contre-profilait comme à l’Ara-Cœli. La mosaïque du retour paraît encore sur une gravure de Angelis.
Les dentelles de marbre de la grande rose existaient vers le milieu du siècle dernier, elles paraissent encore dans les vues de l’église à cette époque; nous les avons restaurées d’après celles contemporaines qu’on a conservées à Rome.
Enfin, à droite, surgit l’imposante tour peut-être fondée par Eugène III, restaurée par Grégoire XI et terminée au xve siècle; elle n’a pas moins de six étages d’arcatures; on remarque dans celles du bas une tendance à l’ogive dont s’affranchissent celles du haut. Elle est construite en briques dont la teinte foncée laisse briller les faïences vertes, les astragales, colonnettes, modifions de marbre blanc dont elle est semée. Cette tour, qui n’a pas moins de 5o mètres en hauteur, sans comprendre le toit pyramidal, domine toutes les tours de Rome, mais elle n’a pas les qualités que l’on constate sur des campaniles plus anciens. Les corniches sont massives, leurs modifions trop serrés, et les tores sous les impostes leur donnent •trop d’importance.
On observera dans le haut des corbeilles de fer dans lesquelles on allumait des pommes de pin pendant les jours de fête. Sur une aquarelle du xviii0 siècle (pl. IX) on peut voir la fumée qui s’en échappe.
Planche IV. — Vue intérieure de la basilique antique. — La description de cette planche nous fait pénétrer dans l’église où nous avons essayé
DESCRIPTION
de recueillir les éléments qui la constituaient à l’époque carlovingienne.
Nous avons supposé le sol au niveau qu’il avait au xiuc siècle déjà pour les raisons qui ont été dites. Nous avons conservé aussi le plafond qui ne date que du xv% mais qui rappelle mieux qu’aucun autre les soffites antiques. Nous savons, en effet, par Saint-Jean-de-Latran, Saint-Pierre, par l’église de Tyr décrite dans Eusèbe, que les nefs étaient couvertes de ces riches lambris qui les faisaient ressembler à des océans d’or. Les peintures antiques, soit à Pompéi, soit ailleurs, ne nous montrent pas les plafonds autrement décorés que par des caissons, remplis de rosaces, de losanges, etc.
Le plan a dû être modifié par le rétablissement du déambulatoire autour du chœur et des arcades qui le formaient. Nous avons égalé ces arcades aux entre-colonnements des nefs, ce qui nous a donné le nombre de sept. Ce nombre n’est pas contredit par la nomenclature des voiles qu’on y suspendait; les vingt-six ou vingt-quatre rideaux dont il est parlé peuvent s’y appliquer, parce qu’ils devaient changer selon les fêtes et les couleurs liturgiques et de plus parce que l’arcade centrale comportait des tapisseries d’un travail supérieur, comme semblent l’indiquer ces mots : « In aspectu absidæ pannum Alexandrinum mirifice decoratum. »
Au-dessus de ce portique circulaire nous avons cherché à rétablir une mosaïque dans le style de l’arc triomphal, puis en avant le ciborium dominant la confession et, enfin, l’iconostase que saint Pascal construisit avec des colonnes de porphyre surmontées d’une trabe de marbre blanc : « Erexit sex ante confessionem sacri altaris purpureo colore columnas quas super et candidi marmoris trabem posuit. » Nous avons longuement discouru, dans notre troisième volume de La Messe , sur ces belles clôtures, et l’on pourra se reporter à cette étude pour trouver la justification de notre dessin.
J’ai supposé l’enceinte de la schola-cantorum dans la nef avec l’ambon au centre. Je sais qu’avant Sixte V, il y avait à Sainte-Marie-Majeure deux ambons que ce pape fit retirer; mais leur histoire dut être semblable à celle de Saint-Clément, c’est-à-dire que l’usage des doubles ou triples
ambons n’est guère antérieur au xne siècle, qui les intercala dans des chancels plus anciens, tandis qu’à l’époque primitive cette tribune sacrée, comme chez les Grecs, était unique avec ses escaliers tournés vers l’abside et la porte de la basilique.
Planche IV. — La plus grande modification que nous ayons apportée à l’état actuel est le remplacement des architraves de la grande nef par des arcades; nous devons donner quelques explications sur cette substitution qu’on n’a pas encore faite et qui paraîtra hardie. La justification ressort de plusieurs passages du livre pontifical, celui d’abord qui rappelle les voiles donnés par Adrien à la basilique : « Per diversos arcus eiusdem basilicæ S. Dei genitricis simili modo ex palliis quadrapolis fecit vêla numéro 42. » Le nombre de quarante-deux étant précisément celui des entre-colonnements actuels, nombre auquel les mosaïques du ve siècle apportent le témoignage d’un véritable sceau, il est impossible de ne pas voir désignés ici les arcs antiques.
Il est question ailleurs de trois dons de quatorze voiles qui correspondent aussi par leur ensemble aux quarante-deux arcades. Mais le livre pontifical est surtout explicite, dans la vie de saint Pascal, lorsqu’il parle des quarante-deux calices de suspension que ce pape offrit pour les arcades de la basilique : « Pari modo et per arcus majores sæpe dictæ Ecclesiæ fecit calices maiores ex argento pendentes numéro quadraginta et duos qui omnes insimul pensant libras ducentas octuaginta et unam1. »
Le savant M9r Crostarosa a découvert sur les colonnes de la nef de Sainte-Marie-Majeure des entailles qu’il attribue aux patères de suspension des voiles 2.
Je m’étonne que l’attention n’ait pas été attirée sur des passages si clairs et qui par leur teneur ont une si grande importance dans l’histoire architecturale de l’Eglise; sans doute on n’a pas osé en tirer la même conséquence que nous, c’est-àdire reconnaître l’existence primitive des longues arcatures entre les nefs malgré les mosaïques qui les surmontent et qui datent au moins du
1. Sous les ornements de l’entablement actuel, on retrouve des arcs de décharge modernes (Hubsch).